«Je vais en sauver au moins un...»

Mylène Moisan raconte l'histoire d'une famille dont les... (123RF, Robert Hoetink)

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Mylène Moisan raconte l'histoire d'une famille dont les parents ne se disent plus bonjour depuis longtemps, ils communiquent uniquement par l'entremise de leurs avocats.

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(Québec) CHRONIQUE / J'ai appris mes deux premiers mots en allemand ces derniers mois, Gutachten est un rapport et Verfügung, une ordonnance.

Je n'ai pas appris à dire «bonjour» ni «je t'aime», parce que dans l'histoire que je vais vous raconter, il n'y en a pas. C'est l'histoire d'une famille dont les parents ne se disent plus bonjour depuis longtemps, ils communiquent uniquement par l'entremise de leurs avocats. Deux enfants sont pris là-dedans.

Je vous ai déjà parlé d'Amélie* et de Tom* à la fin août. Le tribunal suisse venait de placer leurs fils de 7 ans et de 11 ans dans un centre d'accueil en espérant que les parents s'entendent sur la garde, ce qui n'avait aucune chance d'arriver. Les garçons ont été envoyés à l'école en allemand, ils ne parlent pas allemand.

Les parents avaient chacun droit à une visite et à un appel par semaine.

Tom et Amélie ont grandi à Montréal, où ils se sont connus il y a plus de 20 ans. Ils ont déménagé en Suisse allemande, en 2004, Tom venait d'obtenir une grosse promotion. Ils se sont promis de revenir au Canada quelques années plus tard.

En 2010, Amélie a commencé à penser à rentrer au pays, mais Tom ne voulait plus en entendre parler. Le couple a piqué du nez, Tom a trompé Amélie, l'a chassée de la maison. La nouvelle flamme a pris sa place. Un juge a ordonné qu'Amélie reprenne la maison et les enfants, Tom a déménagé avec sa nouvelle flamme.

Il a réclamé la garde des enfants à lui tout seul. Il est devenu un papa gâteau, ce qu'il n'avait jamais été avant. Il a acheté à ses gars, en l'espace de trois mois, un chien Yorkshire, une dizaine de lapins miniatures, deux poules.

C'est à peu près ici que les services sociaux suisses entrent en scène, en novembre 2014. Ils ont consacré six mois à faire le portrait de cette famille, ont rencontré des voisins, des professeurs, communiqué avec des amis et des membres de la famille de Tom et d'Amélie, question de voir les deux côtés.

Le 28 mai, ils ont déposé leur rapport d'analyse du milieu de vie, le Gutachten.

Les conclusions du Gutachten sont sans équivoque, les enfants doivent retourner le plus vite possible au Canada avec Amélie, où ils vivraient moins de stress. Les trois auteurs ont expliqué, entre autres, que Tom «tend à l'impulsivité selon plusieurs rapports et il intimide les enfants émotionnellement».

En août, le juge rend sa Verfügung. Faisant fi du Gutachten, il envoie les garçons en centre d'accueil.

Entre-temps, Amélie est revenue à Montréal pour se trouver une maison, pour se préparer au cas où le juge finirait par donner raison aux experts qu'il a mandatés. Elle est retournée quelques fois en Suisse pour voir ses gars et pour vider la maison. Tom a déménagé avec sa douce de l'autre côté de la frontière, en France.

Tom n'a pas voulu me donner sa version de l'histoire.

Amélie a demandé à ce que les enfants puissent avoir un suivi psychologique au centre d'accueil, Tom s'y est opposé. Amélie a demandé ça parce que son plus vieux ne lui parle plus depuis juin et que son plus jeune devenait plus distant. Tom dit à ses enfants que leur mère a brisé la famille, qu'il ne pourra plus les voir s'ils s'en vont au Canada. Ce qui est faux, évidemment.

On appelle ça de l'aliénation parentale.

Le juge devait décider de la suite des choses à la mi-octobre, l'échéance a été reportée en novembre. Tom a réussi à obtenir plus de droits de visite, pendant qu'Amélie tentait de garder le contact par Skype avec son plus jeune.

Elle avait peur de le perdre, lui aussi.

Et voilà que cette semaine, sans prévenir, le juge a décidé de couper la famille en deux, envoyant le plus jeune au Canada et le plus vieux avec son père en France, malgré les mises en garde. Amélie a sauté dans le premier avion pour aller chercher son garçon. «Il faut que j'essaie d'au moins en sauver un...»

Elle m'a envoyé un courriel jeudi soir : «En route vers Paris avec mon plus jeune! L'autre est chez son père. Sa demande de suspension du jugement a été refusée. Espérons que tout se déroule comme prévu et qu'ils ne trouvent pas d'autres moyens de nous bloquer.» On lui a dit de quitter l'Europe au plus vite.

Ils ne sont pas au bout de leurs peines.

Déchirés entre leurs parents, les deux frères ont passé plus de deux mois dans un centre d'accueil, ont été retirés de l'école française qu'ils fréquentaient. Les voilà séparés, avec un océan et une guerre d'adultes entre eux.

Il y a quelque chose comme l'intérêt de l'enfant qui s'est perdu en chemin.

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