Et si on pensait autrement?

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(Québec) Certains d'entre vous n'aiment pas quand je raconte ce qui va mal dans les CHSLD. Ça fait peur.

Et ça ne paraît pas bien.

Dans un mémoire déposé en 2014 en commission parlementaire, l'Association des CHSLD privés conventionnés résume ainsi la situation : «Bien qu'il soit difficile d'établir une corrélation directe entre la perception populaire des CHSLD et la pénurie de main-d'oeuvre qui afflige le secteur, il n'en demeure pas moins qu'un secteur d'activités qui jouit d'une perception positive saura toujours attirer des ressources qualifiées».

Primo, ils sont incapables de faire le lien entre le manque de personnel et la mauvaise perception des CHSLD. Deuzio, ils estiment que le problème de recrutement est le simple fait de cette mauvaise perception. De la fumée sans feu, en somme.

Le problème n'est pas uniquement affaire de perception. La pénurie de main-d'oeuvre se traduit la plupart du temps par des soins de moins grande qualité, ou encore par moins de soins de qualité. Les solutions sont connues : soit on ajoute de l'argent, soit on repense complètement le système.

On peut aussi imaginer mieux. Aux Pays-Bas, on a mis au point une formule originale, la maison Humanitas. L'idée est jolie : on héberge gratuitement six étudiants qui s'engagent à faire 30 heures de bénévolat par mois auprès des 160 résidents. Le projet fonctionne depuis deux ans, jeunes et vieux y trouvent leur compte.

En Belgique, on applique le concept de la maison intergénérationnelle à de purs étrangers. Ainsi, au lieu qu'une personne vende sa maison parce qu'elle n'est plus capable d'y vivre seule, elle loue une partie, pas très cher, à un couple ou à une famille qui accepte de s'occuper de la personne. Ils appellent ça des maisons kangourou.

L'idée - et c'est là aussi que le Québec essaye de s'en aller -, c'est de s'organiser pour que les gens restent chez eux le plus longtemps possible. Encore là, pour les soins à domicile, la solution n'est pas simplement de dépenser plus d'argent. Il y a des choses qui clochent aussi dans les soins à domicile.

Un exemple : le nombre maximum d'heures auxquelles une personne a droit dépend entre autres de la ville où elle habite. En Montérégie, le maximum est de 44,5 heures. À Montréal, il est de 35. 

J'ai le goût de vous faire rêver un peu. On retourne aux Pays-Bas, dans une banlieue tranquille, le village de Hogewey. Il y a 152 habitants à Hogewey, tous séniles, la majorité sont atteints d'Alzheimer. Émilie Côté, de La Presse, est allée y faire un tour l'an dernier, elle a raconté ce qu'elle a vu.

Le concept est révolutionnaire. Si vous avez vu Le show Truman avec Jim Carrey, c'est un peu ça : un village fermé avec des gens qui ne savent pas qu'ils vivent dans un centre de soins de longue durée. Ils pensent qu'ils habitent ce minuscule village, qu'ils ont toujours habité là. Il y a entre autres de beaux jardins, un café, une épicerie. Les résidents peuvent prendre deux douches par jour s'ils le veulent.

Les 250 employés, infirmières, médecins et préposés aux bénéficiaires n'ont pas d'uniformes, ils sont habillés comme monsieur et madame Tout-le-Monde, ils se promènent dans le village avec leurs patients, personne ne passe ses journées dans sa chambre à regarder la couleur des murs en attendant son manger mou. Il y a 240 bénévoles, la plupart sont des chômeurs. La municipalité encourage ceux-ci à faire du bénévolat.

L'idée d'Hogewey est venue d'une gestionnaire. Yvonne van Amerogen était responsable d'un centre de soins de longue durée, son père était mourant, il était hors de question pour elle qu'il soit admis dans le centre qu'elle gérait. Dans une réunion où on essayait de rafistoler ce qui n'allait pas, elle a dit : «Et si on pensait autrement?»

Hogewey a ouvert ses portes en 2009, sur le même site, 17 ans après cette réunion. Ce centre est financé par l'État, il en coûte environ 5500 euros par mois par personne, soit 92 000 $ par année. Le ministère des Finances évalue que chacune des 38 000 places au Québec coûte en moyenne 75 000 $, le Vérificateur général a calculé que la facture grimpe jusqu'à 90 000 $ dans certains CHSLD.

Ça fait du bien de rêver, non?

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