L'échappée belle

Catherine Trottier, qui a fait pas moins de... (La Presse, François Roy)

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Catherine Trottier, qui a fait pas moins de 27 fugues entre l'âge de 8 et de 14ans, se consacre maintenant à aider ceux qui vivent des moments difficiles.

La Presse, François Roy

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(Québec) Catherine Trottier, 28ans, est coach de vie, ses clients sont parfois dans un trou noir, ils ne voient pas comment ils pourront se sortir de là. Ils lui demandent : «Pourquoi je devrais croire que ça pourrait aller mieux?»

Après tout, qu'est-ce qu'une fille de 28 ans connaît de la vie?

C'est là qu'elle leur parle de son histoire, des bribes suffisent. À côté d'elle, Aurore l'enfant martyre est un conte de fées. Je vous préviens tout de suite, l'enfance de Catherine est un cas extrême, je vous la raconte parce que ça finit bien.

Pas comme le film.

Je garde de mon enfance de rares souvenirs, tous très agréables, où je confectionne des journaux à mes Barbie, où je m'amuse avec la ferme Fischer Price qui fait des bruits de vache quand on ouvre les portes. D'autres, toujours aussi beaux, de ma première année et de ma prof, Hélène.

Catherine se souvient de son enfance en détail, il n'y a pas de Barbie. Elle se souvient d'avoir été enfermée des heures dans sa chambre, sans nourriture, sans permission d'aller à la toilette. Quand elle avait six ans, sa mère s'est fait un nouveau chum, Catherine avait le choix entre se faire battre ou se faire violer.

Elle a choisi le viol.

Elle a fait sa première fugue à huit ans. «J'ai regardé ma maison et je lui ai dit au revoir, les larmes ne cessaient pas de couler de mes yeux, j'avais la respiration courte...» Au même moment, la mère d'une camarade de classe passait par là en voiture. «Je suis montée dans son auto, et elle m'a emmenée dans sa maison. Elle m'a offert un repas, je l'ai suppliée de ne pas appeler la police...»

Trois policiers l'attendaient quand elle est sortie de la salle de bain.

Elle a dû retourner chez elle. «En débarquant de la voiture, je me suis dirigée dans la maison et j'ai pris la ceinture. J'ai commencé à m'autoflageller, je préférais donner les coups moi-même plutôt que ma mère, mais, croyez-moi, je les donnais assez fort pour qu'elle n'ait pas à les reprendre.»

Catherine a fait 27 fugues en tout, parfois pour retourner chez sa mère, d'autres fois pour aboutir dans une famille d'accueil ou dans un centre d'accueil où elle était, la plupart du temps, confinée à la cellule d'isolement. «J'ai passé des trois mois là, dans la chambre blanche. Une fois, j'y suis restée six mois.»

Elle se rappelle qu'elle comptait les tuiles pour passer le temps, qu'elle urinait dans une bouteille de jus de pomme. «Il y avait des taches rouges dans un coin, on m'avait dit qu'une fille s'était suicidée.»

Elle a été placée dans un foyer de groupe à neuf ans, avec des filles beaucoup plus vieilles qu'elle, qui n'avaient rien à cirer de la petite nouvelle. Comme les autres, elle devait se trouver un boulot. Elle a arpenté les rues de Val-David. «Personne n'acceptait de m'engager, j'étais trop jeune.»

Un monsieur l'a finalement embauchée dans une crèmerie, elle était contente, jusqu'à ce qu'il lui offre de boire un coup. Jusqu'à ce qu'elle se réveille nue, attachée au lit, avec le vieux bonhomme assis sur une chaise à côté du lit. Jusqu'à ce qu'elle se sauve en vélo en prenant un peu d'argent dans la caisse.

Et qu'elle aille frapper, «je ne sais pas trop pour quelle raison», à la porte du beau-père qui abusait d'elle.

La 27e fugue a été la bonne, elle avait 14 ans. Elle s'est posée au Chaînon, une maison d'hébergement pour femmes à Montréal. «Là, pour la première fois dans ma vie, des gens ont cru à mon histoire, ils m'ont aidée à me prendre en main. Je me suis trouvé une job, un appartement, un copain. Je m'organisais super bien.»

Après que la police l'eut retrouvée, après huit mois, le juge l'a laissée voler de ses propres ailes.

«J'avais le goût de donner un gros bisou au juge! C'était le début d'une nouvelle vie. J'ai bûché encore un peu après ça, mais j'ai finalement trouvé un équilibre. Tout ce que j'ai vécu avant, ça a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. La boucle est bouclée, je ne peux pas demander plus à la vie.»

Elle a tout pardonné à sa mère.

Depuis quatre ans, elle habite au nord de Montréal avec son amoureux et ses trois enfants, la dernière aura bientôt un an. Elle héberge aussi un monsieur. «C'est quelqu'un que j'ai accueilli, il était sur le bord du suicide, ça fait sept ans qu'il habite avec moi.» Pourquoi elle a fait ça? «Parce que je le comprends.»

Elle sait ce que c'est, d'être tout seul comme un chien.

Avec ses clients, elle cherche ce qui est brisé. «Je vois des choses que j'ai vues pendant ma vie. Il y a des choses sabotées dans le cerveau des gens. Souvent, ils ont une vision déformée du bonheur, ils se disent que c'est de posséder une grosse maison, une belle auto. Je vois des gens qui ont tout pour être heureux et qui ne le sont pas.»

Elle, elle est heureuse, et elle sait pourquoi.

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