La bataille de Philadelphie

Melania Trump s'est invitée dans le bastion démocrate... (AP, Patrick Semansky)

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Melania Trump s'est invitée dans le bastion démocrate de Philadelphie, jeudi soir, au son d'Aquarius, un hymne pacifiste tiré de la comédie musicale Hair.

AP, Patrick Semansky

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(Berwyn) CHRONIQUE / Philadelphie, la métropole de la Pennsylvanie, c'est l'ultime bastion démocrate. La grande muraille. Le coupe-feu. Pour l'emporter, les républicains ont appelé à la rescousse une invitée surprise : Melania Trump. Sa mission? Amadouer ceux qui perçoivent son mari Donald comme une sorte de rhinocéros aveugle lâché lousse dans la collection de verre taillé. Bienvenue sur le champ de bataille.

Pennsylvanie. Dans le stade de soccer de Berwyn, une banlieue cossue de Philadelphie, la foule espérait Donald Trump. Elle a plutôt eu droit à Melania, la trop gentille épouse du Donald. Melania Trump, c'est le côté sucré du candidat républicain. Madame Sourire. Durant la Rome antique, elle aurait pu être la joueuse de harpe qu'on envoie dans l'arène, le temps d'évacuer les gladiateurs à moitié morts.

Quelques instants plus tôt, les gens criaient : «USA! USA! USA! Lock her up! [Enfermez-la!]», à propos d'Hillary Clinton. Sans oublier le classique «CNN sucks! [CNN fait ch...]». L'atmosphère rappelait vaguement celle de la cage des fauves, lorsque la collation est en retard.

Au moment où Melania Trump est entrée sur scène, la chanson Aquarius s'est mise à jouer à tue-tête. Aquarius, un hymne pacifiste, tiré de la comédie musicale Hair. Un pur produit hippie, circa 1967! Pour nous asséner le coup de grâce, il aurait suffi de distribuer des fleurs et des ponchos qui sentent le patchouli.

Mme Trump a aussitôt parlé de son grand amour pour l'Amérique. Elle a récité dans l'ordre et dans le désordre les mots Dieu, liberté et Ronald Reagan. Surtout, elle a dit tellement de belles choses à propos de son Donald de mari qu'on se demandait si elle ne parlait pas de quelqu'un d'autre.

«On t'aime!» criait la foule quasiment apaisée.

Les gens espéraient Donald Trump. Ils avaient plutôt droit à un rassemblement peace and love de Melania Trump. Plus polie qu'une allée de quilles. Plus mielleuse qu'une ruche dans un champ de marguerites.

Bambi perdu dans un film de Godzilla.

Le mur se fissure

La présence de Melania Trump dans la banlieue de Philadelphie, à la fin de la campagne, ne doit rien au hasard. Madame Courtoisie vient braconner sur des terres que les démocrates croyaient conquises. Avec un discours tout en douceur. Garanti non toxique, hydroponique.

Pour les démocrates, il s'agit d'une mauvaise nouvelle de plus. Depuis deux semaines, la campagne d'Hillary Clinton tangue dangereusement. À la manière d'un navire touché plusieurs fois en dessous de la ligne de flottaison. Désormais, on se demande si le bâtiment arrivera à destination, ou s'il va couler à pic, avec la capitaine Clinton agrippée à la barre.

«Pas de panique», a dit un ancien conseiller de Barack Obama, à la télévision. Mais n'est-ce pas précisément ce qu'a dit le commandant de bord du Titanic?

D'ordinaire, en fin de campagne, les organisateurs découpent l'électorat en rondelles, comme un salami. Vous connaissez la caricature. Sommes-nous favoris chez les électeurs blancs titulaires d'un diplôme universitaire et parlant légèrement sur le bout de la langue? Avons-nous fait le plein de votes chez les Portoricains roux, qui collectionnent les bouchons de bière et qui ont aperçu au moins deux soucoupes volantes depuis 2007?

Pas cette fois. En Pennsylvanie, la nervosité des démocrates s'exprime de manière claire et limpide.

«On ne sent pas le même enthousiasme qu'en 2008 ou en 2012», confie un organisateur qui préfère garder l'anonymat. «Beaucoup de gens parlent des courriels secrets d'Hillary. Ils ont l'air de penser qu'on va découvrir qu'elle assassinait des bébés en série ou quelque chose du genre. À Philadelphie, il a fallu faire venir des militants de New York pour encourager le vote dans les secteurs latinos.»

«Nous n'avons plus de marge d'erreur», explique Ezra Kane-Salafia, directeur adjoint de la campagne de Mike Parrish, un candidat démocrate au Congrès. «Si on perd Philadelphie, on perd l'État de Pennsylvanie. Les résultats dans le centre de l'État sont mauvais. Les électeurs sont las de la campagne.»

Oui, les électeurs sont las. Cette semaine, les Cubs de Chicago ont remporté la Série mondiale de baseball pour la première fois depuis 1908. «L'année 1908, c'était il y a vraiment très longtemps, a remarqué un comique. Il y a tellement longtemps que l'actuelle campagne présidentielle n'était même pas encore commencée!»

La croisade

De retour au triomphe de Melania Trump dans la banlieue de Philadelphie.

En future bonne politicienne, cette coquine de Melania gardait le meilleur pour la fin. «Nous sommes devenus trop méchants, trop durs», a commencé Madame. Ne reculant devant rien, elle a ensuite promis de s'attaquer à... la cyberintimidation, lorsqu'elle sera la première dame des États-Unis.

Stop. Je me pince pour m'assurer que je n'ai pas rêvé. Melania Trump voudrait faire diminuer l'intimidation sur les réseaux sociaux? Vaste projet. Mais par où commencer? Peut-être par son mari, qui a insulté des centaines de personnes sur Twitter, depuis juin 2015?

Il est vrai qu'au championnat de l'insulte, la compétition est vive. Depuis des semaines, les démocrates ont abandonné leurs belles résolutions de mener une campagne positive. À Philadelphie, la télé et la radio passent en boucle des publicités présentant Donald Trump comme un crétin congénital, prêt à déclencher une guerre atomique.

Des fois, on dirait que la campagne Clinton a renoncé à trouver les mots pour convaincre les partisans de Trump. Les «T­rumpistes» ne sont pourtant pas tous des enragés, prêts à foncer sur Washington avec le fusil automatique en bandoulière. Ils ressemblent souvent à Bill Shafer, croisé à la fin du discours de Melania Trump.

Bill Shafer, croisé avec sa femme Jessie et... (Le Soleil, Jean-Simon Gagné) - image 2.0

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Bill Shafer, croisé avec sa femme Jessie et sa fille Nicole après le discours de Melania Trump. «J'ai perdu mon travail de mécanicien. J'ai même vu les machines sur lesquelles je travaillais être démantelées pour prendre le chemin de Dubaï. Je ne crois pas qu'Hillary Clinton s'intéresse à des gens comme nous.»

Le Soleil, Jean-Simon Gagné

«Je suis inscrit comme démocrate, mais je vais voter Trump, explique Bill Shafer. J'aurai bientôt 50 ans. J'ai perdu mon travail de mécanicien. J'ai même vu les machines sur lesquelles je travaillais être démantelées pour prendre le chemin de Dubaï. Je ne crois pas qu'Hillary Clinton s'intéresse à des gens comme nous. [...] Donald Trump a dit des choses inacceptables. Mais il l'a reconnu et s'en est excusé. Pour moi, c'est la base de l'honnêteté.»

À la sortie, Bill s'est faufilé à travers un petit groupe de manifestants anti-Trump, en gardant la tête bien haute. «C'est ça, le plus important, dans la vie», qu'il m'avait dit.

Plus loin, des employés installaient les premières décorations de Noël, par une température de 25 °C, autour de l'immense centre commercial King of Prussia. Devant mon air ahuri, un gars m'a lancé : «Oui, il y aura une vie après les élections.»

Il me semble que ce sont les paroles les plus encourageantes que j'aie entendues depuis longtemps.

Lu

Depuis la mi-juillet, Hillary Clinton et Donald Trump sont allés 13 fois dans la grande région de Philadelphie. À part Miami, aucune autre ville n'a été courtisée aussi assidûment. Lundi soir, c'est à Philadelphie que Mme Clinton clôturera sa campagne, en compagnie de Barack Obama.

Vu

Plus de 80 % de ceux qui participent aux rassemblements de Donald Trump portent un t-shirt, une casquette ou un autre produit dérivé de la campagne. La proportion ressemble à celle des événements sportifs. Vérification faite, le macaron politique le plus vendu est celui qui représente Hillary Clinton derrière les barreaux.

Entendu

Au moins huit États permettent à un électeur qui a voté par anticipation (ou par correspondance) de changer d'avis, s'il éprouve des remords. La Pennsylvanie fait partie du groupe, même si la chose ne s'est jamais produite. «Notre pire cauchemar électoral», ont dit les responsables.

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