L'apparence de justice

La scène de l'accident qui avait coûté la... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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La scène de l'accident qui avait coûté la vie à Guy Blouin avait été reconstituée par la Sûreté du Québec.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Nuit du 24 juillet 2010, Laurent Raymond, 18 ans, sort d'un bar de Ville Mont-Royal en compagnie de trois amies, les quatre montent dans la voiture de Laurent, Laurent roule en fou, il prend le décor, ses trois amies sont blessées.

Laurent est accusé de conduite dangereuse ayant causé des lésions corporelles, condamné en juin 2013 à trois ans de prison.

Un cas classique.

Après-midi du 3 septembre 2014, Simon Beaulieu patrouille dans le quartier Saint-Roch, il recule vers - et sur - Guy Blouin, pour une raison que lui seul connaît, peut-être aussi son collègue à côté de lui. Le cycliste a été intercepté alors qu'il roulait à contresens dans la rue Saint-François Est, il a succombé à ses blessures 48 heures après.

Un an plus tard, le policier vient d'être accusé de conduite dangereuse ayant causé la mort et de négligence criminelle ayant causé la mort.

Après-midi du 25 juin 2008, dans Saint-Sauveur, la minicamionnette de Roberto Jiménez Torres est heurtée de plein fouet par une auto-patrouille qui roulait à tombeau ouvert. Roberto rentrait chez lui avec ses deux petits-enfants, il est resté branché aux soins intensifs pendant un an et demi. 

Il est mort.

Les quelques témoins ont juré que les policiers n'avaient pas activé la sirène et les gyrophares, les policiers ont juré le contraire. Aucune accusation n'a été portée. La veuve de Roberto n'a jamais pu lire les conclusions de l'enquête. C'est comme ça quand aucune accusation n'est portée. 

Il faut faire confiance aux policiers qui ont enquêté sur les policiers. 

Ça ne veut pas dire qu'ils ont bâclé leur travail, ça laisse un doute. Ils ont peut-être bâclé leur travail, peut-être pas.

En portant des accusations contre Simon Beaulieu, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) rend service à la justice. Et à la police. Les policiers ne s'en rendent pas encore compte, ils disent qu'ils ne pourront plus faire leur travail comme il faut, qu'ils vont «vouloir protéger leur job et faire moins de zèle».

C'est ce que des policiers de Québec ont expliqué mercredi à ma collègue Élisabeth Fleury, ils ont qualifié la décision du DPCP de politique, laissant entendre que Simon Beaulieu était sacrifié sur l'autel de l'opinion publique. Comme si cela était injuste, comme s'il était évident, dans leur esprit, qu'il n'avait rien à se reprocher.

Tant mieux si c'est ça.

Nous nous approchons de la justice. Un juge pourra trancher si, en cet après-midi du 3 septembre 2014, Simon Beaulieu a a) fait sa job, b) été dangereux ou c) négligent. La veuve de Roberto aurait eu droit de savoir aussi.

La police a tout à perdre en alimentant le doute.

Nous nous approchons de la justice, mais nous n'y sommes pas encore. Ce qui semble le plus important pour le gouvernement et les policiers dans cette histoire, c'est l'apparence de justice. Rien à voir avec le procès de Laurent Raymond, qui a plaidé coupable, qui s'est excusé aux familles.

Les policiers s'excusent rarement.

En 2005, l'avocat Jean-Claude Hébert a écrit un texte fort instructif dans la revue du Barreau, il parle de la vérité. Il dit que les tribunaux ont du mal à rendre justice. Pour mille raisons, mais surtout à cause des procédures. «La procéduralisation de la vérité favorise la tyrannie de l'apparence de justice.»

Il ajoute : «La vérité n'est que le résultat des questions qui sont posées.»

Encore plus quand le juge a devant lui deux versions qui s'opposent et aucune preuve irréfutable pour déterminer qui dit la vérité. Ce sera le cas lors du procès de Simon Beaulieu. «Un moment donné, il lui faut choisir qui croire», écrivait Me Hébert.

Justice ne sera peut-être pas rendue, il faudra peut-être se contenter de son apparence. C'est un début.

Drôle de hasard, jeudi, en sortant pour dîner, je suis arrivée dans la rue Saint-Joseph juste au moment où deux policières à vélo collaient une contravention de 42 $ à un cycliste qui circulait en sens inverse. La même infraction commise par Guy Blouin un an plus tôt, à même pas 30 mètres de là.

Les policières sont restées là un bout de temps, elles ont intercepté un autre cycliste qui empruntait la rue à contresens.

On ne badine pas avec la conduite dangereuse.

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