«L'Ogre» contre la «Mégère»

Les visages des candidats à l'élection présidentielle, Hillary... (AFP, Paul J. Richards)

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Les visages des candidats à l'élection présidentielle, Hillary Clinton et Donald Trump, ont été peints sur le côté d'un autobus de CNN, stationné à Hempsted, dans l'État de New York.

AFP, Paul J. Richards

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(Québec) CHRONIQUE / Aux États-Unis, le premier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump aura lieu lundi soir, dans l'État de New York. Un face-à-face très attendu, qui survient alors que les deux candidats à la présidence se retrouvent quasiment à égalité dans les sondages. Bref survol du champ de bataille, euh, pardon, du panorama politique.

Donald Trump est imprévisible. Hillary Clinton est plus calculée et soupesée qu'une once d'or dans les voûtes de la réserve fédérale. Lui, c'est l'outsider, le candidat que personne n'attendait. Elle, c'est la politicienne un peu trop accomplie, que tout le monde attendait.

Monsieur parle cru. Madame n'est pas crue. Monsieur est brouillon. Madame est studieuse. Donald Trump a été assimilé à un ogre, à Benito Mussolini et à un vieux mononcle disjoncté. Hillary Clinton a été comparée à une mégère, à une belle-mère et même à une cuillerée d'huile de foie de morue.

La seule chose que les deux candidats semblent avoir en commun, c'est leur impopularité. Selon un récent sondage Gallup, 62 % des électeurs ont une impression défavorable de Donald Trump. Et Mme Clinton ne fait guère mieux, avec 58 % d'impressions négatives.

À tort ou à raison, on dit que la démocrate Clinton cache plus de squelettes dans ses placards que l'aile des dinosaures du Musée d'histoire naturelle de New York. «Quand elle avoue ses erreurs [...] elle le fait avec l'attitude de celle qui ne regrette pas grand-chose, sauf de s'être laissé prendre, écrit la chroniqueuse du New York Times Maureen Dowd. 

Pour sa part, le républicain Trump a survécu à tellement de controverses qu'il semble invulnérable. «Je pourrais m'installer en plein milieu de la 5e Avenue [à New York] et tirer sur quelqu'un, sans perdre un seul électeur», a-t-il blagué.

Le magazine Mother Jones a comparé la campagne erratique de Donald Trump à un épisode des Simpsons dans lequel M. Burns apprend qu'il souffre de toutes les maladies. «Vous êtes l'homme le plus malade de tous les États-Unis, annonce le docteur. Vous avez tout. Incluant la pneumonie, le diabète juvénile, un début de grossesse nerveuse et même plusieurs maladies qui n'ont pas encore de nom.»

Sur le coup, le diagnostic semble catastrophique. Mais les médecins découvrent que le fait d'avoir toutes les maladies en même temps lui sauve la vie. Les infections se neutralisent les unes les autres. Aucune ne parvient à se développer.

- Je suis indestructible, hurle l'infâme M. Burns.

Un singe avec une mitraillette

Même la préparation au débat des deux candidats ne pouvait pas être plus différente.

Hillary Clinton a passé des heures à regarder des vidéos. Elle a consulté des psychologues, pour décrypter l'adversaire. Elle a multiplié les simulations. «J'ai fait mes devoirs», a confié la trop sage candidate.

À l'opposé, Donald Trump s'inquiétait surtout d'en faire trop. «Il ne faut pas exagérer la préparation, a-t-il expliqué. Sinon, vous avez l'air de réciter un texte. Vous sonnez faux [...]. Selon le New York Times, le républicain a visionné des montages sur les forces et les faiblesses de Mme Clinton. Mais il a refusé de participer à de véritables simulations.

Au cours des derniers jours, les conseils fusaient de toute part. «Hillary doit passer à l'attaque. [Trump] ne connaît rien à rien. Elle doit le démasquer, conseillait Stuart Stevens, qui supervisait la préparation du républicain Mitt Romney, lors du premier débat de la campagne de 2012. «Pour Trump, la stratégie consiste à garder son calme. À ne pas dire une grossièreté qu'il pourrait regretter, analysait Harry Enten, commentateur politique au site fivethirtyeight.com.

La palme de la bizarrerie revient à l'ancien gouverneur démocrate du Maryland, Martin O'Malley. «Il faut considérer Trump comme un singe avec une mitraillette, a-t-il expliqué. Autrement dit, un adversaire qui est d'autant plus dangereux qu'on ne peut prédire dans quelle direction il va tirer.»

Peinture et thermostat

Les préparatifs vont bon train à l'Université Hofstra,... (AP, Mary Altaffer) - image 2.0

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Les préparatifs vont bon train à l'Université Hofstra, à Hemptsead, dans l'État de New York, où aura lieu le premier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump. Des débats à l'élection présidentielle y ont eu lieu aussi en 2008 et en 2012.

AP, Mary Altaffer

C'est entendu. Les débats entre candidats à la présidence font l'objet de tractations plus ou moins subtiles. Cet été, par exemple, Donald Trump s'est plaint que la date du 26 septembre coïncidait avec celle d'un match de la Ligue nationale de football (NFL). Il y voyait une sorte de complot pour réduire l'audience.

Ça ne date pas d'hier. En 1960, dans les heures qui précédaient le débat, l'entourage du républicain Richard Nixon a fait repeinturer plusieurs fois le mur en fond de scène. On le trouvait trop pâle. En 2000, le démocrate Al Gore était obsédé par le thermostat. Il avait mis un soin maniaque à prévoir la température de la salle, en calculant la chaleur émise par les nombreux spectateurs.

Le pire, c'est que l'importance des débats présidentiels a tendance à être exagérée. Au fil des ans, un seul débat a complètement bouleversé le cours des choses. C'était le 28 octobre 1980. Le républicain Ronald Reagan avait anéanti le président sortant, Jimmy Carter, en s'adressant directement aux électeurs. «Posez-vous la question. Est-ce que votre vie est meilleure aujourd'hui qu'il y a quatre ans?»

Mais dites-vous bien qu'à l'époque, la performance de Ronald Reagan ne faisait pas l'unanimité. L'acteur Mort Sahl avait analysé. «Reagan a gagné parce qu'il était opposé à Jimmy Carter. S'il avait été le seul candidat, il aurait perdu.»

Le plus souvent, les débats ne produisent que des effets limités. Ou temporaires. En octobre 2012, le républicain Mitt Romney a brièvement pris la tête dans les sondages, après avoir brillé durant le premier débat. Mais pour Romney, l'éclaircie fut de courte durée. Son rival Barack Obama a mieux fait dans les débats suivants et il a remporté une victoire facile, quelques semaines plus tard. 

Reste que personne n'est à l'abri d'une gaffe majeure. Comme le blanc de mémoire du gouverneur du Texas, Rick Perry, lors des primaires de 2011. Cette année-là, le gouverneur était le favori des républicains. Jusqu'à un débat au cours duquel il voulait énumérer les trois ministères qu'il souhaitait éliminer. Le gouverneur avait nommé le Commerce et l'Éducation, avant de s'arrêter tout net. Il n'était plus capable de se souvenir du troisième!

Il avait fallu cinq bonnes minutes avant que le candidat s'en souvienne. Autant dire que sa campagne venait de couler à pic.

Les prédictions

Revenons en 2016. Cette semaine, à la veille du débat, chaque camp fanfaronnait un peu. Du côté démocrate, on insistait sur l'expérience de Mme Clinton. N'a-t-elle pas participé à une quinzaine de débats, au fil des ans? «Nous sommes prêts pour deux ou trois Trump différents», expliquait fièrement son entourage.

Mais le candidat républicain n'était pas en reste. «J'ai gagné tous les débats auxquels j'ai participé», s'est-il vanté. Il est vrai que la confiance de Monsieur frôle parfois l'arrogance. En janvier, il avait confié au New York Times son secret pour réveiller une foule. «Si ça devient un peu ennuyeux, si je sens que les gens perdent de l'intérêt [...], je n'ai qu'à dire : "On va le construire, ce mur [à la frontière avec le Mexique]!" Et la foule devient folle.»

À la fin, on ne sait plus trop s'il est question d'un débat politique ou d'un match de boxe. Hillary Clinton osera-t-elle lancer à son adversaire un retentissant «Donald, tu mens»? demandent certains. Des parieurs tentent même de deviner combien de fois Donald Trump va utiliser le surnom «Hillary la malhonnête», pour se moquer de son adversaire.

Ne reculant devant rien, certains analystes prévoient déjà un nombre record de téléspectateurs. Ici, la barre apparaît haute. En 1960, le premier débat télévisé de l'histoire, entre Richard Nixon et John F. Kennedy, avait attiré 36 % de la population des États-Unis. L'équivalent de 120 millions de personnes, aujourd'hui. 

Cette année-là, c'est le démocrate Kennedy qui avait remporté le débat et l'élection. Mais il n'était pas au bout de ses peines, comme le prouve le commentaire suivant, rédigé peu après son arrivée à la Maison-Blanche. 

- Ce qui m'a le plus surpris, quand je suis devenu président, c'est de découvrir que les choses allaient vraiment aussi mal que je le disais, durant la campagne.

Le duel en trois points

› Le débat: à 21h

À l'Université Hofstra, à Long Island, dans l'État de New York. Des débats entre candidats à l'élection présidentielle y ont eu lieu en 2008 et en 2012.

› La durée: 90 minutes

Avec trois thèmes: la direction des États-Unis, la prospérité, la sécurité

› Le modérateur: Lester Holt

57 ans, présentateur sur NBC. Le travail de M. Holt sera scruté à la loupe, après la controverse qui a entouré les questions posées par le journaliste Matt Lauer, lors d'un récent forum sur la Défense. Les démocrates ont accusé M. Lauer de ménager Donald Trump, en le laissant répéter qu'il s'était toujours opposé à l'intervention militaire en Irak.

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