Gaétan Barrette et les CHSLD

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette n'ayant... (Photothèque Le Soleil)

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Le ministre de la Santé Gaétan Barrette n'ayant pas trouvé cinq minutes dans son agenda pour répondre à nos questions, son attachée de presse a fourni au Soleil des «déclarations» par courriel.

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(Québec) Je n'ai pas obtenu d'entrevue avec le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et ce n'est pas faute d'avoir essayé. J'ai demandé il y a deux semaines de m'entretenir avec lui, j'avais des questions à lui poser. Je voulais savoir, entre autres, s'il trouvait normal que les CHSLD soient à ce point accros aux pilules.

Entre 30 % et 50 % des résidents y consomment des antipsychotiques, ils sont entre 15 % et 22 % aux États-Unis. La même tendance s'observe pour les antidépresseurs et les anxiolytiques. J'ai exposé ce phénomène dans une série publiée fin juin sur les CHSLD, je présentais des problèmes criants, des pistes de solutions aussi.

J'insistais sur l'urgence d'agir.

M. Barrette n'a pas trouvé cinq minutes dans son agenda. J'ai parlé quelques fois à son attachée de presse, très gentille, elle m'a répété que son ministre n'avait pas une seule minute libre d'ici ses vacances. Pas une seule.

Il est parti vendredi.

Son attachée m'a quand même offert de lui envoyer quelques questions par courriel, pour qu'elle puisse me fournir des «déclarations». Faute de grives, on mange des merles, j'ai soumis les six questions que voici :

Q Il se prescrit au Québec deux fois plus d'antipsychotiques dans les CHSLD qu'ailleurs au Canada ou aux États-Unis, la même tendance s'observe pour les antidépresseurs et les anxiolytiques. Le ministre est-il préoccupé par cette situation?

R Au Québec, les aînés hébergés en CHSLD ont un profil ISO-SMAF de plus de 10, ce qui implique des problèmes cognitifs sévères, de l'Alzheimer... Nous devons être prudents en comparant les institutions, les provinces ou même les pays les uns avec les autres. Les indicateurs ainsi que les profils ne sont pas toujours les mêmes.

Note : Je vous traduis le jargon, le profil ISO-SMAF est un indicateur chiffré, de 1 à 14, pour mesurer le niveau de soins requis par chaque personne. Ironiquement, le ministre vient confirmer le problème, puisque l'usage si courant d'antipsychotiques est remis en question précisément pour les gens atteints d'Alzheimer et de troubles cognitifs.

Q Souhaiterait-il que le Collège des médecins se penche sur cette réalité?

R Cette préoccupation dépasse le mandat du Collègue [sic] des médecins, cependant des travaux sont présentement en cours sur l'usage optimal des médicaments. Plusieurs partenaires impliqués.

Note : Le collègue Simon Boivin était parvenu à interpeller M. Barrette à la sortie du conseil des ministres le 1er juillet. Il lui avait demandé s'il y avait surmédication dans les CHSLD. Voici ce que le ministre avait répondu : «C'est une question que vous devriez poser au Collège des médecins, on est ici dans la pratique médicale.»

Q M. Barrette croit-il que ce phénomène est attribuable au manque de personnel et de ressources pour appliquer des moyens alternatifs pour contrôler l'agressivité et l'agitation des personnes souffrant de démence?

R Encore une fois, la prudence est de mise dans cette affirmation, car plusieurs facteurs peuvent expliquer différentes situations et on ne peut faire de commentaires généraux.

Q Est-ce qu'il estime que les méthodes pour contrôler et évaluer les soins en CHSLD sont suffisants [sic] et efficaces?

R Plusieurs outils d'évaluation ont fait leurs preuvent [sic] dont le ISO-SMAF et le Prisma-7. Peu importe l'outil utilisé, la famille et l'usager sont au coeur des décisions et traitements. Par ailleurs, des mises à jour des évaluations sont faites régulièrement ou lorsqu'un membre du personnel note un changement potentiel dans la situation clinique de la personne.

Q Est-ce qu'il estime que toutes les personnes hébergées en CHSLD ont des soins suffisants?

R Nous sommes préoccupés par certains faits reportés [sic] par les médias et c'est pourquoi nous suivrons avec intérêt les travaux de la Commission de la santé et des services sociaux qui poursuit son mandat d'initiative. Cette dernière déposera un rapport sur les conditions de vie des adultes hébergés à l'Assemblée nationale. Nous analyserons le rapport et apporterons les changements appropriés, s'il y a lieu.

Note : D'ici là, tout va bien.

Q Quelle solution proposerait-il pour diminuer les listes d'attente?

R La loi 10, en intégrant les établissements fusionnés sous une seule structure (le CISSS ou le CIUSSS) favorise la transmission de l'information et la fluidité des transferts entre les établissements de soins et services, selon l'état clinique du patient. Cela est particulièrement approprié pour une personne qui, à la suite d'un incident de santé, voit son degré d'autonomie changer et ses besoins en soins évoluer. Sous la supervision du CISSS (ou CIUSSS), cette personne pourra être plus facilement dirigée vers l'établissement qui correspond à ses besoins.

Rappelons cependant que la responsabilité du CISSS (ou du CIUSSS) est de diriger la personne vers l'établissement offrant les soins et services appropriés. Nous essayons le plus souvent possible d'avoir une place dans l'établissement préféré par la personne et sa famille, mais il arrive que ce ne soit pas possible. Par exemple, un adulte ayant besoin d'être hébergé dans une unité prothétique ne sera pas dirigé vers un établissement ne possédant pas ce type d'hébergement, car sa sécurité est la priorité. Toute situation où il y aurait dépassement de l'offre de services par les besoins de la personne, l'établissement travaillera avec le résident et ses proches pour veiller à la protection de sa santé et à sa sécurité. La famille est toujours un partenaire dans les décisions, ainsi que la personne lorsque cela est possible - chaque situation est traitée individuellement, selon l'ISO-SMAF énoncé plus haut, ainsi que de nombreux autres facteurs.

Fin des réponses.

Donc, pour résumer, le ministre estime qu'il y a assez de personnel ou, du moins, que les gens sont en mesure de s'occuper adéquatement des personnes hébergées en CHSLD, que les gestionnaires savent comment ça se passe sur le terrain, que les familles sont «toujours» un partenaire.

Il dit aussi qu'il est préoccupé par certains faits rapportés par les médias, qu'il suivra avec intérêt les travaux de la commission parlementaire. Curieux hasard, le 2 juin dernier, j'ai cherché à savoir où en étaient les travaux, le secrétaire m'a répondu le 3 juin par courriel : «aucun rapport n'a été produit [...] car des élections générales ont été déclenchées en mars 2014. Le mandat a donc été considéré comme terminé.»

La commission avait eu le temps d'entendre une trentaine de points de vue sur la question, avait reçu autant de mémoires.

Le 8 juin, les députés membres de la commission de la Santé et des services sociaux ont annoncé qu'ils poursuivraient les travaux. L'idée avait été soumise deux semaines plus tôt par Sylvain Rochon, député de l'opposition.

Ça ne changera rien, remarquez, les problèmes et les solutions qui sont présentés dans la trentaine de mémoires sont connus. On y parle de manque de personnel, de problèmes d'organisation, de personnes âgées qui sont laissées à elles-mêmes, qui n'ont plus une demi-once de dignité.

L'heure n'est plus aux grands-messes.

Si nos dirigeants, qu'ils soient libéraux ou péquistes, se préoccupaient de soigner les gens autant qu'ils soignent leur image, le problème serait réglé depuis longtemps.

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