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Le Canada exige un visa de visiteurs pour 150 pays et des empreintes digitales pour 30 d'entre eux.

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(Québec) Éric, ce n'est pas son vrai nom, est allé visiter des amis dans un pays d'Asie. Éric est célibataire, dans la jeune cinquantaine, ses amis lui ont présenté une gentille dame dans la quarantaine.

Ils ont passé Noël ensemble.

Éric a eu le goût de la revoir, il est retourné là-bas en juin. «Ça se passait vraiment bien. Mais on s'est dit, avant d'aller plus loin, que ça serait important que Kim [nom fictif] vienne me visiter au Canada, pour voir d'où je viens.» Kim était contente, elle n'a jamais mis les pieds au Canada.

Kim a fait quatre voyages en Europe, elle est chaque fois revenue chez elle pour s'occuper de son commerce. Et de sa fille.

Vous me voyez venir, Kim veut venir faire un tour au Canada, mais le Canada ne veut pas. Kim a fait une première demande de visa de touriste en août. Elle a dû énumérer les emplois qu'elle a occupés depuis 10 ans, fournir la preuve qu'elle a une maison et un commerce, faire la liste des pays qu'elle a visités depuis cinq ans.

Elle a dû produire son passeport, en plus de ses passeports périmés, avec une lettre d'invitation d'Éric, qui s'est engagé à l'héberger et à payer tous les frais nécessaires. Éric, qui travaille comme professionnel pour la même compagnie depuis 30 ans, a dû transmettre un relevé de paye et son passeport.

Il a acheté le billet d'avion, aller-retour évidemment, une condition sine qua non pour demander un visa.

Fin août, ils ont reçu une lettre d'un fonctionnaire anonyme de Citoyenneté et Immigration Canada. Je traduis de l'anglais : «Je considère que vous ne répondez pas aux exigences requises par la loi. [...] Vous ne m'avez pas convaincu que vous quitterez le Canada à la fin de votre séjour.»

La décision est sans appel.

Éric a embauché une conseillère en immigration, qui lui a dit qu'obtenir un visa de touriste, c'était comme jouer à la loterie. Ils ont fait une deuxième demande, en produisant de nouveaux documents, en expliquant davantage leur histoire, en donnant plus de garanties. Éric a payé un autre 100 $ pour traiter le dossier.

Sept jours plus tard, deuxième refus.

Ils ont fait une troisième demande, payé encore 100 $, produit encore plus de preuves. Ils ont essuyé un nouveau refus, pour de nouvelles raisons.

Il est trop tard maintenant, Kim ne pourra pas prendre l'avion. Et Éric ne pourra probablement pas se faire rembourser le billet. «Ce qui me frustre, c'est que le gouvernement décide de ma vie, de qui je peux fréquenter. Qu'est-ce qui va arriver? On va devoir se marier pour qu'elle puisse venir ici?»

J'ai appelé un conseiller en immigration, pas n'importe lequel, Dory Jade est président de l'association des conseillers en immigration. Je lui ai demandé si le cas d'Éric et de Kim était l'exception ou la règle.

Je vous laisse deviner la réponse.

«Les taux de refus pour certains pays d'Asie, comme l'Inde et la Chine, dépassent les 70 %. En Afrique, on a aussi des taux hallucinants. Ce qu'on remarque, c'est que la loi laisse énormément de place à l'arbitraire. On a documenté la situation il y a deux ou trois ans, et on s'est aperçu que certains agents acceptent toutes les demandes, alors que d'autres les refusent systématiquement...»

Une loterie, donc. «Obtenir un visa temporaire sans processus de parrainage, c'est à peu près impossible. Même pour réunir les familles, on constate que c'est plus compliqué. Les conservateurs sont beaucoup moins ouverts à ça, contrairement aux libéraux, qui étaient très ouverts.»

Si vous perdez, c'est terminé, la loi ne prévoit aucun mécanisme de révision. «La seule façon de contester un refus, c'est de passer par la voie judiciaire. Quand ça arrive, la plupart du temps, le tribunal renvoie le dossier aux bureaux de l'immigration et, en général, la décision est soit renversée ou refusée pour une autre raison.»

Sur le site Web de Citoyenneté et Immigration Canada, obtenir un visa de touriste a l'air d'une simple formalité. La demande peut se faire en ligne, en neuf étapes faciles, il suffit de numériser les documents requis et de payer 100 $ par Visa, MasterCard ou American Express. Bingo.

Le Canada exige un visa de visiteurs pour 150 pays et des empreintes digitales pour 30 d'entre eux. Le Canada a délivré 835 000 visas l'année dernière et traité 1,5 million de demandes. Depuis 2009, selon des données fournies par Citoyenneté et Immigration Canada, le taux de refus tourne autour 50 %, tous pays confondus.

Pile ou face.

À Immigration Canada, on m'a expliqué que «les décisions sont prises par des fonctionnaires hautement qualifiés conformément à la loi canadienne. Il incombe au demandeur de convaincre l'agent des visas qu'il remplit les critères d'admissibilité [...]. Toutes les demandes déposées à travers le monde sont traitées de la même manière, selon les mêmes critères, sans tenir compte du pays d'origine du requérant».

Je ne dis pas que les agents ne sont pas hautement qualifiés, je dis - et ce n'est pas juste moi qui le dis - qu'ils ne devraient pas pouvoir faire la pluie et le beau temps.

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