Dans 10 ans, ce sera Marine Le Pen?

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Dans 10 ans, Marine Le Pen? Pour l'instant, le principal adversaire du Front national reste souvent... le Front national lui-même.

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CHRONIQUE / Quand il est apparu pour la première fois à la télévision, après sa victoire, Emmanuel Macron avait l'air du gars qui vient d'être frappé par la foudre. Les yeux écarquillés, le teint gris, le nouveau président a lu un discours d'une voix monocorde, dans une salle où régnait un silence digne des grands fonds marins.

Aussi festif qu'un croque-mort récitant le plan d'évacuation de son salon funéraire.

Ne soyons pas cruels. Le 23 avril, à la fin du premier tour, le monde entier avait reproché à M. Macron son attitude triomphaliste. Cette fois, c'était le contraire. Trop robot pour être vrai. Comme si le candidat venait de réaliser dans quelle aventure insensée il avait plongé? 

Pour reprendre une image classique, Emmanuel Macron avait le regard du chevreuil qui apparaît en pleine nuit dans les phares d'un poids lourd fonçant sur lui à vive allure.

Plus tard, devant ses partisans, sur l'esplanade du Louvre, à Paris, le candidat Macron avait retrouvé sa verve. Tant mieux pour lui. Il en aura besoin.

Entre nous, même s'il est victorieux, le président Macron ressemble à un work in progress. «Un excellent programme dont il ne reste plus qu'à trouver le contenu», résument ses adversaires. Tout indique que la majorité des Français n'ont pas voté POUR lui, mais plutôt CONTRE le Front national, le parti d'extrême droite. Lors du premier tour, 54 % de ses électeurs avouaient l'avoir choisi «par défaut»!

Bref, Monsieur a gagné le premier prix d'un concours de circonstances. Maintenant, c'est lui qui doit réconcilier un pays où l'extrême droite prend des allures d'opposition officielle. Emporté par l'émotion, il a promis de «tout faire» pour que les électeurs n'aient plus de raison de voter pour des extrêmes. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire? 

En 2002, le candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen, avait récolté 17,8 % des votes.

Quand il est apparu pour la première fois... (AP, Lionel Bonaventure) - image 2.0

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Quand il est apparu pour la première fois à la télévision, après sa victoire contre Marine Le Pen, Emmanuel Macron avait l'air du gars qui vient d'être frappé par la foudre.

AP, Lionel Bonaventure

Quinze ans plus tard, en 2017, sa fille Marine Le Pen recueille 34,2 % des suffrages. Presque le double.

«À ce rythme, écrit un citoyen français de Québec, Marine Le Pen sera présidente avant que les Canadiens de Montréal remportent une autre Coupe Stanley.»

Emmanuel Macron raffole des symboles. Dimanche soir, il s'est présenté devant ses partisans à pied, au son de l'Hymne à la joie, tel un François Mitterrand sur les marches du Panthéon, en 1981. 

Pourtant, quand on se souviendra de la campagne de 2017, c'est peut-être un autre symbole qui retiendra l'attention: le déménagement en Pologne de l'usine d'électroménagers Whirlpool d'Amiens, la ville de naissance d'Emmanuel Macron. Le candidat y a même croisé le fer avec Marine Le Pen, il y a quelques jours.

À elle seule, l'affaire résume toute la cruauté de l'économie actuelle. Pour 400 familles d'Amiens, la fermeture de l'usine constitue un coup terrible, malgré les compensations. Pour la multinationale Whirlpool, il s'agit d'une décision d'affaire parmi tant d'autres. Le pdg vit aux États-Unis, où il a empoché un salaire de 13,5 millions $, en 2016. Autrement dit, 692 fois le salaire minimum en France.

Quant au principal actionnaire, le Vanguard Group, c'est à peine si ses administrateurs doivent connaître l'existence de la ville d'Amiens. Vanguard gère plus de 4000 milliards $, soit une fois et demi le PNB de la France. Une seule consolation: contrairement à une rumeur tenace, ce n'est pas son directeur général, Frederick William McNabb III, qui a déclaré: «pour être efficace, une réunion ne devrait pas comprendre plus de trois personnes, dont au moins deux sont absentes».

Dans 10 ans, Marine Le Pen? Pour l'instant, le principal adversaire du Front national reste souvent... le Front national lui-même.

Dimanche, le Parti n'a pas fait mentir sa réputation belliqueuse, en excluant une dizaine de médias de sa soirée électorale.

Une «guéguerre» qu'on peut caricaturer en imaginant le résultat de l'élection présidentielle, revu et corrigé par la direction du Parti. 

«Marine Le Pen obtient une deuxième place honorable. Emmanuel Macron finit avant-dernier.»

***

ERRATUM: Samedi, dans un portrait d'Emmanuel Macron, j'ai suggéré que son épouse, Brigitte Trogneux, avait 24 ans de «moins» que lui. Il aurait fallu lire 24 ans «de plus». On me pardonnera, je l'espère, cette étourderie. À l'image de ce lecteur français qui m'a gentiment signalé le lapsus, en ajoutant que «l'âge n'a pas d'importance, sauf si on est un fromage».




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