L'ambulance pour une infection urinaire

Emmanuelle Bourdon, qui travaille comme paramédicale, a calculé,... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Emmanuelle Bourdon, qui travaille comme paramédicale, a calculé, dans le cadre de son travail de maîtrise, qu'à Montréal en 2011, plus de 50% des appels n'étaient pas urgents.

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(Québec) C'est une infirmière qui m'écrit, elle travaille dans une résidence pour personnes âgées, elle me raconte qu'elle a fait venir une ambulance pour un monsieur qui souffrait «fort probablement» d'une infection urinaire. L'infirmière ne peut pas poser le diagnostic, c'est le boulot du médecin.

Le monsieur n'a plus de médecin de famille depuis un an.

L'infirmière a appelé à la clinique tout près, on lui a dit que le monsieur devait se présenter en personne. 

Alors, qu'est-ce qu'elle a fait, l'infirmière? Elle a composé le 9-1-1. Elle ne voulait pas appeler l'ambulance, mais elle a appelé l'ambulance, parce que l'homme avait besoin de voir un médecin. Les ambulanciers l'ont conduit à l'urgence, il a poireauté des heures, est revenu avec sa prescription d'antibiotiques.

En transport adapté.

«Le transport par ambulance est souvent la seule option possible pour qu'une personne puisse avoir accès à des soins rapidement.» Encore plus quand il n'y a pas d'infirmière sur les lieux, le soir ou les fins de semaine.

Le problème est connu.

Il y a aussi le risque de poursuites. Les directions d'établissement préfèrent éviter une poursuite qu'un voyage inutile en ambulance, certaines ont donné le mot d'ordre de ne pas se gêner pour appeler le 9-1-1.

Emmanuelle Bourdon m'a écrit aussi, elle est paramédicale depuis 15 ans, a rédigé son mémoire de maîtrise à l'Université de Montréal, je résume un peu, sur le cynisme des ambulanciers dans le contexte des interventions non urgentes. C'était en 2011 à Montréal, elle a calculé que plus de la moitié des appels n'étaient pas urgents.

Elle a rencontré des ambulanciers, évidemment, pour comprendre comment ils se sentaient quand on les prenait pour des chauffeurs de taxi. Certains prennent ça avec un brin de philosophie, d'autres vivent très mal avec ça, ils en viennent à envoyer promener les gens qui les appellent pour un mal de ventre.

Sans chercher à savoir si c'est grave ou pas.

Un ambulancier a raconté l'appel le plus inutile auquel il a dû répondre. «Vois-tu, tu t'en vas là en urgence, tu manques de te tuer, ou d'en tuer d'autres, parce que tu passes sur les rouges...» L'appel est entré comme un «problème respiratoire», le gars s'était donné un coup de marteau sur le pouce.

Un autre parle de certains allers simples. «On va chercher le patient dans un centre et on s'en va vers l'hôpital. Je lis les papiers, ils expliquent le cas. Ils disent «personne trop lourde, ne peut plus revenir ici». Fait qu'ils l'ont "dompée" - je ne peux pas utiliser d'autres termes que "dompée" - à l'hôpital...»

Aux frais de l'État.

L'État paye la facture de l'ambulance à presque toutes les personnes de 65 ans et plus, le ministre Gaétan Barrette est en train de réfléchir à ça. L'État paye aussi pour les victimes d'accidents de la route ou du travail, les prestataires de l'aide sociale, les militaires, les anciens combattants, les membres de la GRC, les autochtones et les prisonniers.

Les autres payent 125 $ plus 1,75 $ par kilomètre. C'est bien loin du prix moyen de 800 $ que coûte chaque transport en ambulance.

Parlant de frais, un autre monsieur m'a contactée, il trouve aussi que le contribuable n'en a pas pour son argent. Il m'a fait parvenir le contrat entre sa compagnie et le ministère de la Santé. Il a attiré mon attention sur une clause pour les uniformes, l'État accorde pour ça un peu plus de 70 ¢ pour chaque heure travaillée.

Il calcule que chacun des 350 paramédicaux travaille en moyenne 1800 heures par année, pour un total frôlant 450 000 $. 

Dans le rapport annuel, il a remarqué que les uniformes ont coûté moins de 100 000 $.

Les contrats venaient à échéance cette année, ils sont habituellement d'une durée de trois ans. Ce qui veut dire, en théorie, que le statu quo pourrait encore durer trois ans, que le gouvernement continuerait pendant tout ce temps à faire un chèque en blanc, à ne pas trop savoir comment des millions de dollars sont dépensés.

Ça revient cher pour aller chercher de simples prescriptions d'antibiotiques.

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