Pour en finir avec «Clintrump»

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Le candidat libertarien Gary Johnson se présente comme un champion de l'austérité, mais avec un petit côté givré et propose «une solution de rechange crédible à ClinTrump».

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(Québec) Un orateur qui effectue un striptease, durant la convention du parti. Un chef qui fait des affaires avec le cannabis. Un programme qui veut abolir l'impôt sur le revenu. Bienvenue au Parti libertarien des États-Unis, une formation qui récolte autour de 10 % des intentions de vote, dans les sondages. Au point où son candidat, l'ancien gouverneur du Nouveau-Mexique, Gary Johnson, rêve de brouiller les cartes, dans une élection où les deux principaux candidats battent des records d'impopularité.

«N'est-ce pas l'élection la plus folle de tous les temps?» demande Gary Johnson.

Difficile à dire. On sait seulement qu'en matière de bizarrerie, son Parti libertarien ne donne pas sa place. À la fin mai, lors de la convention du parti, à Orlando, un candidat voulait rendre les armes «aussi légales que les tomates». Un autre a fait un striptease plutôt que de prendre la parole, devant une foule stupéfaite.

Dans les couloirs de la convention, les délégués pouvaient aussi croiser Star Child, un militant de San Francisco vêtu d'un seul imperméable de plastique translucide, sur lequel on pouvait lire : «Plus de transparence». Sans oublier l'artiste Vermine suprême, candidat à l'investiture du parti. Coiffé de son éternelle botte en caoutchouc, Monsieur propose de donner un poney à chaque américain et de rendre le brossage des dents obligatoire.

Même les candidats du Parti rhinocéros ne faisaient pas mieux.

Reste que le Parti libertarien d'aujourd'hui veut en finir avec son image d'excentrique, «à qui il manque quelques écrous». Il joue à fond la carte de la crédibilité. Son candidat à la présidence, Gary Johnson, est un ancien gouverneur du Nouveau-Mexique. Son candidat à la vice-présidence, Bill Weld, un ancien gouverneur du Massachusetts. Deux anciens républicains! Deux politiciens établis!

De l'avis général, le ticket libertarien apparaît aussi excentrique qu'un duo de missionnaires en complet bleu marine, avec le bas des pantalons à marée haute.

La fin des dinosaures

Au fait, qu'est-ce qu'un libertarien? «Nous voulons un gouvernement qui laisse votre porte-monnaie tranquille et qui ne mette plus le nez dans votre chambre à coucher», résume Gary Johnson. Selon lui, des millions d'Américains sont libertariens, mais «sans le savoir». Un problème de taille. En 2014, un sondage Pew Research suggérait qu'à peine 57 % des électeurs connaissent le mot libertarien. Vingt % croient qu'il veut dire «progressiste». 6 % pensent même qu'il s'agit de communisme!

Il est vrai qu'en matière de politique, la confusion extrême ne date pas d'hier. Pour s'en convaincre, il suffit de visionner un célèbre micro-trottoir, tourné à Atlanta, en 1968. Un journaliste prononce le nom du candidat républicain à la présidence, Spiro Agnew, en demandant aux passants de quoi il s'agit. «C'est une sorte de maladie», avance un homme. C'est plutôt une sorte d'oeuf, corrige une dame. «Non, c'est un armateur grec qui possède une grosse compagnie maritime», avance un troisième inconnu.

Mais nous sommes en 2016, que diable! Le temps apparaît idéal pour l'émergence d'un tiers parti. La démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump battent des records d'impopularité. À la fin mai, selon un sondage NBC-Wall Street Journal, 47 % des électeurs envisageaient de voter pour le candidat d'un troisième parti. Bref, l'électorat apparaît aussi instable qu'un camion de location, le 1er juillet.

Pour faire le plein de mécontents, le candidat Johnson se présente comme un champion de l'austérité, mais avec un petit côté givré. Côté face, il rappelle qu'il a été surnommé «Gouverneur veto», au Nouveau-Mexique, parce qu'il s'opposait à tout ce qui augmentait les dépenses gouvernementales. Il veut notamment remplacer l'impôt par une taxe sur la consommation. Côté pile, il vante son attitude libérale sur l'avortement, le mariage homosexuel ou la légalisation du cannabis. Il ne cache même pas qu'il a dirigé une entreprise de produits du cannabis, au risque de donner des palpitations cardiaques aux ultraconservateurs.

Le Parti libertarien a été fondé en 1972. Aux dernières élections, il a récolté plus d'un million de votes, en promettant plus de libertés et moins de gouvernement. Mais ça n'empêche pas Gary Johnson de le présenter comme un parti tout neuf, une comète qui fonce vers un monde dominé par deux grands dinosaures, le démocrate et le républicain. «Une solution de rechange crédible à ClinTrump», clame son slogan.

Le plus souvent, les autres partis choisissent d'ignorer Gary Johnson et ses libertaires. Comme s'ils n'existaient pas. Sauf une fois. Quand Johnson a associé Donald Trump «au fascisme». Le républicain a répliqué avec une flèche pleine de sous-entendus, dirigée contre Bill Weld, le candidat libertarien à la vice-présidence : «Je ne parle pas de son alcoolisme, moi», a dit le vilain Trump.

Le Super Bowl politique

Pour l'instant, les experts ne s'entendent pas sur les effets d'une percée éventuelle des libertariens. Le parti semble grappiller autant de voix chez les démocrates que chez les républicains. Mais le succès paraît très improbable sans une présence aux grands débats télévisés, qui rejoignent des millions d'électeurs. «Il est impossible de gagner si nous ne participons pas aux débats», a expliqué Gary Johnson à l'agence UPI. «C'est le Super Bowl de la politique.»

Pour participer aux débats, la Commission électorale exige qu'un parti recueille au moins 15 % des intentions de vote dans cinq sondages reconnus. Autant dire que pour les libertariens, l'objectif est devenu question de vie ou de mort. L'équivalent de la dernière bouée à laquelle ils peuvent s'agripper, avant la dégringolade dans les chutes du Niagara.

Depuis l'instauration des débats télévisés, en 1960, les candidats d'un troisième parti n'y ont participé qu'à deux reprises. En 1980 et en 1992 (voir la malédiction du troisième parti). Rien n'indique que les libertariens s'ajouteront à cette courte liste. À un mois du premier débat, ils recueillent autour de 10 % dans les sondages, avec des pointes à 16 % dans des États comme l'Utah ou le Colorado.

Réussira, réussira pas? L'ancien candidat du Parti vert Ralph Nader fait partie des sceptiques. La campagne présidentielle de l'an 2000 lui a laissé un goût amer. «Les intentions de vote en faveur d'un tiers parti sont toujours plus hautes avant la fête du Travail, puis elles diminuent rapidement. Les gens ont la trouille, une fois rendus dans l'isoloir», a-t-il confié au Daily News. «[En 2000], 80 % des électeurs ne savaient même pas que je me présentais [...]. J'ai eu droit à cinq minutes de couverture dans les médias nationaux, entre la fête du Travail et le jour des élections.»

Une statistique illustre bien les propos de M. Nader. À la fin juillet, le site Google News avait enregistré 54,7 millions de recherches liées à Donald Trump. En comparaison, les libertariens en avaient généré 204 000.

Pas grave. Le libertaire Gary Johnson garde le moral. Sans parler de son sens de l'humour un peu étrange. «Quelqu'un m'a dit que même un mort pourrait aller chercher 10 % contre Clinton et Trump», a-t-il expliqué au Daily Telegraph britannique. «Vous savez quoi? Il n'y a pas de mort sur le bulletin de vote, mais les gens réalisent qu'il y a moi à sa place.»

La malédiction du troisième parti

Depuis un siècle et demi, aux États-Unis, jamais un troisième parti n'a réussi à briser l'hégémonie des démocrates et des républicains. Une vraie malédiction. Le plus souvent, le nouveau venu est accusé de diviser les votes. Et après des débuts prometteurs, il pique du nez en fin de campagne. Un historien américain n'a pas hésité à comparer le troisième parti politique à une abeille. «Une fois qu'il a piqué, il meurt.»

L'exemple du milliardaire Ross Perot résume à lui seul les grandeurs et les misères du troisième parti. En 1992, Perot part en croisade contre le déficit budgétaire et le Traité nord-américain de libre-échange, à la tête de son Parti réformiste. Au début, il semble même en voie de réussir son pari. En juin, Perot arrive en tête avec 39 % des intentions de vote, devant le démocrate Bill Clinton et le républicain George Bush père.

Accusé par les républicains de faire le jeu des démocrates, Perot se retire temporairement de la course, pour des raisons assez obscures. Il y revient au mois d'août, en multipliant les explications farfelues. «Ross Perot, c'est comme la voiture Yugo», blague l'animateur Jay Leno. C'est petit, c'est plutôt rigolo à regarder et vous ne savez jamais quand ça va vous laisser tomber.»

Fait rarissime pour le candidat d'un troisième parti, Ross Perot participe aux débats télévisés. Sauf que le «miracle» qu'il annonce n'aura pas lieu. Au soir des élections, il doit se contenter de 18,9 % des suffrages. Il s'agit du meilleur résultat pour un troisième parti... depuis 1912. Mais pour un candidat qui se voyait à la Maison-Blanche, on parle d'une défaite crève-coeur. En politique, il n'existe pas de médaille de bronze.

Le charme est brisé. À l'élection présidentielle de 1996, Perot et son Parti réformiste ne récoltent plus que 8 % des voix.

Les autres candidats à la présidence

Tout en haut, il y a la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump, qui se partagent plus de 85 % des suffrages. Quelques étages en dessous, on remarque les candidats du Parti libertarien et du Parti vert, à qui les sondages accordent respectivement 9 % et 3 % des votes. Et puis tout en bas, loin des projecteurs, dans les grands fonds du monde démocratique, on distingue des centaines d'autres aspirants, plus ou moins sérieux.

En 2016, signalons un Parti de la nutrition, un Parti de la danse patriotique et même une formation baptisée Le Troisième Parti, qui s'adresse aux désabusés de la politique. La plupart de ces formations politiques n'apparaissent sur les bulletins de vote que dans quelques états. Parfois, dans un seul district.

L'increvable Parti de la prohibition, fondé en 1869, pour en finir avec l'alcool, est encore présent dans trois États. En revanche, le nom du coloré Caesar Saint Augustine de Buonaparte n'apparaîtra que sur une poignée de bulletins de vote, dans le meilleur des cas. L'original s'est autoproclamé empereur des États-Unis de l'île de la Tortue. Mine de rien, il n'a pas manqué une élection présidentielle, depuis 1996, avec son slogan «God Blast America».

Difficile de conclure sans mentionner Zoltan Istvan, candidat à la présidence pour le Parti transhumaniste, qui parcourt les États-Unis à bord d'un autobus déguisé en cercueil. Rien de plus normal, puisque M. Zoltan promet aux électeurs «d'en finir avec la mort».

Dans ce cas, peut-on parler de LA promesse ultime?

Trois échantillons d'humour libertarien

L'État-providence vu par les libertariens

Vous avez deux vaches. Au début, le gouvernement légifère pour déterminer ce que vous pouvez leur donner à manger et à quel moment vous aurez le droit de les traire. Puis, pour éviter de dépasser les quotas de production, il vous paie pour ne plus produire de lait. En désespoir de cause, le gouvernement rachète les vaches. Il abat première et utilise l'autre pour produire du lait, même s'il doit quand même le jeter aux égouts. À la fin, le gouvernement exige que vous remplissiez plusieurs formulaires - en quatre exemplaires - pour prouver la disparition des vaches, à ne pas confondre avec une autre série de formulaires pour évaluer la perte de production de lait. Mais ça ne change rien. Un matin, des représentants du ministère du Revenu se présentent à votre domicile pour saisir «votre production illégale».

Les libertariens vus par leurs adversaires

Vous avez deux vaches. Vous les vendez plusieurs fois à différentes filiales situées à l'étranger qui vous les revendent ensuite à leur tour, jusqu'à ce que les deux animaux soient considérés comme des pertes déductibles d'impôt. Vous injectez toutes sortes de substances aux deux vaches, afin qu'elles produisent quatre fois la quantité de lait normale. Quand une vache finit par mourir subitement, vous annoncez triomphalement à la presse qu'il s'agit d'une rationalisation normale des effectifs et qu'elle vise à réduire les dépenses de moitié. Les actions de vos 30 sociétés à numéro montent en flèche. Vous en profitez pour congédier les employés et pour déménager toutes vos activités au Mexique. Vous planquez le gros des profits dans un paradis fiscal, ce qui ne vous empêche pas de contribuer généreusement à la campagne de réélection du président. Ravi, ce dernier vous récompense en ordonnant une réduction des impôts pour les entreprises, sous prétexte de stimuler l'économie.

Les libertariens vus par eux-mêmes

Vous avez deux vaches. La première a lu attentivement la Constitution et elle s'est mise à y croire. Cette vache se persuade même qu'elle des idées géniales à propos du gouvernement. Remplie d'espoir, elle se présente aux élections et tout le monde convient qu'elle constitue la meilleure candidate. Mais à la fin, personne ne vote pour elle, à part la seconde vache, parce que tout le monde estime que cela équivaut «à gaspiller son vote».

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