Cachez ce problème que je ne saurais voir

En poste depuis presque 10 ans, la protectrice... (Photothèque Le Soleil)

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En poste depuis presque 10 ans, la protectrice du citoyen, Raymonde St-Germain, affirme qu'il existe une «culture du silence» au sein des CHSLD.

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(Québec) Le Protecteur du citoyen a publié en début de semaine un rapport accablant sur un CHSLD en Abitibi, Harricana, plus précisément au quatrième étage, où une infirmière-chef omnipotente et d'autres employés pourrissaient tranquillement, dans l'indifférence presque générale, la vie des résidents.

Depuis 2009.

Quand ils ont reçu le signalement, au Protecteur du citoyen, ils sont allés tout de suite sans s'annoncer, «coucou, on est là, on vient voir comment ça se passe chez vous».

Ils ont vu et entendu des choses horribles, des couches qu'on rembourre quand on n'a pas le temps de les changer, une femme en crise qu'on a enfermée dans sa chambre avec de la musique dans le piton pour ne pas l'entendre, des gens qui veulent aller à la toilette et à qui on dit de «faire» dans leur couche.

Des rapports d'incidents détruits, des repas, inachevés, qu'on enlève en disant : «Vous n'avez plus faim.»

On comprend vite en lisant le rapport qu'il y a une dame au quatrième, une infirmière-chef, qui en mène large, trop large, qui fait la pluie et le mauvais temps, que des préposés ont été contaminés par ce laisser-aller. On comprend aussi que bien du monde savait, que des patrons n'ont rien fait.

Les enquêteurs du ministère de la Santé avaient sonné l'alarme, il y a plus d'un an.

Et là, mardi matin, le Protecteur du citoyen rend public son rapport, et ça devient une affaire d'État, le ministre Gaétan Barrette, dans les heures suivant la publication, tombe à bras raccourcis sur les gestionnaires qui ont fermé les yeux. Il a dit, en entrevue à LCN : «Il y a un problème, et on va le régler.»

Il y a plusieurs problèmes.

Le 3 mars, le Protecteur du citoyen a publié un autre rapport, il est complètement passé sous silence. Les médias n'en ont pas parlé, pour la simple et bonne raison, je présume, que le CHSLD n'est pas identifié. Pas de nom, pas d'image, pas de nouvelles. Et pourtant, ce qu'on y décrit est troublant.

On y dépeint une autre réalité des CHSLD, et dont on parle peu, les résidents qui sont comme des lions en cage.

Le monsieur en question donne des coups de pied, de poing, il frappe, crache, égratigne, pince, pousse. Il menace les employés et les résidents de leur couper la tête, de leur planter un couteau. Il urine dans son pantalon, lèche des traces de caca sur des débarbouillettes, mange ses crottes de nez, fouille dans son pantalon.

Je m'arrête là, vous avez compris.

C'est aussi ça, quand on travaille dans un CHSLD, devoir composer avec des gens comme ce monsieur, qui avait en moyenne 50 épisodes agressifs par mois. Mais il y a une façon de composer avec ces gens-là, et les employés du CHSLD qu'on ne nomme pas ne la connaissaient pas.

Ou faisaient comme si.

Le monsieur était enfermé dans sa chambre pendant trois heures et demie chaque jour, principalement pendant les pauses et l'heure de repas des employés, parce qu'il était impossible, à partir du poste central, d'avoir un contact visuel avec la chambre du méchant monsieur.

La situation perdurait depuis au moins deux ans. Quand la famille d'un résident se plaignait des frasques de «Billy the Elderly», quand un fils en avait assez de compter les bleus sur le corps de sa mère, on changeait mémé d'unité. Et tant pis pour les autres, qui continuaient à se faire tapocher à qui mieux mieux.

On leur disait que c'était «normal».

Ici encore, une enquête ministérielle avait noté que ce CHSLD était un cancre pour le recours aux mesures de contrôle.

Depuis 2006.

J'ai discuté jeudi avec le protecteur du citoyen, qui est en fait une protectrice, Raymonde St-Germain, en poste depuis presque 10 ans. «Il y a, à certains endroits, une culture de commodité administrative, qui fait que les choses ne changent pas. Il y a aussi une culture du silence. On a peur que le ministre le sache.»

Ça expliquerait peut-être pourquoi, quand le Protecteur du citoyen dépose un rapport, les problèmes se règlent souvent, presque par magie. «Les comportements du monsieur dénotaient un malaise, un inconfort. Il ne se sentait pas bien compris, alors il était agressif. Le problème est réglé, c'était assez facile.»

Voyons voir si la magie opérera à Harricana.

Mme St-Germain m'a appris, et j'étais étonnée de l'apprendre, que «le Protecteur du citoyen n'a pas compétence sur les médecins. Les plaintes doivent être faites au médecin examinateur, mais les délais sont longs. Il faut un an, un an et demi, pour l'examen des dossiers.»

Mme St-Germain a sa petite théorie pour expliquer pourquoi, à certains endroits, les plaintes sont balayées sous le tapis. «L'indépendance des commissaires locaux n'est pas toujours assurée. Ils font partie du personnel et, parfois, le pdg est important pour eux, ils sont souvent à contrat...»

Tiens donc.

Tant qu'à avoir la protectrice au bout du fil, je lui ai parlé de la résidence Cooke à Trois-Rivières, où une dame a filmé, début juillet, une vidéo de 2 minutes 41 secondes qui nous montre deux résidents par terre, et personne pour les aider. D'abord publiée sur le site du Nouvelliste, la vidéo est devenue virale.

Gaétan Barrette n'a pas hésité à nommer deux enquêteurs du Ministère, en plus de l'enquête interne, pour faire la lumière sur l'incident.

Il a pris Mme St-Germain de vitesse. «J'aurais aimé l'avoir, moi, cette enquête-là, mais il y a déjà deux enquêteurs nommés par le ministre. Le Protecteur est indépendant, il est impartial, on ne va pas couvrir personne. Le gouvernement n'a pas de contrôle sur le Protecteur, il ne peut pas prendre connaissance du rapport avant, il est remis directement à l'Assemblée nationale...»

C'est un risque à prendre.

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