Deux enfants en otages

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Les services sociaux ont saisi les enfants d'Amélie, pour les placer en centre d'accueil en Suisse. Elle n'a droit qu'à une visite et à un coup de fil par semaine. Tout ça, au nom de l'intérêt des enfants.

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(Québec) Amélie* et Tom* se sont rencontrés il y a plus de 20 ans à Montréal, par des amis communs. Un coup de foudre, ils se sont mariés presque tout de suite.

Ils ont décroché chacun un MBA.

En 2004, Tom s'est fait offrir une promotion qu'il ne pouvait pas refuser, à Bâle en Suisse allemande, ils se sont dit qu'ils y vivraient quelques années et qu'ils reviendraient au Canada après. Amélie s'est trouvé un bon boulot dans son domaine, pour la même compagnie, ils se sont acheté une belle maison, ont fait deux enfants.

Jusque-là, tout va bien.

Mais les choses se compliquent, beaucoup.

Tom passe plus de temps en voyage d'affaires qu'à la maison, Amélie doit tenir le fort. Le vent tourne en 2008, quand Amélie obtient une promotion, elle doit partir elle aussi en voyage d'affaires. Tom avait promis qu'il voyagerait moins, il voyage plus, il a l'idée de faire venir sa mère pour vivre avec eux.

Tom et Amélie se chicanent de plus en plus.

En 2010, Amélie se dit que le temps est enfin venu de rentrer au bercail, elle présente l'idée à Tom, il refuse. Il a retourné sa veste, il dit vouloir rester en Suisse, même s'il ne parle pas allemand, même s'ils n'ont pas vraiment d'amis là-bas. Amélie n'a qu'une idée en tête : revenir au Québec.

La guerre est ouverte, rien ne va plus. Tom est de plus en plus violent, avec Amélie, avec ses enfants.

Amélie tombe en dépression.

En 2012, Tom trompe Amélie, qui ne tarde pas à découvrir le pot aux roses. Avril 2014, Tom chasse Amélie de la maison, il s'installe avec les enfants, sa mère, et sa nouvelle flamme. Quatre mois plus tard, un jugement oblige Tom à quitter la maison, Amélie revient, les enfants sont en garde partagée.

Amélie remarque que ses enfants s'éloignent d'elle, que Tom augmente son emprise sur eux.

Novembre 2014, les services sociaux suisses mandatent une équipe pour faire une «analyse du milieu de vie», question de déterminer où les enfants sont mieux. Les intervenants questionnent les voisins, qui racontent entre autres les excès de colère de Tom, ils visitent les maisons des deux parents.

Ils décrivent celle de Tom comme étant «peu chaleureuse ou accueillante pour des enfants» et celle d'Amélie, «soignée, animée et confortable».

À la fin de leur rapport, ils arrivent à cette conclusion : «Nous suggérons le déménagement des enfants au Canada avec leur mère à l'été 2015. Les vacances seront passées en partie chez chacun des parents, avec une attention particulière pour les obligations professionnelles du père.»

Ne restait qu'à un juge à entériner la recommandation. Mais monsieur le juge ne l'a pas entérinée. Il n'a pas non plus tenu compte des trois avis de «mise en danger» du pédopsychiatre si les enfants retournaient avec leur père. Le juge a voulu forcer une entente entre les parties, qui se parlent par avocats interposés depuis plus d'un an.

Le 13 août, Tom, Amélie et leurs enfants ont été convoqués à la cour, ils ne s'entendaient toujours pas. Les services sociaux ont «saisi» les enfants, les ont placés dans un centre d'accueil.

Tom et Amélie ont droit à une visite et à un coup de fil par semaine.

Tout ça, au nom de l'intérêt des enfants.

Les garçons ont 7 et 11 ans, ne parlent pas allemand, fréquentaient jusque-là l'école française. Ils ont été catapultés dans un milieu qu'ils ne connaissent pas, pendant que la justice suisse cherche midi à quatorze heures. L'analyse du milieu de vie est un exercice sérieux et impartial, fait à partir d'observations et de témoignages.

Des deux côtés.

Quand Amélie a pris connaissance des conclusions du rapport, elle a accéléré ses démarches pour déménager au Québec, trouver un toit et un emploi. Elle se faisait une joie de revenir avec ses enfants, qui retrouveraient leurs grands-parents, dont le père de Tom, à qui Tom ne parle plus depuis des mois.

Amélie est revenue seule à Montréal il y a quelques semaines, elle a repris l'avion mardi, en direction de Bâle, pour voir ses enfants une heure. Elle reviendra au bercail la semaine prochaine, elle n'a plus le choix, elle n'a plus les moyens de rester en Suisse. Elle est en mode survie.

C'est Amélie qui m'a raconté son histoire, qui m'a envoyé les documents légaux, les analyses, la chronologie des événements. On s'est parlé par Skype il y a quelques mois déjà, on s'est échangé plusieurs courriels. J'ai lu des rapports de psychiatres, la plainte déposée au Conseil des droits de l'homme par le frère d'Amélie.

J'ai envoyé un courriel à Tom, pour avoir sa version des faits, lui poser quelques questions, il m'a répondu par l'entremise de son avocat. Il n'a pas répondu à mes questions. Il a tout simplement exigé que son nom et celui de ses enfants ne soient pas publiés, ils ne l'auraient pas été de toute façon.

Tom a choisi le silence.

Amélie m'a d'abord raconté son histoire pour que les gens y pensent à deux fois avant de vivre en famille à l'étranger. Que ça peut bien aller, mais que ça peut aussi tourner au cauchemar. Elle ne s'imaginait pas, quand elle m'a écrit la première fois, que ça tournerait aussi mal.

Elle a encore espoir, il ne lui reste que ça.

* Les prénoms ont été modifiés.

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