GROS PLAN SUR LES CHSLD - 4e de 4

La vie, à quel prix?

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La durée moyenne d'un séjour en CHSLD est de 838 jours dans la province et d'au-dessus de 1000 jours à Québec.

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(Québec) «Nos succès médicaux ont parfois un envers tragique : nous empêchons quelqu'un de mourir sans vraiment lui redonner la vie.»

La citation est de Jean Desclos, je l'ai lue dans le livre que le psychiatre Jacques Potvin vient de publier à compte d'auteur, Démence en CHSLD : et si un jour, ça me concernait? Dans son ouvrage, l'homme pose une autre question, plus embêtante : faut-il soigner les gens qui sont dans l'antichambre de la mort?

Le Dr Potvin estime qu'il faut tracer une ligne. À l'aube de ses 87 ans, il travaille encore à l'occasion dans un CHSLD. «L'autre jour, j'ai un patient qui a une pneumonie, 104 de fièvre, il a 86 ans, il est sur le point de mourir. J'explique à sa femme que le rétablissement sera peut-être difficile, souffrant... Elle a exigé qu'on le traite.»

Le Dr Potvin sait qu'il s'agit d'un débat philosophique, mais que nous ne pouvons plus en faire l'économie. «À un moment donné, il va falloir se demander à partir de quand on laisse la nature suivre son cours. L'hypertension, on traite ou pas? En faisant ça, on oblige en quelque sorte la personne à vivre une vie qui n'est pas drôle...»

Il y a la vie, et la qualité de vie. «Je suis prêt à allonger la vie, mais à quel prix? Quand [le patient] revient, il revient à quoi? À quelqu'un qui fouille dans sa couche, qui se fait parfois brusquer, qui n'a plus son petit chien...»

Dans son livre, le Dr Potvin aborde la question de l'acharnement thérapeutique en fin de vie. L'homme plaide pour qu'on cesse de traiter la maladie d'Alzheimer en CHSLD. Il cite un collègue, le Dr Claude Leicher : «Tous les essais cliniques ont démontré que les médicaments anti-Alzheimer n'améliorent pas de façon significative l'état de santé des patients.»

Aux États-Unis aussi, des voix s'élèvent pour qu'on mette la pédale douce sur ces médicaments, dont l'efficacité est remise en question.

Mais il y a plus. «Il y a la pression de la société, des familles. Les gens ne sont pas prêts à laisser aller leur proche, ils veulent le garder le plus longtemps avec eux.» Même si, souvent, celui-ci ne les reconnaît plus.

La durée moyenne d'un séjour en CHSLD est de 838 jours dans la province et d'au-dessus de 1000 jours à Québec.

L'arrivée en CHSLD est un choc pour la personne, qui, en plus de perdre ses repères, ne reconnaît plus rien autour d'elle. D'où l'idée de faire des petits milieux à échelle humaine, à l'ambiance familiale.

Il arrive que la personne ne s'adapte pas, qu'elle n'ait tout simplement plus envie de cette nouvelle vie qui n'en est pas une. On remarque parfois que des résidents arrêtent de manger, de participer aux activités, quand il y en a. On appelle ça le syndrome du glissement.

Quand une personne s'engage sur cette pente descendante, le déclin peut être rapide. Elle perd du poids, ne parle presque plus, ne tient plus à quitter son lit. Elle perd, ni plus ni moins, le goût de vivre.

Les équipes en place surveillent ces symptômes, comme l'explique Julie Gilbert, conseillère cadre à l'hébergement au CIUSSS de la Capitale-Nationale. «Il faut être vigilants quand il y a un refus de s'alimenter et de participer aux activités. Il faut voir si la personne a des tendances suicidaires. Pour y arriver, on a des moyens pour mesurer le niveau de dépression des personnes, même celles qui ne parlent pas.»

Pour lui remonter le moral, on lui donne des antidépresseurs.

Un peu plus de la moitié des résidents des CHSLD de la région de Québec consomment des antidépresseurs, ça en dit long sur l'ambiance qui règne et sur la capacité des gens à leur remonter le moral autrement.

Dans sa pratique, le Dr Potvin a observé cette réalité. Un exemple parmi d'autres : «Il y a une patiente qui est décédée récemment, elle prenait trois antidépresseurs, sans trop savoir l'effet des trois, lequel fonctionnait, lequel ne fonctionnait pas.»

Elle n'est pas morte heureuse pour autant.

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