La vie continue (2)

Marie-Noëlle Simard file le parfait bonheur depuis qu'elle... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Marie-Noëlle Simard file le parfait bonheur depuis qu'elle vit avec Amal, une colocataire dévouée.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Voici venu le temps de faire quelques suivis à des chroniques écrites au cours des derniers mois. Parce que la vie continue. DERNIER DE DEUX

Reposez en paix

Le 8 août, paisiblement, la belle Simone est décédée, elle avait 89 ans. Je lui avais rendu visite deux mois avant, sa fille m'avait invitée pour l'heure du lunch. Il était 11h25, les préposés n'avaient pas encore eu le temps de la «faire», c'est-à-dire la débarbouiller et lui enfiler des vêtements propres.

J'en avais fait une chronique, «Avez-vous encore faim?», j'avais baptisé sa fille Sophie, elle s'appelle Manon Falardeau. Manon venait voir sa mère à tous les midis, lui donnait un bain de plus par semaine.

Manon voyait des problèmes, elle n'hésitait pas à les relever. Elle voyait les préposés courir comme des dératés, essayer de bien s'occuper des résidents. Avec le sourire, presque toujours. Dans l'avis de décès, on peut lire ceci: «la famille tient à remercier le personnel du quatrième étage du CHSLD St-Antoine pour les bons soins prodigués».

Manon, elle, ne sait plus trop quoi faire de ses midis.

Les 12 travaux de Monsieur H

Je vous avais parlé d'un certain Monsieur X, qui avait l'incommensurable chance d'être né le même jour et de porter exactement le même nom qu'un bandit.

Et, à chaque fois que Monsieur X avait le malheur de traverser une douane, il devait prouver qu'il n'était pas le gars que la police recherchait.

On lui a passé les menottes, devant ses enfants.

Monsieur X a frappé à toutes les portes, au Canada et aux États-Unis, pour trouver une solution, pour qu'on ne le confonde plus avec ce malcommode homonyme. On lui a suggéré de changer son prénom, à ses frais. Monsieur X s'est tanné de se battre, il a abdiqué, a laissé son prénom à l'autre.

Il a payé 800 $ de sa poche, et doit se battre encore. À la RAMQ, à la SAAQ et au bureau des passeports, on l'a averti qu'il y aurait une inscription dans son dossier, une mise en garde, au cas où il serait un fraudeur.

C'est le monde à l'envers.Il doit se battre à travers les formulaires, les demandes de changements pour l'hypothèque, les cartes de crédit. Il a fait réviser son dossier chez Équifax et chez Transunion, son homonyme et lui y étaient aussi confondus, jusqu'à l'adresse de correspondance qui n'était pas la bonne.

On lui a répondu : «pas grave, ça arrive souvent».

Et de sept!

Vous vous rappelez de Caroline* et Jean*? C'est ce couple qui accueille dans sa maison des enfants dont personne ne veut, et qui voulait agrandir sa maison pour accueillir encore plus. Eh bien, voilà, la maison est agrandie, la famille aussi.

Caroline et Jean m'avaient raconté leur histoire au début de l'année, leur projet de fou de faire ajouter un étage à une partie de leur maison. Ils avaient frappé, en vain, aux portes d'organismes, ils avaient besoin de 20000$. Ils m'ont d'abord raconté leur histoire pour me dire qu'au Québec, des enfants sont abandonnés.

Caroline et Jean ont deux enfants «biologiques», une Chinoise adoptée «à l'époque où c'était facile» et un petit Haïtien. «Le jour du séisme, on devait recevoir son passeport...» Après, Caroline et Jean se sont tournés vers le Québec, ils ont accueilli un petit garçon de quatre ans qui en était à sa huitième famille. Puis, un bébé. Avec un handicap génétique.

Des lecteurs ont été touchés par leur histoire, par l'amour surtout, qu'ils donnaient à des enfants qui en avaient tant manqué. Ils ont ramassé les 20000$ en quelques semaines, ont pu réaliser les travaux.

Caroline et Jean ont pu ouvrir leur porte, et leur coeur, une fois de plus. Une petite puce de quelques mois vient d'y entrer.

*Les prénoms ont été modifiés.

Marie-Noëlle et sa coloc

Alors ça y est, à 40 ans, Marie-Noëlle Simard vient d'emménager dans un appartement, avec une coloc qui est aussi une dévouée préposée. Elle est heureuse.

Je vous ai parlé de Marie-Noëlle pour la première fois il y a trois ans, on venait de la placer dans un CHSLD en lui disant que c'était mieux pour elle.

Elle s'y sentait en prison.

Elle y est restée un an, a perdu 25 livres, a rué dans les brancards, malgré qu'elle soit attachée à son fauteuil roulant, qu'elle ne puisse ni parler, ni marcher, ni manger seule. Elle communique avec une petite lumière rouge fixée à ses lunettes qui pointe des mots sur un tableau devant elle.

Quand elle est fâchée, elle beugle.

Marie-Noëlle a habité un an avec son père et, maintenant, elle est installée avec Amal dans son nouveau chez elle. Elle ne beugle plus.

Elle a rouspété un peu quand elle s'est aperçu que son bain était trop petit pour son équipement, elle s'est dit qu'elle aurait dû faire venir l'ergothérapeute pour évaluer tout ça. Elle a assumé, et payé les ajustements de sa poche.

Elle a dû choisir entre sauter en parachute et prendre sa douche.

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