Quand Trump s'offrait le Taj Mahal

Le Taj Mahal d'Atlantic City a fermé ses... (The Associated Press)

Agrandir

Le Taj Mahal d'Atlantic City a fermé ses portes le 10 octobre dernier, en raison d'un conflit de travail avec les 3000 employés du casino. Lors de l'ouverture de l'hôtel, le 2 avril 1990, Donald Trump l'avait qualifié de huitième merveille du monde.

The Associated Press

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Atlantic City, New Jersey) CHRONIQUE / Aux États-Unis, il existe un endroit où Donald Trump voudrait se faire oublier. C'est la ville d'Atlantic City, dans le New Jersey. Ici, Donald Trump a été le roi, avant de s'éclipser brutalement. Retour sur les folles années au cours desquelles «King Donald» jouait au vrai Monopoly, à Atlantic City.

Au rez-de-chaussée de l'ancien Trump Plaza, fermé depuis... (Collaboration spéciale Jean-Simon Gagné) - image 1.0

Agrandir

Au rez-de-chaussée de l'ancien Trump Plaza, fermé depuis des lustres, le restaurant semble encore attendre les clients. Les couverts sont toujours sur les tables.

Collaboration spéciale Jean-Simon Gagné

Le Taj Mahal, l'ancien casino de Donald Trump, trône encore sur Atlantic City comme le nez au milieu du visage. Impossible d'y échapper. Le gratte-ciel de carton-pâte résume à lui seul la démesure - la mégalomanie, disent certains - de Donald Trump. Sur chaque façade du gratte-ciel, le nom TRUMP est affiché en grosses lettres majuscules rouges.

De loin, on dirait le gratte-ciel du Méchant, qui domine Gotham City, la ville de Batman. De près, il ressemble au rejeton issu d'une nuit d'amour improbable entre le Kremlin, un Holliday Inn, un lave-auto et un gâteau de noces.

Un monument kitsch, sorti tout droit d'une bande dessinée.

Donald Trump n'a plus d'intérêt dans le casino depuis 2009. Il a même poursuivi l'ancien propriétaire pour faire retirer son nom de l'édifice, en 2014. En vain. Le Taj Mahal, qui a fermé ses portes le mois dernier, porte toujours son nom. Aussi discret que l'éléphant de 20 tonnes qui essaie de se faire tout petit dans un magasin de porcelaine.

La huitième merveille du monde

Le jour de son ouverture, le 2 avril 1990, Donald Trump, alias M. Modeste, présentait pourtant le Taj Mahal comme «la huitième merveille du monde». Mieux, comme le plus grand casino de la planète. Coût approximatif : 1 milliard $. Les 60 000 personnes qui assistent à l'inauguration n'en reviennent pas. À elle seule, la grandeur de l'aire de jeu atteint quatre terrains de football.

Le «Taj», comme on l'appelle, se veut le joyau de l'empire Trump, qui compte deux autres casinos à Atlantic City. L'endroit patauge dans l'opulence du nouveau riche. Les tapis arrivent d'Angleterre. Les fleurs sont livrées d'Hawaii. Le marbre a été taillé en Italie. Le cristal des lustres vient d'Autriche. Les palmiers sont enduits d'une substance plastifiée, pour durer éternellement.

«La nature ne peut pas faire aussi bien», commente le botaniste ducasino.

«Bienvenue dans un Disney World pour adulte», miaulent les serveuses, déguisées en concubines de harem. Dans l'euphorie générale, l'architecte Francis Dumont peut comparer son bâtiment aux plus grands palais du monde. Il affirme sans rire que l'entrée principale a été modelée sur les... Champs Élysées. Éberlué, un chroniqueur de Philadelphie écrit que «tout le monde [dans l'univers Trump] abuse des superlatifs, comme une bande d'enrhumés qui tombent sur une boîte de Kleenex».

Pas grave. Le beau monde s'enthousiasme pour les suites VIP, baptisées en l'honneur des sept personnages historiques préférés de Trump. Michel-Ange, Léonard de Vinci, Cléopâtre, Toutânkhamon, Napoléon et Kubilai Khan, le petit-fils de Gengis Khan. Dans son immense modestie, M. Trump s'est arrêté à sept. Car s'il avait fallu trouver un huitième immortel, sûr qu'il aurait ajouté son nom à la liste.

Naufrage en série

Donald Trump n'a que faire de ceux qui disent que l'âge d'or des casinos d'Atlantic City tire à sa fin. Ou que trop de casinos ont vu le jour, ailleurs sur la côte est. «Des «perdants», vocifère-t-il. Monsieur préfère l'éditeur du journal des casinos locaux, qui frôle l'extase. «Est-ce que le Taj Mahal va marcher? écrit-il. Il ne peut pas rater sa cible. Impossible. Cela équivaudrait à rater le plancher quand vous crachez par terre...»

Peu importe. Pour les casinos de Trump, le plongeon va bientôt commencer.

Au cours des premiers mois du Taj Mahal, Trump se vante que son casino fait tellement d'argent que les employés n'arrivent plus à le compter assez vite». En public, il répète que les succès dépassent «ses rêves les plus fous». Mais le Taj Mahal connaît vite d'importants problèmes financiers. Trump a contracté trop de dettes, en empruntant à des taux d'intérêt trop élevés.

En avril 1991, moins d'un an après son ouverture spectaculaire, la huitième merveille du monde se place sous la protection de la loi des faillites. Plusieurs fournisseurs de services y perdront leur chemise. Finalement, ce sont eux qui payent les folies du Taj Mahal!

Quelques-uns envisagent des poursuites. Trump menace. Ont-ils vraiment les moyens de se battre contre lui? Monsieur promet de faire éterniser les procédures judiciaires, juste pour leur rendre la vie impossible. Déjà, pour s'en sortir, Trump sait manier la carotte et le gros bâton.

«À Atlantic City, la réputation de Donald Trump a toujours été assez particulière, explique Levi Fox, un historien qui donne une visite guidée consacrée à Donald Trump et à Atlantic City. Même ses pires détracteurs devaient reconnaître que sa seule présence assurait une publicité monstre pour la ville. Il attirait des combats de boxe. Des spectacles prestigieux. Il donnait de l'emploi à des milliers de gens, dans une ville très pauvre.»

Donald Trump est intouchable. Au centre du Taj Mahal, qui va rouvrir en 1991, la gigantesque devise qui coiffe le bureau de change résume le culte du roi d'Atlantic City : «Ici, Trump veut tout dire et Tout veut dire Trump».

Un abonné des faillites

En tout, les casinos Trump d'Atlantic City feront faillite quatre fois. Un record qu'il faut cependant nuancer. «Donald Trump n'a pas été le seul investisseur incapable de penser à long terme, a écrit le journaliste Reben Kramer, qui couvre les casinos pour The Press of Atlantic City. Les faillites sont monnaie courante à Atlantic City. La différence, avec Donald Trump, c'est la régularité avec laquelle ses casinos ont fait banqueroute.»

Des années plus tard, tout cela pourrait passer pour de l'histoire ancienne. Après tout, Donald Trump s'est débarrassé de ses derniers investissements dans les casinos en 2009. «Juste au bon moment», dira-t-il.

Sauf que l'aventure est revenue le hanter durant la campagne électorale. Selon des documents obtenus par le New York Times, il aurait profité d'une entourloupette fiscale pour déclarer des pertes de 916 millions $, en 1995. Bref, les casinos l'auraient aidé à ne pas payer d'impôt durant 18 ans.

Avec le recul, la ville d'Atlantic City, elle, s'en tire beaucoup moins bien. Le naufrage de 5 de ses 12 casinos a créé un cratère de 500 millions $ dans le budget municipal. Trente-cinq pour cent de ses 40 000 habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Ces jours-ci, la Ville tente d'échapper à la tutelle de l'État du New Jersey, qui voudrait dire le démantèlement ou la privatisation de plusieurs services municipaux.

Pas étonnant que durant ses 508 jours de campagne, Donald Trump ait jugé préférable de ne pas mettre les pieds ici. Le Donald a plusieurs défauts, mais il n'est pas masochiste.

Épilogue

Oui, Donald Trump a définitivement tourné la page sur Atlantic City. Sur la Promenade, si chère aux joueurs de Monopoly, il laisse en héritage deux immenses casinos abandonnés, qui encombrent le paysage du bord de mer, comme d'énormes baleines échouées.

Au rez-de-chaussée de l'ancien Trump Plaza, fermé depuis des lustres, le restaurant semble encore attendre les clients. Sur les tables, les couverts sont encore mis. On aperçoit même quelques bouteilles d'eau. On jurerait que le personnel va revenir d'un moment à l'autre.

Tout autour, des employés se sont donné beaucoup de mal pour faire disparaître tous les noms Trump qui ornaient la façade. Comme si on voulait effacer pour toujours l'ancien roi d'Atlantic City.

Peine perdue. En octobre, l'ouragan Matthew a balayé toute la côte. Au passage, le vent a arraché les panneaux de bois qui camouflaient les vestiges d'une enseigne Trump. L'ombre de l'ancien roi d'Atlantic City est réapparue, comme celle d'un fantôme.

La nature a la mémoire plus longue que les Hommes.

LU

Dans le New Jersey, on parle beaucoup d'un scandale, le Bridgegate. Vendredi, deux adjoints du gouverneur Chris Christie ont été reconnus coupables d'avoir provoqué des embouteillages monstres, sur le pont George-Washington, entre le New Jersey et New York, pour... punir un rival politique. Le duo avait choisi la rentrée des classes, en septembre 2013, pour maximiser son effet. Il espérait que les parents en furie désigneraient le maire de la municipalité voisine, Mark Sokolich, comme responsable du blocage. Reste à savoir si le scandale emportera le gouverneur...

VU

Les plus célèbres maisons de paris britanniques donnent un léger avantage à Donald Trump. Mais ne vous emballez pas. Plusieurs n'avaient pas parié sur le Brexit.

ENTENDU

Ma première blague sur Donald Trump, dans un casino d'Atlantic City.

Sur leur avion de campagne, Donald Trump et Mike Pence, le candidat à la vice-présidence, s'ennuient un peu. Pence décide de proposer un jeu, pour tuer le temps. «À tour de rôle, chacun pose une question à l'autre, explique-t-il. Si on ne connaît pas la réponse, ça nous coûte de l'argent. Mais comme je suis un habitué, je te donne un avantage. Si tu ne connais pas la réponse à ma question, tu me remets 5 $. Par contre, si je ne connais pas la réponse à ta question, je t'en refile 50 $. 

D'accord, bougonne Trump.

Mike Pence commence.

- Quelle est la distance de la Terre à la Lune?

Donald Trump réfléchit un peu. Comme il ne connaît pas la réponse, il donne 5 $ à son adversaire. C'est maintenant à lui de poser une question.

- Pourquoi je tiens à tout prix à devenir président?

Mike Pence hésite un peu, mais il ne sait pas. Alors il se résigne à remettre 50 $ à Trump.

Donald Trump met l'argent dans ses poches, puis il dit qu'il en a assez. Il veut dormir. 

- Attends, l'interrompt Pence. Quelle est la réponse à ta question?

Donald Trump pousse un long soupir. Il ouvre un oeil, et il lui tend 5 $.

Partager

À lire aussi

  • Les jeux sont loin d'être faits

    Actualités

    Les jeux sont loin d'être faits

    Gardez un oeil sur la politique américaine, car les jeux sont loin d'être faits en ce qui concerne l'élection à la Maison-Blanche. »

  • Retenir son souffle

    Jean-Francois Cliche

    Retenir son souffle

    ÉDITORIAL / Ainsi donc Donald Trump, que tous les sondages donnaient pour mort il y a deux semaines, aurait encore un pouls politique suffisamment... »

  • Les États-Unis votent, le monde entier attend

    Élections américaines

    Les États-Unis votent, le monde entier attend

    Des dizaines de millions d'Américains se rendent aux urnes mardi pour choisir leur 45e président, au terme d'une campagne électorale de 18 mois. Les... »

  • Couillard préfère Clinton

    Élections américaines

    Couillard préfère Clinton

    Quelques heures avant la fermeture des bureaux de scrutin, Philippe Couillard a souhaité l'élection de la démocrate Hillary Clinton à la... »

  • Jean-Simon Gagné | <em>Nos amis les dictateurs</em>

    Jean-Simon Gagné

    Nos amis les dictateurs

    CHRONIQUE / Fidel Castro est mort. Avec lui disparaît le dernier dictateur qu'on pouvait aimer ou haïr pour des raisons idéologiques. Désormais, il... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer