Nuit de stupeur à New York

Donald Trump, nouveau président des États-Unis, a prononcé... (Photo Timothy A. CLARY, Agence France-Presse)

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Donald Trump, nouveau président des États-Unis, a prononcé un discours devant ses partisans à New York, tard dans la nuit.

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(New York) CHRONIQUE / À New York, la chute de Hillary Clinton a ressemblé à un accident d'avion, mais au ralenti.

Au début, il fallait voir avec quel enthousiasme la foule jouait des coudes, pour arriver le plus vite possible sur le site de sa soirée électorale, dans un centre de conférences de la 40e rue. Même les passagers du Titanic ne devaient pas être aussi pressés d'embarquer, en avril 1912.

La foule venait assister à un triomphe. Personne n'en doutait. Hillary Clinton était tellement sûre de gagner qu'elle avait prévu un feu d'artifice sur le fleuve Hudson. Dans les courriels d'invitation, on précisait que tout allait être terminé à 23h30.

Les Démocrates ne vendaient pas seulement la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Ils avaient déjà légué leurs bottes et leurs fusils au musée, pour immortaliser l'exploit.

Devant un stand improvisé de la chaine Fox-New,... (Le Soleil, Jean-Simon Gagné) - image 2.0

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Devant un stand improvisé de la chaine Fox-New, un gars qui se fait appeler le «Cow-Boy déshabillé», serinait des chansons western à la gloire... de Trump et des baisses d'impôts.

Le Soleil, Jean-Simon Gagné

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À quel moment le bel avion démocrate a-t-il commencé à piquer du nez? Difficile à dire. Sur les écrans géants, les mauvaises nouvelles se sont vite accumulées. Mais la croisière continuait, comme si de rien n'était. Des vidéos célébrant le culte de la personnalité d'Hillary Clinton tournaient en boucle. Des orateurs venaient lire des discours de victoire de plus en plus délirants.

Bref, la machine s'était emballée.

À un certain moment, le gouverneur de l'état de New York, Andrew Cuomo, est venu dire qu'il sentait la présence de son défunt père, politicien lui aussi. Il a invité la foule à lever une main dans les airs, pour «palper» cette présence.

La réalité a pourtant fini par frapper les Démocrates de plein fouet. Comme le souffle d'une explosion. Beaucoup ont été obligés de s'asseoir par terre, pour encaisser le choc. Il fallait envisager l'impensable. Trump allait gagner !

Dès lors, la fête s'est désintégrée. La foule a quitté les lieux. D'abord tout doucement. Puis à toute vitesse, comme l'air qui s'échappe d'un pneu crevé. Beaucoup pleuraient. En particulier les femmes d'un certain âge. «Je suis sûr que les Américains n'ont pas voté pour Hillary parce qu'elle est une femme, disait Deborah, qui était venue de Virginie.

Son fils tentait de lui remonter le moral, en lisant un message loufoque sur Twiter. «Beaucoup de gens font actuellement la file au Michigan. Mais ce n'est pas pour voter. C'est pour s'enfuir au Canada.»

*****

Un peu plus au nord, les partisans de Trump ont commencé à se manifester. Sur la 6e avenue, des gens baissaient les vitres de leur automobile pour crier Drain the Swamp [Videz le marais], le slogan qui résume le programme Trump pour Washington. Devant un stand improvisé de la chaine Fox-New, un gars qui se fait appeler le «Cow-Boy déshabillé», serinait des chansons western à la gloire... de Trump et des baisses d'impôts.

Mais c'est près du Hilton de Mid-Town, où les Républicains tenaient leur soirée électorale, que le fouillis est devenu indescriptible. «Ce n'est pas la démocratie», criaient des manifestants anti-Trump accourus sur les lieux. «Communistes», leur répondait un gros monsieur très excité, sous l'oeil des dizaines de caméras de télé accourues sur les lieux. 

Fred, un républicain du New Jersey, n'arrivait pas à y croire. Pour lui, nous vivons un moment aussi important que l'élection de Ronald Reagan, en 1980. Grand admirateur du président-acteur, il racontait toutes sortes d'anecdotes sur son héros. Je vous fais cadeau de celle-là.

«Après son élection, les services secrets donnent un briefing au nouveau président Reagan. Et quand la lecture de tous les problèmes de la planète est finie, ce dernier s'exclame : «Finalement, je pense que je vais demander un recomptage.»

*****

Sur la route du retour, le tumulte a fini par se calmer un peu. Sauf sur la 7e avenue, quasiment déserte, où retentissait un début d'engueulade. Un gars était en train de sermonner un groupe de jeunes filles portant des pancartes d'Hillary Clinton.

- Arrêtez de pleurnicher, expliquait-il. Ce n'est quand même pas la première fois que les États-Unis élisent un idiot...

Que voulez-vous répondre à ça?

Les premières lueurs du jour allaient bientôt apparaître. Près de Central Park, on croisait les premiers joggers de la journée. Ailleurs, des t-shirts d'Hillary Clinton étaient mis en solde.

La vie continuait. New York était déjà passée à autre chose.

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