On protège qui, déjà?

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Pas besoin d'être à des milliers de kilomètres pour s'entredéchirer, pour que des enfants se retrouvent écartelés entre leurs parents.

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(Québec) Plusieurs lecteurs m'ont écrit, ils ont raison, pas besoin d'être à des milliers de kilomètres pour s'entredéchirer, se parler par l'entremise d'avocats, pour que des enfants se retrouvent écartelés entre leurs parents.

C'est juste plus compliqué.

Ils réagissaient à ma chronique de dimanche, je racontais l'histoire d'Amélie* et Tom*, deux Canadiens mariés depuis une vingtaine d'années, déménagés en 2004 à Bâle, en Suisse allemande, qui sont en guerre pour la garde de leurs enfants. Le 13 août, le tribunal suisse les a envoyés en terrain neutre, dans un centre d'accueil, même si les services sociaux ont tranché en faveur de la mère.

Même si un pédopsychiatre, neutre, a rédigé trois «avis de mise en danger» si les garçons étaient confiés à leur père.

Il y a toujours des sceptiques, c'est correct, qui mettent en doute l'histoire, qui se disent que le père ne doit pas être si pire que ça, que la mère, elle, doit avoir un vice caché. Qui me reprochent de prendre parti pour la femme. Je me serais rangée volontiers derrière le père si les rôles étaient inversés.

Je me suis rangée derrière les enfants, en fait.

L'égalité des sexes s'observe aussi en matière de divorce, et les femmes n'ont pas toujours le beau rôle. À preuve, cette histoire que m'a racontée un agriculteur, documents à l'appui. Marié pendant 22 ans, six enfants, sa femme est partie avec le petit dernier de 16 ans. Le juge a donné une pension à madame, les dettes à monsieur.

Le bougre, fauché, est retourné vivre chez ses parents.

Vous vous souvenez de cette autre histoire de divorce que je vous ai racontée en mars? C'était une véritable saga, une Québécoise et un Hollandais, déménagés à Abou Dhabi avec leurs enfants, où monsieur avait divorcé par texto en se servant de la charia. Il avait les droits sur les enfants, son ex avait l'obligation de s'en occuper.

L'ex devait donc rester là-bas, contre son gré.

Un juge lui a accordé la permission de partir en vacances au Québec avec ses deux enfants, elle n'est jamais retournée. Elle est en violation avec l'ordre de la cour, s'expose à des accusations de kidnapping. Son ex, lui, s'est marié aux Seychelles en juillet avec une fille des Philippines.

La mère a embauché l'avocate Anne-France Goldwater pour obtenir la garde des deux enfants, elle attend la décision, quelque part en novembre. «Je me sens en sécurité ici, mais je dois recommencer à zéro, avec mes valises et mes enfants.»

Amélie, elle, n'en est pas là.

Elle en est encore à faire des pieds et des mains pour faire entendre raison aux autorités en Suisse, pour qu'elle puisse revenir s'installer à Montréal avec ses enfants. Elle est là-bas présentement, pour profiter du peu de temps qu'elle peut passer avec ses enfants, le père et la mère ont droit à une visite et un coup de fil par semaine.

Amélie a pu aller les voir au centre d'accueil mardi, son plus jeune était déprimé, il lui a parlé de suicide. Il a sept ans. Elle m'a raconté par courriel. «Placer les enfants en terrain neutre est une chose, mais ne pas leur fournir le soutien pédopsychiatrique adéquat pour les accompagner dans cette épreuve en les maintenant en détention, c'est inacceptable.»

Elle devra revenir bientôt à Montréal, pour se trouver un boulot, entre autres.

Le cas d'Amélie est peut-être un exemple parmi d'autres des ratés des services sociaux en Suisse, qui sont de plus en plus critiqués. Une mobilisation de plusieurs parents contre l'équivalent helvète de la DPJ est en train de s'organiser, le quotidien de Genève Le Temps en a fait état en juin dernier.

Des dizaines de familles ont partagé des témoignages, une pétition est actuellement en circulation.

Ici aussi, la DPJ essuie son lot de critiques. Les initiatives sont modestes pour l'instant, des groupes sur Facebook où quelques milliers de personnes réclament une enquête publique, où tout un chacun raconte sa version de son histoire.

On ne connaît jamais la version de la DPJ.

Chaque fois que quelqu'un conteste une décision, on réplique à tous coups qu'il s'agit d'un cas isolé, qu'il y a des éléments justifiant la décision. On laisse entendre que jamais, au grand jamais, la DPJ ne commet d'erreurs. On nous renvoie aux grilles d'analyse, à l'intervention des experts. C'est la même chose en Suisse.

On ne se donne pas cette peine à Abou Dhabi.

Les organisations hermétiques aiment beaucoup les cas isolés, tant qu'ils restent chacun dans leur coin, tant que les gens ne se rendent pas compte que, à force d'additionner les cas dits isolés, ils ne sont pas si isolés que ça. Ça vaut pour la Direction de la protection de la jeunesse, pour les tribunaux aussi.

Et, derrière chacun de ces cas isolés, il y a au moins un enfant.

* Les prénoms ont été modifiés.

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