C'est quoi, son avenir?

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Fanny a dû placer son enfant dans un centre d'accueil à 15 ans parce qu'il était trop agressif et violent.

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(Québec) Fanny a dû prendre la décision la plus difficile qu'une mère puisse prendre dans sa vie, placer son enfant.

C'était un soir de fête, tout le monde se bourrait la face dans le gâteau, son fils a chipé un morceau à sa soeur. Elle a dit : «maman, il a volé mon gâteau». Fanny avait vu passer la main de son fils au-dessus de l'assiette, son fils a nié.

Il a piqué une sainte colère, a planté sa fourchette dans la table.

«C'est là que tu dois prendre la décision. Tu es dans un cercle vicieux, tu marches toujours sur des oeufs, tu as peur qu'il fasse une nouvelle crise. C'était une bombe, toujours prête à exploser. On est allés devant le juge parce que mon fils ne consentait pas au placement. C'est très dur, d'aller en cour contre son enfant...»

Son fils avait quinze ans, faisait six pieds, pesait 170 livres. À sept ans, il avait été diagnostiqué TDAH, on a ajouté les troubles anxieux à neuf ans, puis le spectre de l'autisme un an plus tard. Il avait droit à tout plein de services, mais pas à un psychologue. Jusqu'au jour du gâteau, Fanny arrivait à «contrôler» son gars.

Son garçon a été placé en centre d'accueil, à Huberdeau, il a fait une trentaine de fugues en autant de jours, à peu près toujours à la même heure. «Le seul suivi auquel il a eu droit, c'est une consultation avec un pédopsychiatre chaque trois mois.»

On a demandé à Fanny de dire à son fils qu'il ne pourrait jamais revenir à la maison. «Ils m'ont dit qu'il fallait faire ça, que ça allait l'aider à faire le deuil de la maison. Je lui ai dit, mais ce n'était pas vrai, comment une mère peut dire ça à son enfant? Le jour où il va être soigné, c'est sûr qu'il pourra revenir...»

Ça fait un an et demi qu'il est placé.

Au lieu de se rapprocher de la maison, il s'en éloigne. Le Centre jeunesse vient de le transférer à Mont-Laurier, à deux heures de route. «Avant, on pouvait aller le voir tous les jours, c'est impossible maintenant. Il passe ses journées à s'ennuyer. Il était prosanté, il s'entraînait, il ne fait plus rien. Il fume, il se drogue, il boit...»

Fanny, qui travaille d'ailleurs dans le réseau de la santé, ne comprend plus rien. Elle a écrit une lettre à La Presse en août, elle décrivait les frasques de son fils, autrefois doué à l'école et au hockey, devenu délinquant.

«Il a proféré des menaces de mort, s'est battu une dizaine de fois à l'école et le centre d'accueil a dû utiliser des mesures de contention. Il a volé un cellulaire, un vélo, de l'argent. Il ne respecte pas les règles. Il a brisé une salle de conférence dans les locaux du CRDI, a arraché un robinet et provoqué une inondation au Centre jeunesse. Tout ça en cinq mois! Le pédopsychiatre dit que tout ça ne nécessite pas une hospitalisation. Je ne comprends pas. Expliquez-moi. [...] On offre toutes les possibilités pour soigner quelqu'un souffrant d'une maladie physique. Pourquoi est-ce différent avec la maladie mentale?»

En septembre, un nouveau pédopsychiatre a révisé le diagnostic. D'un simple coup de crayon, le garçon de Fanny n'est plus autiste. Le médecin a prescrit une psychothérapie, Fanny était soulagée; finalement, depuis le temps qu'elle réclamait ça pour son fils. Elle a vite déchanté, la liste d'attente est longue.

Un poste a été emporté par la réforme.

Fanny et son fils ont revu la pédopsychiatre la semaine passée, celle-ci ne comprend pas non plus ce qui se passe, elle ne comprend pas pourquoi le fils de Fanny n'est pas en thérapie vu l'urgence de la situation. Elle ne comprend pas pourquoi on a demandé à Fanny de dire à son fils qu'il n'était plus le bienvenu à la maison.

Ni pourquoi la DPJ l'a transféré à Mont-Laurier.

Fanny tient le coup, mais elle vacille aussi. «C'est une épreuve difficile, ça a un impact sur toute la famille. On ne va pas bien. Tu restes toujours déchiré dans tes sentiments, il y a toujours la culpabilité de l'avoir abandonné, on se sent coupable. Ma fille me dit parfois : "Si je n'avais rien dit pour le gâteau, il serait encore avec nous..."»

Ça aurait été autre chose. C'était, comme le suggère un adage en anglais grossièrement traduit, un accident qui se cherchait une place pour arriver.

Les mères ont habituellement hâte que leur enfant ait 18 ans, pas Fanny. Elle a la chienne qu'il commette l'irréparable et qu'elle ne puisse plus rien pour lui. «C'est difficile, tu vois ton enfant souffrir et tu ne sais pas quoi faire. Tu lui tends la main, mais des fois tu as peur de te noyer à ton tour...»

Elle est hantée par une question, rien qu'une.

«C'est quoi, son avenir?»

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