Entre la coupe et les lèvres

Luc Vigneault et Nathalie Hébert aimeraient pouvoir adopter... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Luc Vigneault et Nathalie Hébert aimeraient pouvoir adopter un petit Québécois, dans ce qu'on appelle la «banque mixte».

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(Québec) Je vous ai déjà parlé de Nathalie Hébert et de Luc Vigneault, ce couple de Québec qui a essayé d'avoir un enfant biologique et qui a décidé de se tourner vers l'adoption. Ils aimeraient pouvoir adopter un Québécois, dans ce qu'on appelle la «banque mixte», des petits poqués qui sont déjà des enfants de la DPJ.

Ce n'est pas tous les couples qui se tournent vers la banque mixte, parce que l'enfant peut avoir des vices cachés et parce qu'il peut leur être repris, si les parents biologiques se reprennent en main. C'est plutôt rare, environ 90 % des enfants «banque mixte» restent dans leur famille adoptive.

Mais c'est un risque, Nathalie et Luc l'ont accepté.

Il y a aussi le risque que l'enfant soit atteint d'une maladie mentale. Nathalie et Luc sont bien placés pour composer avec ça, ils sont passés par là. «On se disait qu'on était bien outillés pour faire face à des problèmes, étant donné qu'on a un parcours en santé mentale», m'avait expliqué Luc en mai.

Il venait de recevoir la réponse de la DPJ, leur dossier était rejeté.

Dans l'évaluation, on notait qu'ils seraient d'excellents parents, qu'ils formaient un couple uni, qu'ils avaient les reins solides, que leur maison était parfaite. Le motif du refus tenait à un seul élément, l'avis du médecin de famille de Nathalie, qui s'inquiétait de sa réaction si l'enfant devait lui être retiré.

La DPJ n'a pas tenu compte des lettres de médecins spécialisés en santé mentale, qui donnaient leur bénédiction.

Luc a été traité pour la schizo­phrénie et une dépression, il s'en est remis, comme on peut se remettre d'une crise cardiaque ou d'un AVC. Il a écrit deux bouquins pour démystifier la maladie mentale, pour expliquer que ça se soigne. Il est chargé de cours à l'Université Laval, siège à un comité de l'Organisation mondiale de la santé.

Nathalie aussi est remise de son «trouble d'adaptation», provoqué par une fausse couche, il y a cinq ans.

Luc et Nathalie ont contesté la décision, ils ont déposé deux plaintes à l'Ordre des travailleurs et des travailleuses sociales du Québec, arguant que les intervenantes au dossier avaient tourné les coins ronds en concluant qu'ils étaient inaptes à adopter sur ce seul élément, sans demander un second avis sur la question.

Surtout qu'on leur a proposé d'accueillir deux enfants avant de faire volte-face.

Ils ont aussi demandé de corriger certains passages erronés de leur dossier. «L'intervenante a écrit que j'avais été hospitalisé trois mois au CHUL pour un mal de dos. Ce n'est pas vrai, j'étais suivi en clinique externe. Ils ont refusé de faire la correction, en disant que ce n'est pas un fait, mais une impression...»

Les deux plaintes ont été rejetées. «Ils nous ont expliqué que les deux travailleuses sociales n'avaient pas mal agi étant donné qu'elles ont suivi les normes des centres jeunesse. Autrement dit, même si une pratique est discriminatoire, elle ne peut pas être contestée parce que c'est la façon de faire», m'a résumé Luc.

En mai, le responsable de la banque mixte au Centre jeunesse de Québec m'avait expliqué que la sélection des familles devait servir à dénicher des gens qui sont «plus que des bons parents», qui sont des «perles rares». Luc et Nathalie ont fait il y a deux semaines une demande d'accès à l'information «pour savoir c'est quoi, une perle rare».

Tant qu'à jouer sur les mots.

Luc a contacté le cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et celui de la ministre déléguée à la Protection de l'enfance, Lucie Charlebois. Rien n'a bougé. «Ils nous ont dit qu'ils suivaient notre dossier, qu'ils allaient éventuellement changer la loi, au moins pour permettre un mécanisme de révision.»

Depuis juin, «c'est le silence total».

J'ai parlé mardi en fin d'après-midi à Alexandra Bernier, attachée de presse de la ministre Charlebois, elle ne pouvait évidemment pas aborder le cas précis de Luc et Nathalie. Tout ce qu'elle pouvait me dire, c'est qu'un rapport d'évaluation de la Loi de la protection de la jeunesse sera déposé cet automne.

«Si des changements sont proposés, qui sont nécessaires pour apporter des améliorations, on va proposer des modifications à la loi.» La loi est révisée tous les cinq ans, elle arrive à échéance cette année. Les modifications à cette loi, s'il y en a, devront être adoptées comme n'importe quelle autre loi.

Il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

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