L'ambulance pour un infarctus

Le 25 octobre 2008, Martine s'est réveillée pliée en deux, mal au dos, mal au... (Photothèque Le Soleil)

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(Québec) Le 25 octobre 2008, Martine s'est réveillée pliée en deux, mal au dos, mal au ventre. Elle avait fait bombance la veille, a pris un antiacide.

Puis un deuxième, un troisième, un quatrième.

Elle avait déjà eu des problèmes d'estomac, s'est dit que ça ne pouvait pas être autre chose. Les antiacides ne faisaient pas effet, la douleur était insupportable, avec des nausées en prime. Elle a failli perdre connaissance. Après deux heures, son mari lui a dit : «Chérie, je pense que je vais appeler l'ambulance.»

Les ambulanciers sont arrivés - et repartis - toutes sirènes hurlantes, ils étaient convaincus que Martine faisait un infarctus. 

À l'hôpital, Martine est passée par le triage, comme toutes les personnes qui arrivent en ambulance d'ailleurs. L'infirmière du triage ne tient pas compte de la porte par laquelle les gens entrent à l'urgence.

Martine a raconté à cette infirmière ce qu'elle a fait la veille, ce qu'elle a mangé et bu, l'infirmière a donné une bonne priorité au dossier, vu la douleur. Le médecin qui l'a vue lui a donné un médicament pour l'estomac.

Il lui a fait passer un électrocardiogramme, n'a rien vu d'anormal.

Le médecin a renvoyé les ambulanciers, il était un peu fâché, il leur a dit qu'ils auraient dû conduire Martine à l'hôpital où elle avait son dossier. Les ambulanciers sont repartis répondre à d'autres appels, Martine est restée là avec son mal à faire fendre en attendant que le médicament agisse.

Le médicament n'agissait pas. Le médecin, l'histoire ne dit pas si c'est le même qui a disposé des ambulanciers, a demandé une échographie du coeur. L'estomac de Martine se portait comme un charme, pas son coeur. Elle avait une artère bloquée à 100 %, une autre à 80 %, une autre à 50 %. 

Elle a été opérée en extrême urgence. 

Elle faisait un infarctus.

Depuis ce jour de 2008, Martine pense aux deux ambulanciers. «Les ambulanciers, qui ont pensé avoir fait un transport non essentiel, m'ont en réalité sauvé la vie et ne l'ont probablement jamais su. J'aurais aimé pouvoir les remercier et leur dire qu'ils avaient pris la bonne décision.»

Ils se reconnaîtront peut-être.

L'histoire de Martine est une anecdote, un transport parmi les quelque 690 000 que les ambulanciers font chaque année. Ceux dont le départ est donné par un appel au 9-1-1 commencent presque toujours comme un contre-la-montre, souvent comme un contre-la-mort.

Ils finissent parfois en queue de poisson.

L'histoire de Martine montre surtout que l'évaluation du degré d'urgence n'est ni blanc ni noir, on est dans le gris, comme la chemise des ambulanciers. Elle montre l'urgence de réformer le système en profondeur. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a mis sur pied un comité, pour analyser les conclusions d'un autre comité.

Laissons la chance au coureur.

Là où on est dans le noir, c'est dans l'opacité des organisations qui reçoivent des millions de dollars du gouvernement pour gérer les ambulances et qui n'ont à rendre de comptes à personne. L'attachée de presse du ministre a reconnu que le gouvernement n'a accès à aucun état financier vérifié.

Là où il faudrait plus de nuances, c'est dans les solutions. J'ai discuté hier avec Emmanuelle Bourdon, j'avais fait référence mercredi à son mémoire de maîtrise sur le cynisme des ambulanciers. Emmanuelle enseigne le métier depuis 10 ans, elle m'a parlé de ce qui se fait ailleurs.

Elle m'a résumé ce qui se passe à Halifax, où il y a des «paramédics» mobiles, un peu comme la popote roulante, qui font le tour de CHSLD pour prodiguer certains soins, qui sont en contact avec un médecin, qui envoient la personne à l'urgence seulement si c'est nécessaire et qui coordonnent le retour.

À Sydney, en Australie, les ambulanciers font des plâtres.

En Angleterre, aux États-Unis, ailleurs au Canada, on forme des «superambulanciers» qui donnent des soins à domicile. Cette idée a été testée au Québec il y a une dizaine d'années, le ministre de la Santé l'avait balayée du revers de la main.

Un dénommé Philippe Couillard.

Au Québec, rien, ou presque. De petits projets-pilotes, de timides initiatives, des coups d'épée dans l'eau. «Au Québec, on n'a pas le droit de donner des analgésiques en intraveineux, comme ça se fait ailleurs, en Ontario, en Nouvelle-Écosse entre autres. Combien de gens on doit immobiliser dans la douleur?»

Et transporter en louvoyant à travers les nids-de-poule?

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