Le syndicalisme va-t-en-guerre                                                                                       

Pendant combien de temps la traverse Québec-Lévis sera-t-elle... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Pendant combien de temps la traverse Québec-Lévis sera-t-elle paralysée? La balle est dans le camp de l'employeur, selon le syndicat.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Je ressors mon vieux Larousse 1986. Légitimité : «qualité de ce qui est fondé en droit, en justice, en équité». Et je pose une simple question : la grève générale illimitée qui touche les traversiers est-elle légitime?

Plusieurs grévistes pensent que non. 

D'abord, vous devez savoir que mon tendre époux travaille pour la traverse Québec-Lévis depuis 2006. Il a appris pour la grève il y a environ deux semaines, à peu près en même temps que les journalistes.

Pas une grève d'un jour, une grève générale illimitée.

Comme ça, bang, en partant, une grève sans échéance et sans garantie, évidemment. Pas de petits moyens de pression avant, un brassard, des pantalons de clown, une grève du zèle, n'importe quoi. Le représentant des Métallos, Gordon Ringuette, dit n'avoir reçu qu'un seul et unique mandat, la grève totale.

À la traverse Québec-Lévis, le vote a été enregistré le 18 juin. Ce jour-là, entre sept et huit officiers

- sur 34 - se sont pointés à l'assemblée, la majorité d'entre eux ont voté pour donner à l'exécutif un mandat fort de négocier. Ils ont consenti à des moyens de pression pouvant aller jusqu'à la grève.

Il n'aurait jamais été question de grève générale illimitée.

Et là, boum, presque quatre mois plus tard, le syndicat décrète un débrayage. Deux des cinq traverses sont paralysées, Québec-Lévis et Sorel-Tracy. J'ai parlé à Gordon mardi midi, il trouve que les autres moyens de pression, c'est du tataouinage. «Ça ne sert à rien d'aller dans la gradation, l'employeur ne veut pas discuter.» 

La Société des traversiers du Québec réplique avoir reçu l'avis de grève avant même de déposer ses offres.

Gordon n'est pas du genre à s'enfarger dans les formalités, il répète à qui veut l'entendre que «la grève a été approuvée à 80 %», même si, à Tadoussac, on dit qu'un seul officier s'est présenté à la réunion. Il aurait voté oui, octroyé un mandat à 100 %. Impossible à vérifier, les Métallos refusent de dire combien de gens ont voté.

Dans les statuts et règlements du syndicat, le principe du quorum n'existe pas. Qui ne dit mot consent.

Gordon a expliqué mardi à mon collègue Jean-François Néron pourquoi il n'y a pas de quorums : «Il n'y en a pas parce que ça peut mener à des situations loufoques et paralyser les décisions.» Il a donné un exemple de situations loufoques, ça se passait à Montréal, dans une unité qui n'arrivait jamais à avoir le quorum. Ils ont voulu changer le quorum, mais n'arrivaient pas à avoir le quorum pour le faire.

C'est inquiétant, pas loufoque.

La grève des traversiers durera «tant qu'on n'aura pas un contrat». Ça peut être long? «Ça ne dépend pas de nous. On a une règle, ça n'a rien de scientifique évidemment, on dit : "trois jours, trois semaines ou trois mois". Là, la balle est dans le camp de l'employeur, on attend qu'il nous contacte.»

Le fossé est abyssal entre les offres et les demandes. «On demande comme le front commun [une hausse salariale de 13,5 % en trois ans]. On demande aussi, entre autres, une prime de disponibilité pour les officiers de L'Isle-aux-Coudres qui dorment avec une pagette au cas où il y aurait un véhicule d'urgence à traverser. Pour le moment, les offres sur la table appauvrissent les travailleurs, c'est inacceptable.»

Tellement que le syndicat n'a pas jugé bon de les présenter à ses membres.

Les matelots, eux, font partie du front commun des employés de l'État, ils amorceront bientôt des moyens de pression. La CSN et la FTQ ont choisi le crescendo, ils feront une grève tournante d'un jour pour commencer, fin octobre. Des moyens de pression qui ont été dûment adoptés, avec quorum. 

Un mandat légitime.

Les quelque 150 officiers veulent tous améliorer leurs conditions de travail, mais divergent sur les moyens. Ils doivent faire aveuglément confiance aux Métallos en espérant qu'ils savent ce qu'ils font. 

Ceux qui osent se plaindre ne sont que des pisse-vinaigre. «On a toujours eu des problèmes avec la traverse Québec-Lévis, chaque fois qu'ils se nomment un nouveau délégué, ils l'écoeurent et il démissionne.» Il n'a jamais cherché à savoir pourquoi. «Ça fait des années que ça dure. Le problème vient de la salle des machines.»

Il vient surtout de ce type de syndicalisme suranné où on entre en négos comme on entre en guerre.

Mais, pour aller à la guerre, il faut que les soldats suivent.

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