Nos amis les dictateurs

En regardant les dictateurs se transformer en bons... (AFP)

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En regardant les dictateurs se transformer en bons partenaires commerciaux, même un superméchant comme le Nord-Coréen Kim Jong-un peut se dire que rien n'est perdu. Il suffirait de presque rien pour se faire tout pardonner. Peut-être un peu de pétrole? Ou quelques juteux contrats militaires?

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(Québec) CHRONIQUE / Fidel Castro est mort. Avec lui disparaît le dernier dictateur qu'on pouvait aimer ou haïr pour des raisons idéologiques. Désormais, il n'y a que deux sortes de dictateurs. Les bons et les méchants. «Mais comment les distinguer?» demande une lectrice curieuse. Enfantin. Les bons, ce sont ceux qui brassent des affaires avec nous. Les méchants, ce sont les autres.

Bienvenue dans un monde où les grands principes sont aussi utiles que... une mitraillette pacifiste. Et où même l'humour cubain a un petit côté désabusé.

«Il était une fois le premier astronaute cubain dans l'espace. Sitôt revenu sur Terre, il est reçu en héros par Fidel Castro. Mais l'astronaute est embarrassé. Il veut confier un secret à Fidel. Dans le creux de l'oreille. «Là-haut, dans les cieux, j'ai vu le paradis avec Dieu et les anges. Les chrétiens ont raison.

- Je sais, répond Castro. Mais, surtout, n'en parle à personne.»

Quelques semaines plus tard, l'astronaute est reçu par le pape, au Vatican. Encore une fois, le Cubain apparaît troublé. Il veut chuchoter quelque chose au Saint-Père. Loin des oreilles indiscrètes. «Là-haut, dans les cieux, je n'ai rien vu. Il n'y a pas de paradis. Ni de dieu. Ni d'anges. Les communistes ont raison.

- Je sais, répond le pape. Mais, surtout, n'en parle à personne.»

***

Ne nous égarons pas. Avant, il y avait des dictatures plus ou moins sanguinaires. Aujourd'hui, il n'y a que des «partenaires commerciaux». En juin, à Ottawa, le ministre chinois des Affaires étrangères a sermonné un journaliste qui osait poser une question sur les droits de la personne. «J'aimerais suggérer de ne plus poser de questions de manière aussi irresponsable,» a dit le ministre.

Il faut le comprendre. On peut critiquer une dictature. Mais un partenaire commercial? Par exemple, de quel droit traitons-nous l'Arabie Saoudite de «dictature»?

Parce que ses citoyens n'ont pas le droit de critiquer le gouvernement? Parce qu'elle refuse d'accorder le droit de vote aux femmes, sauf pour les élections locales? Parce que le blogueur Badaoui a été condamné à recevoir 1000 coups de fouet?

D'accord. Selon l'indice de démocratie, établi par The Economist, l'Arabie Saoudite arrive au 160e rang sur 167 pays! Mais ça n'a pas empêché le Canada de signer avec le royaume un contrat de vente de véhicules blindés totalisant 15 milliards $. Mieux, ça n'a pas empêché la France d'attribuer la Légion d'honneur au prince héritier, Mohammed ben Nayef. Un honneur carabiné, quand on pense que le prince est ministre de l'Intérieur. Le même ministère qui a supervisé l'exécution de 153 condamnés à coups de sabre, l'an dernier.

Plus compréhensif que nous, ça se peut pas. Parlez-en au président Nusultan Nazarbayev, qui règne sur le Kazakhstan comme le Géant vert sur son potager magique. Le Kazakhstan, c'est le nouvel Eldorado. Du pétrole. De l'uranium. Le géant canadien Cameco y fait des affaires d'or. Et il faudrait sacrifier tout cela pour des élections truquées? Ou à cause de l'interdiction des médias d'opposition?

Ce serait mal nous connaître.

Avons-nous rouspété lorsque le chanteur Sting a donné un concert privé pour la fille du défunt dictateur Islam Karimov, en Ouzbékistan? Jamais de la vie!

Karimov ne risquait pourtant pas d'être confondu avec un paisible vendeur de chaussures. Ni avec le dalaï-lama. Selon le département d'État des États-Unis, le président avait même fait bouillir deux ennemis politiques.

Simple. On pourrait enfermer tous nos grands principes dans une larme de colibri et, même là, il resterait encore de la place pour y entasser la partie sincère de nos discours sur les droits de l'homme.

***

En regardant les dictateurs se transformer en bons partenaires commerciaux, même un superméchant comme le Nord-Coréen Kim Jong-un peut se dire que rien n'est perdu. Il suffirait de presque rien pour se faire tout pardonner. Peut-être un peu de pétrole? Ou quelques juteux contrats militaires?

Promis, nous ne raconterions même plus cette vieille blague de l'époque soviétique.

«Un jour, Kim Jong-un aperçoit à la télé l'Américain Barack Obama qui fait l'essai d'un lien téléphonique avec les enfers. Pendant quelques minutes, le président s'entretient avec Abraham Lincoln. Puis, quand il raccroche, on signale que l'expérience a coûté 15 millions $.

Très impressionné, Kim ordonne à ses ingénieurs de fournir la même chose. Le défi est énorme. Les ingénieurs s'arrachent les cheveux. Mais au bout de trois semaines, ils ont établi un lien avec les enfers.

Pendant plusieurs heures, Kim peut parler avec son grand-père, Kim Il-sung, le fondateur de la dictature en Corée du Nord.

À la fin, même s'il a discuté durant des heures, la communication coûte seulement quelques sous.

- Comment est-ce possible? s'étonne Kim. Aux États-Unis, le lien avec les enfers coûtait des millions de dollars.

Les ingénieurs répondent, un peu gênés.

- C'est parce qu'ici, c'est un appel local.

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