L'insistance de Statistique Canada

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Retraitée depuis 2011, Béatrice a été choisie par Statistique Canada pour répondre au  sondage «Enquête sur la population active».

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(Québec) Je réponds toujours aux sondages téléphoniques, pour la simple et bonne raison que j'ai déjà été à l'autre bout du fil, à achaler des gens qui n'avaient rien à battre de mes questions, qui avaient autre chose à faire que de subir un interrogatoire en règle sur leur dentifrice préféré ou sur les habitudes financières de leurs enfants.

Celui-là, c'était pour Desjardins, il ne fallait pas le dire. On posait d'abord aux parents des questions anodines sur leurs marmots : Quelle est leur couleur préférée? Quel est leur repas préféré?

Et puis, subrepticement, on demandait s'ils avaient un petit cochon, un compte en banque, avec quelle institution, il y avait combien d'argent dedans. Beaucoup de parents raccrochaient rendus à cette question. Ils se rendaient compte que le sondage n'était pas commandé par Sico.

Sur mon ordinateur, je cochais une petite case : refuse de répondre. Et je passais à un autre appel, un numéro choisi au hasard par le logiciel, «Bonjour madame, est-ce que vous avez des enfants?»

Si elle répondait non, je lui souhaitais une bonne fin de soirée.

À Statistique Canada, ce n'est pas aussi simple. Parlez-en à Béatrice*, dont l'adresse a été sélectionnée au hasard pour faire partie de l'échantillon de l'Enquête sur la population active, EPA de son petit nom. Elle a reçu une lettre l'avisant que son adresse avait été choisie, elle l'a mise au recyclage.

Béatrice est retraitée depuis 2011, elle ne fait donc plus partie de la population active, selon la définition même de Statistique Canada.

En juin, elle a reçu un premier coup de fil : «Bonjour, votre adresse a été choisie pour l'Enquête sur la population active. Est-ce que vous ou quelqu'un d'autre auriez quelques minutes pour répondre à mes questions?»

Béatrice a répondu qu'elle était retraitée depuis quatre ans. 

La fille au bout du fil a insisté, il fallait que Béatrice réponde à toutes les questions, même si elle n'est plus sur le marché du travail depuis belle lurette et qu'elle n'a pas l'intention d'y retourner, jamais. «En quoi je peux leur donner de l'information pertinente sur le marché du travail? Je n'y suis plus.»

Son mari non plus.

L'EPA permet à Statistique Canada de publier chaque mois, comme il est expliqué sur le site Internet, «des estimations de l'emploi et du chômage, lesquelles figurent parmi les mesures les plus actuelles et les plus importantes de la performance de l'économie canadienne». Des données essentielles, on s'entend là-dessus.

À Statistique Canada, on m'a expliqué par courriel que le sondage vise les Canadiens qui sont âgés de plus de 15 ans. Ceux qui sont choisis sont contactés une fois par mois pendant six mois, sauf les gens de plus de 70 ans, qui ne doivent répondre au long questionnaire qu'une seule fois.

Béatrice doit répondre six fois, pour rien.

Six fois, on sondera une fonctionnaire retraitée de 68 ans pour lui demander si elle a travaillé au cours des sept derniers jours. Si elle se cherche un emploi. Ça fait quatre fois qu'on l'appelle, quatre fois qu'elle répond gentiment qu'elle n'a rien d'intéressant à dire sur le sujet.  

Elle est obligée de répondre.

Obligée, c'est une façon de parler; j'ai appelé Statistique Canada pour savoir ce qu'on entendait par là. «Si la personne refuse, il y a des procédures administratives qui s'enclenchent.» Par exemple? «On envoie des lettres, on a une équipe sur le terrain qui vont voir les gens qui refusent de répondre aux questions.

Béatrice a reçu une lettre il y a une semaine, pour «souligner l'importance de [sa] participation. [...] Les entreprises et les milieux d'affaires utilisent les résultats de l'enquête pour mieux planifier leur stratégie d'embauche. Les administrations publiques peuvent orienter leurs politiques sur l'emploi de façon plus efficace.»

Béatrice comprend tout ça. «Je ne refuse pas de répondre aux questions. Tout ce que je dis, c'est que je ne fais pas partie de la population active, selon leur propre définition. Ils devraient pouvoir l'indiquer dans leur dossier et arrêter de m'appeler à chaque mois. Il faut que ça arrête.»

Dans la lettre qu'elle a reçue, on l'avise qu'un «intervieweur» communiquera avec elle dans les prochains jours. Promesse tenue. Elle a répété son boniment, en vain. Ne lui reste qu'à recevoir la visite de quelqu'un qui essaiera de la convaincre encore, arguant que l'économie du Canada en dépend.

Parlant d'économie, ça fait cher, non, pour sonder une seule personne?

* Le prénom a été modifié.

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