Le parcours du combattant

Le premier souvenir de Paul-André Tremblay après son accident... (Photothèque Le Soleil)

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Le premier souvenir de Paul-André Tremblay après son accident de voiture a été l'accident de Gilles Villeneuve.

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(Québec) Lorsque Paul-André Tremblay est sorti du coma, après deux mois et demi, ses yeux ont été attirés vers le petit téléviseur en noir et blanc qui diffusait les images d'un accident de course automobile. C'était le 8 mai 1982, le jour où Gilles Villeneuve est mort.

Sauf que Paul-André, lui, était encore vivant. Il avait 37 ans, était «directeur général d'une entreprise financière». Du moins jusqu'à ce soir de février où il «descendait à Chicoutimi avec son frère, sur le boulevard Talbot. Un pneu a crevé...»

Son frère a été éjecté, il n'a rien eu. Paul-André, lui, s'est fracassé le crâne sur le volant. «L'auto a fait des tonneaux, elle a viré sur le top, dans le fossé.» Il décrit l'accident comme s'il s'en souvenait, il ne se rappelle rien.

On lui a raconté.

Le premier souvenir qu'il a après son accident, c'est l'accident de Gilles Villeneuve. C'est à partir de ce moment précis qu'il a repris sa vie, à des années-lumière de là où il l'avait laissée, dans ce fossé du boulevard Talbot. Il ne marchait plus, ne parlait plus. «J'avais oublié tous mes mots.»

Vous le croiseriez aujourd'hui à l'épicerie ou à la banque, vous ne pourriez jamais deviner que ce monsieur a eu un traumatisme crânien, qu'il est passé à un cheveu de la mort, qu'il est reparti de zéro, à 37 ans. À 70 ans, il est droit comme un piquet, il a l'air de marcher d'un pas assuré.

Il a aussi l'air d'avoir de l'équilibre.

«Il y a beaucoup de choses que je fais qui ne sont pas visibles, les efforts que je fournis, les forces intangibles. Il me reste beaucoup de séquelles de l'accident, mais je travaille constamment pour organiser ma vie. Il y a la gestion des émotions, je panique facilement, je dois me contrôler.»

Il sait, lui, qu'il n'est plus le même qu'avant.

Il sait aussi tous les efforts qu'il a déployés pour remonter la pente. Juste pour réapprendre à parler, il a bûché pendant cinq ans. «Je parlais comme un aphasique, je n'aimais pas ça. Je lisais à haute voix, tous les jours, deux heures par jour. Je répétais des dizaines de fois. Je n'ai pas attendu après les autres, je me suis pris en main.»

Il a dû réapprendre à écrire aussi, droitier, il était paralysé du côté droit. Ce n'est pas complètement au point, mais il y arrive. Il m'a montré comment il tient son crayon, comment il se sert de sa main gauche pour refermer ses doigts.

Il est convaincu d'une chose, «il faut être responsable de sa vie».

Il a réussi à réapprendre à conduire, mais pas juste une auto. Il s'est lancé un défi, apprendre à conduire de gros camions, il a réussi. «J'avais toutes les classes, la 2, la 3, 4a, 4b, 4c, 5 et 6a. Cette année, j'ai seulement renouvelé la 3.» Paul-André n'a jamais conduit de gros camions, il voulait juste être capable de conduire de gros camions.

Il a pris des cours d'anglais et une formation de 450 heures en sommellerie, il n'a pas été plus sommelier que camionneur.

Mais il était capable.

Il y a une chose que l'accident n'a pas changée, c'est sa discipline. Paul-André est un apôtre de la discipline, c'est la chose la plus importante qu'il a inculquée à ses deux enfants, qui réussissent plus que bien. «Après l'accident, j'ai entrepris mon combat pour reprendre ma vie. J'y suis arrivé avec de la discipline.»

Il a même prononcé des conférences devant des gens qui, comme lui, avaient vu leur vie déraper comme sa voiture par ce soir glacial de février 1982. «J'étais là pour leur expliquer ce que j'avais fait pour m'en sortir. La première chose, il faut se fixer des objectifs. Mais après, il faut se lever. Et les atteindre.»

Ça lui a pris 15 ans.

Il n'a jamais baissé les bras, même quand il n'était plus capable de les lever. Paul-André aurait pu se dire que tout ça ne servait à rien, qu'il n'y arriverait jamais. Il aurait pu abdiquer. «Quand je trouvais que ça n'allait pas assez vite, il m'arrivait parfois de fesser sur les meubles en criant : "Je vais m'en sortir!"»

Paul-André s'en est sorti, presque indemne, Gilles Villeneuve n'a pas eu cette chance-là. Ce n'est pas tout d'avoir sa chance, encore faut-il la saisir.

Et la faire.

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