Une élection de fou? C'est la faute de New York!

Le 20 octobre, New York a réussi l'exploit... (AP, Andrew Harnik)

Agrandir

Le 20 octobre, New York a réussi l'exploit de réunir les deux rivaux à la même table d'un dîner-bénéfice, durant lequel chacun a prononcé un discours à saveur humoristique.

AP, Andrew Harnik

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(New York) CHRONIQUE / Vue de New York, la lutte à finir entre «Hillary» et «Donald» ressemble à une querelle entre des gens riches et célèbres. Une chicane entièrement made in New York, en plus. C'est ici que Hillary Clinton et Donald Trump habitent. Ici qu'ils ont lancé leur campagne. Ici qu'ils ont établi leur quartier général. Ici qu'ils vont tenir leur soirée électorale. Il y a quelques jours, le New York Times a même rappelé l'époque pas si lointaine où ils étaient «de grands amis». Un choc.

Ah, l'année 2005! C'était le bon temps où Bill Clinton, le mari de Hillary, jouait au golf avec Donald Trump. L'époque bénie au cours de laquelle «Hillary» faisait partie des invités d'honneur au troisième mariage du Donald, dans son luxueux club privé de Palm Beach, en Floride. Une célèbre photo montre les deux futurs ennemis, rigolant de bon coeur d'une plaisanterie de ce fieffé boute-en-train de Donald.

Durant les années 2000, Donald Trump verse généreusement 100 000 $ à la Fondation humanitaire des Clinton. Il donne même quelques milliers de dollars pour la réélection au Sénat de Madame, sans savoir qu'il la surnommera un jour «Hillary-la-pourrie». «Quand tu es homme d'affaires, tu dois bien t'entendre avec les politiciens», bougonnera-t-il plus tard, en guise d'explication.

Pour finir, à qui croyez-vous que Donald Trump demande conseil, par téléphone, juste avant d'annoncer sa candidature, au printemps 2015? Réponse : à son pote Bill Clinton, bien entendu. Le même bon vieux Bill qu'il décrira ensuite comme «l'un des pires abuseurs de femmes de tous les temps».

Pas Jack l'Éventreur, mais presque.

On connaît la suite. Aujourd'hui, Donald Trump voudrait voir Clinton en prison. Et Hillary Clinton considère Trump comme indigne des fonctions de président. L'amitié n'est plus un long fil d'or, qui ne se brise qu'avec la mort.

Durant la campagne, New York a pourtant réussi l'exploit de réunir les deux meilleurs ennemis à la même table. Le 20 octobre, lors du dîner-bénéfice annuel d'une célèbre Fondation pour les enfants en difficulté, chacun a même prononcé un discours à saveur humoristique, comme le veut la tradition de l'événement. 

«Pour moi, il s'agit d'un dîner intime, plaisantera Trump. Pour Hillary Clinton, il s'agit de sa foule la plus importante de la campagne.»

«Quand les gens du monde regardent la statue de la Liberté, ils voient un fier symbole de l'histoire de notre pays, terre d'accueil des immigrants et porteur d'espoir pour l'humanité, ironise Clinton. Quand Donald Trump regarde la statue de la Liberté, il voit un 4 [sur 10]. Peut-être un 5 si elle dépose son flambeau et ses tables de loi pour changer de coiffure.»

Publicité à Times Square pour une édition spéciale... (Collaboration spéciale Jean-Simon Gagné) - image 2.0

Agrandir

Publicité à Times Square pour une édition spéciale de l'émission Saturday Night Live, dans laquelle les comédiens Alec Baldwin et Kate McKinnon tiennent les rôles des candidats Donald Trump et Hillary Clinton.

Collaboration spéciale Jean-Simon Gagné

La guerre des tabloïds

Même à New York, la «trêve» aura été de courte durée. Chaque jour, les deux rivaux se livrent en effet une guerre sans merci, par tabloïds interposés.

Lundi, par exemple, ces journaux n'en avaient que pour la décision du FBI de ne pas poursuivre l'enquête sur les courriels secrets de Hillary Clinton. «Sauvée par la cloche», ironisait le New York Post, qui pourchasse les Clinton comme un squale flairant le sang d'un gros thon blessé.

«Il n'y avait rien là dedans!» claironne son rival, le Daily News, qui considère Trump comme une sorte de microbe extraterrestre. En avril, quand Rex Ryan, l'entraîneur des Bills de Buffalo, avait endossé Trump, le journal s'était déchaîné en première page. «Il appuie l'idiot, lui aussi!» [He's with Stupid, Too!]

Apparemment, la partisanerie des tabloïds n'est pas refroidie par l'extraordinaire corruption qui ronge la politique new-yorkaise. Depuis l'an 2000, plus d'une trentaine d'élus de l'État de New York ont fait un séjour plus ou moins long derrière les barreaux. Et ça continue. Un proche conseiller du gouverneur Andrew Cuomo vient d'être arrêté pour une affaire de corruption.

«Combien existe-t-il de blagues à propos des politiciens new-yorkais? demandent les cyniques.

Réponse : Une seule. Toutes les autres sont vraies.»

La soirée électorale

Quand on y pense, l'élection présidentielle aura rarement été plus new-yorkaise. Depuis des mois, New York est devenue la vraie capitale politique des États-Unis.

Ces jours-ci, la Trump Tower, où le républicain a établi son quartier général, se transforme même en attraction touristique. Devant, les badauds et les équipes de télévision étrangères jouent du coude, dans une atmosphère rappelant vaguement le Boxing Day. 

«Pourquoi il veut déménager à la Maison-Blanche, puisque sa Tour est 11 fois plus grande? m'a demandé un journaliste japonais. Le pauvre tentait de se maintenir entre un policier, un groupe de touristes français et un hurluberlu qui parlait de récupérer de la poussière d'or emprisonnée dans les briques des édifices. 

Quoi qu'il arrive, on sait déjà que Trump ne tiendra pas sa soirée électorale à cet endroit. La mairie de New York l'a déjà mis à l'amende pour y avoir organisé des événements publics. Et il apparaît désormais inutile d'espérer un passe-droit de l'hôtel de ville. Le maire démocrate, Bill Di Blasio, est un ennemi personnel de Trump, qu'il compare à un «fasciste», tenant des propos dignes «d'un dictateur du tiers monde».

D'accord. C'est Donald Trump qui avait (un peu) commencé, en décrivant Di Blasio «comme le pire maire de tous les États-Unis». Pardon. «Le pire maire de toute l'histoire de New York.»

«Je suis new-yorkais»

On dit qu'une voiture est indispensable partout, sauf à New York. En fait, c'est exactement comme les bonnes manières.

Mais à la fin, ça ne changera pas grand-chose. New York votera démocrate. Comme d'habitude. En fait, la Grosse Pomme n'a pas choisi un candidat républicain à la présidence depuis Ronald Reagan, en 1984. Il y a quatre ans, plus de 81 % des électeurs ont opté pour le démocrate Barack Obama.

À la veille du scrutin, des fuites ont révélé que Hillary Clinton avait déjà planifié des feux d'artifice, sur le fleuve Hudson, pour célébrer sa victoire. La campagne Clinton a tout nié, mais l'épisode traduit peut-être un léger excès de confiance. On pense à l'optimiste invétéré qui tombe de l'Empire State Building et qui s'écrie, en arrivant à la hauteur du 50e étage : «Jusqu'ici, tout va bien!»

On préfère la sagesse de l'ancien présentateur de télé Dan Rather, un autre new-yorkais d'adoption, qui disait : «La course s'annonce aussi chaude et serrée qu'un maillot de bain trop petit, lors d'un trop long voyage de retour en automobile, après une journée à la plage au cours duquel vous avez attrapé un coup de soleil colossal.»

La chaîne de télévision ABC était dans les... (Collaboration spéciale Jean-Simon Gagné) - image 3.0

Agrandir

La chaîne de télévision ABC était dans les préparatifs à Times Square à la veille de l'élection présidentielle.

Collaboration spéciale Jean-Simon Gagné

ENTENDU

La soirée électorale de Hillary Clinton aura lieu au Javits Convention Center, un centre de conférences de Manhattan. À la fin des années 70, Donald Trump voulait construire le bâtiment, à condition de pouvoir mettre son nom dessus. La Ville de New York avait refusé tout net.

LU

Cette citation du publicitaire new-yorkais Donny Deutsch, dans le New York Times. «Au cours des deux ou trois dernières décennies, les noms de Trump et de Clinton représentent tout ce qu'il y a eu d'incroyable et de vulgaire aux États-Unis. [...] L'histoire de la montée en puissance et des réinventions successives de ces personnages, c'est un peu celle de New York. Elle raconte l'influence, le pouvoir, les classes sociales, la société et l'ambition [...].»

VU

En 2016, le budget de la Ville de New York s'élève à la bagatelle de 82,2 milliards de dollars américains.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer