L'art presque perdu de l'altruisme

À une certaine époque, jusqu'à 250 augustines habitaient...

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À une certaine époque, jusqu'à 250 augustines habitaient le monastère attenant à L'Hôtel-Dieu, dans le Vieux-Québec. Il n'en reste que 11. Leur âge moyen est de 83 ans.

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(Québec) C'était dans un documentaire, un médecin qui parlait des soins de santé, il disait qu'il venait tout juste de participer à un congrès couru dont le thème était : «le patient au centre des soins». C'est la grosse mode, travailler en fonction du patient. Le médecin a dit ceci : «Avant, on ne parlait pas de ça, parce que le patient, il l'était, au centre des soins.»

C'était dans un documentaire sur les Augustines.

Pour mémoire, les premières augustines - elles étaient trois - sont débarquées en Nouvelle-France en 1639 avec un coffre en bois et la mission de soigner les colons, mais aussi les Indiens. On se disait qu'ils seraient plus faciles à convertir si on les soignait, les religieuses se sont attelées à la tâche.

Elles ont fondé 12 hôpitaux aux quatre coins du Québec. Le médecin, dont j'ai oublié le nom, a aussi dit ceci : «À l'époque, mis à part les religieuses, personne ne s'occupait des soins hospitaliers. Le Québec ne serait pas rendu où il est si les Augustines n'avaient pas été là.» Leurs 12 hôpitaux leur ont survécu.

Le médecin a aussi dit qu'on devrait enseigner Saint-Augustin dans les facultés de médecine.

L'Hôtel-Dieu, dans le Vieux-Québec, est le premier hôpital fondé par les trois soeurs dépêchées de ce côté-ci de l'Atlantique en 1639. Les religieuses habitaient dans un monastère attenant à l'hôpital, c'était un cloître, où on comptait à une certaine époque jusqu'à 250 nonnes. 

Il n'en reste que 11 aujourd'hui, leur âge moyen est de 83 ans.

J'ai passé la nuit au monastère mardi, à leurs frais, l'endroit vient d'être converti en hôtel, avec des chambres dites «monastiques» et d'autres «contemporaines», plus grandes et disposant d'une salle de bain privée. J'ai choisi l'option monastique avec lit à une place et salle de bain à l'étage.

On y dort bien, mais là n'est pas le plus important, la ville est remplie d'hôtels où on dort confortablement, avec de beaux oreillers moelleux.

Il faut se promener, imaginer la vie quand les nonnes s'y promenaient en silence, à pas feutrés, le chapelet à la main. Quand elles passaient du monastère à l'hôpital, pour soigner les malades, qui n'étaient pas encore des patients.

Le monastère n'est pas un hôtel comme les autres, les Augustines ont voulu qu'il soit dédié à la santé, on y offre des massages de toutes sortes, des séances de yoga, de Pilates, de relaxation. Aucun soin esthétique. Le restaurant sert une cuisine goûteuse, faite de produits locaux ou bios.

J'ai participé à un atelier de yoga et à la séance de relaxation du matin, on m'a invitée à me fermer les yeux, à joindre les mains devant ma poitrine, sans faire allusion à la prière. On m'a dit de penser à moi, de prendre conscience de ma respiration, «sans juger», d'être «bienveillante» envers moi.

En sortant de la relaxation, je suis allée à la messe.

La chapelle était remplie de bancs vides et d'écho. Les 11 dernières soeurs, toutes de blanc vêtues, étaient assises sur les bancs de bois foncé, pas très loin les unes des autres, attentives aux paroles du prêtre. Ça faisait des lunes que je n'avais pas assisté à une messe et, pourtant, je n'avais rien oublié.

C'est ancré, quelque part, comme le vélo.

J'étais assise tout au fond, sur un banc qui bloquait l'escalier menant au jubé. Le curé a prononcé son homélie, l'écho était tel que ses paroles me parvenaient en réverbérations. Il m'a fallu tendre l'oreille.

Le curé parlait de l'importance de servir les autres. Les 11 nonnes devant lui ont fait ça toute leur vie, elles ont renoncé au monde extérieur et abandonné leur famille pour servir les autres. Quand elles entraient au cloître, elles ne pouvaient même pas sortir pour assister aux funérailles de leurs parents. 

Ce n'est plus comme ça maintenant, elles peuvent sortir. Et parler. Et conduire une voiture. Je reviens au documentaire, Les Augustines, corps et âme, on y voit les quelques soeurs qui restent au monastère, dont celle qui gère les travaux de modernisation, «le chapelet dans une main, le cellulaire dans l'autre».

C'est leur ultime conversion.

Avec le nouveau concept, les Augustines veulent être de leur temps, elles suivent la tendance du bien-être personnel. Sur leur site Web, leur slogan en dit long, «une aventure en soi», invitant le client à s'accorder du temps pour lui, à s'arrêter, à s'offrir un répit bien mérité. À se poser, un peu.

Penser à soi, panser les autres.

Dans le documentaire, une soeur qui parle de l'inéluctable destin des Augustines, qui ne fêteront pas leur 400e. À savoir qui prendra le relais des religieuses, quand elles n'y seront plus, elle n'est pas inquiète. 

«Le bien va continuer à se faire pareil.»

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