Comment devenir dictateur en 10 leçons

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Le leader nord-coréen Kim Jong-Un (vêtu de noir) ne manque pas d'imagination pour chanter ses propres louanges.

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(Québec) CHRONIQUE / Nous vivons une époque formidable, mais un peu frénétique, où l'on trouve des livres sur les sujets les plus inusités. Difficile d'oublier le récent Guide de l'Europe à dos de kangourou. Sans parler du livre Comment être pape, une lecture idéale pour planifier une seconde carrière.

Dans ces conditions, on ne s'étonne pas de tomber sur un manuel intitulé Et si je devenais dictateur*. Un aide-mémoire du parfait despote, en 10 leçons. Mieux, un guide de voyage au pays du pouvoir absolu, le vrai, celui qui rend fou.

Vous pourrez notamment y suivre les traces de l'empereur Bokassa 1er, alias le Napoléon africain. En 1977, son couronnement veut rivaliser en splendeur avec celui de l'empereur français. Les invités y engloutissent plus de 24 000 bouteilles de champagne.

La facture atteint le quart du budget annuel du pays! L'équivalent de 290 millions $ en argent d'aujourd'hui. «N'importe quel imbécile peut devenir dictateur, philosophe Bokassa, dans un rare moment de lucidité. Mais dans ce métier, c'est la sécurité d'emploi qui reste la plus difficile à obtenir.»

Le président russe Vladimir Poutine a déjà récolté... (AP) - image 2.0

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Le président russe Vladimir Poutine a déjà récolté 107 % des votes dans une circonscription lors des élections présidentielles.

AP

Pas sûr que les gens qui ont connu la terreur d'une dictature vont tous apprécier l'humour noir de l'auteur, le norvégien Mikal Hem. Un chapitre suggère de piller le pays en famille. Un autre conseille d'éliminer l'opposition sans le moindre état d'âme. Mais au-delà du cynisme, c'est l'arbitraire qui est visé. À grand renfort d'exemples historiques. 

En Roumanie, Nicolaï Ceausescu interdit la possession d'une machine à écrire sans autorisation. En Iran, l'ayatollah Khomeini tente brièvement de supprimer la musique. Et que dire du turkmène Saparmourat Atayevitch Niazov? Le modeste donne son nom à plusieurs villes et à la monnaie nationale. Il rebaptise aussi le mois de janvier en l'honneur de sa mère. Au passage, Monsieur interdit le cirque, l'opéra et le ballet. Et quand il cesse de fumer, en 1997, le tabac est aussitôt banni des lieux publics.

Les plaisantins racontent que lorsque le tyran rend l'âme, en 2006, son entourage ne sait pas quoi faire.

- Il est mort, murmurent-ils. Mais qui va oser aller lui dire?

Dans le club sélect des dictateurs, le Nord-Coréen Kim Jong-Un occupe une place de choix. Son pouvoir repose sur une vision paranoïaque du monde, que décrit minutieusement Mikal Hem. «Selon cette propagande, les Coréens forment «la race des purs» [...], écrit-il. Ils naissent vertueux, dotés d'une pureté innée. Voilà pourquoi [...] ils sont vulnérables : «Notre vertu fait de nous une proie facile», affirme une affiche de propagande.»

Le «Cher Leader» Kim Jong-Un ne manque pas d'imagination pour chanter ses propres louanges. Parions qu'il aurait pu écrire le chapitre sur le culte de la personnalité. Même chose pour l'Ougandais Idi Amin Dada, qui se faisait surnommer «le Seigneur des bêtes de la Terre et des poissons de l'océan», en faisant mine d'oublier que son pays n'a pas d'accès à la mer.

Un brin halluciné, François Duvalier, alias Papa Doc, parlait de lui à la troisième personne. Une publicité le montrait assis, avec Jésus debout derrière lui, plaçant une main sur son épaule. «J'ai choisi lui», disait la légende.

Au passage, n'importe quel dictateur vous confirmera que le caractère démocratique d'un pays n'a rien à voir avec la tenue d'élections. Plutôt avec la manière de compter (ou de ne pas compter) les voix. 

En 2002, l'irakien Saddam Hussein obtient un score parfait de 100 % lors d'un référendum pour prolonger sa présidence. Plus modeste, l'homme fort de Biélorussie, Alexandre Loukatchenko, se contente d'un maigre 93,5 % des votes, en 2006. Accommodant au possible, il accepte même de réduire ce score à 83 %, dans l'espoir de plaire aux observateurs internationaux!

Mais gare à ceux qui veulent en faire trop.

En 2012, lors des élections présidentielles en Russie, Vladimir Poutine obtient 1482 voix dans une circonscription de Tchétchénie. Un exploit digne de mention, puisque la circonscription compte seulement 1389 électeurs! Bref, il récolte 107 % des suffrages.

Au final, il apparaît inutile de conseiller à tous les aspirants dictateurs de lire attentivement le chapitre 10, intitulé «Savoir partir». Mieux vaut conclure avec un classique de l'humour des dictatures. 

«Ce matin-là, au Kremlin, Staline apparaît de très mauvaise humeur. Lors d'une réunion, il engueule tout le monde. À la sortie, un général est rouge de colère. 

- Je déteste cet idiot et sa moustache stupide, grommelle-t-il, après avoir quitté la salle.

Pas de chance, le secrétaire de Staline entend tout. Il prévient aussitôt son patron. Ce dernier convoque le général. 

- À qui pensais-tu lorsque tu as dit : «je déteste cet idiot avec sa moustache», demande le dictateur courroucé.

Le général ne se laisse pas démonter. «Je parlais d'Hitler, bien entendu.»

Staline hoche la tête. Puis il se retourne d'un air sombre vers son secrétaire.

- Et toi, de quel «idiot avec une moustache» croyais-tu qu'il parlait?»

* Mikal Hem, Et si je devenais dictateur, traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud, Gaïa Éditions, 2017, 220 pages.




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