Aller au restaurant en... 2050

Difficile de dire à quel moment précis le... (123RF/ Nithid Memanee)

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Difficile de dire à quel moment précis le chef finit par craquer. Est-ce lorsqu'il réalise qu'il devra bientôt composer un menu paléo, sans gluten et sans lactose, composé à 100 % d'aliments biologiques prélevés dans un rayon de 50 kilomètres? Ou peut-être lorsqu'un gars obtient que l'on éteigne toutes les lumières, sous prétexte qu'il souffre de photosensibilité?

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(Québec) CHRONIQUE / En 2050, nous vivons une époque formidable, mais un peu angoissée, au cours de laquelle la moindre virée au restaurant devient compliquée.

Vous êtes sceptiques? Alors suivez-moi pour une visite éclair dans un établissement typique de la gastronomie du futur.

À peine entrés, vous êtes entassés dans une sorte de vestibule, pour remplir un formulaire de décharge légale. Chacun doit inscrire son groupe sanguin. Fournir le nom de trois personnes à contacter en cas d'urgence. Il faut aussi renoncer à poursuive le restaurant en justice, quoi qu'il arrive. Comme pour certains sports extrêmes. Il est question d'allergies, de bouchées avalées de travers, d'empoisonnements et d'accidents tellement horribles qu'on regrette de ne pas avoir emporté son empreinte dentaire, pour faciliter l'identification éventuelle.

Pour détendre l'atmosphère, la direction a inscrit quelques citations sur les murs. En voici une, dont j'oublie l'auteur. «Je trouve que les bananes sont très chères pour ce qu'elles sont. Une fois que vous avez retiré la peau et jeté l'os, il ne reste plus grand-chose.»

Vous croyez peut-être que le pire est passé? Erreur. Les vrais problèmes commencent lorsque les serveurs entreprennent de trier la clientèle, en fonction des exigences alimentaires.

Le menu A est certifié sans arachides, sans gluten et sans lactose.

Le menu B a été pensé pour les crudivores, avec un menu bio faible en sodium.

Le menu C est distribué aux adeptes de la diète paléo, agrémentée des dernières découvertes en matière de levures probiotiques.

Le menu D est conseillé aux adeptes du «manger local», avec des aliments prélevés à moins de 50 kilomètres et ne générant pas plus de deux grammes de résidus non compostables par portion. 

Aussitôt, des voix critiques fusent de partout. «C'est un scandale! Comment osez-vous séparer les paléos et les sans-gluten? Les crudivores et les sans-lactose? Les manger local et les manger mou?»

Complètement débordés, les serveurs appellent à la rescousse un nutritionniste. Mais le pauvre n'arrive pas à se faire entendre, à travers le brouhaha. Dans l'engueulade généralisée, il est question de «pesticides», de «jus de canne à sucre bioéquitable» et des «traces d'organismes génétiquement modifiés [OGM]».

En quelques minutes, le nutritionniste est mis hors service. On jurerait qu'il a été mastiqué, puis digéré par la foule de clients. Devenu aussi blême qu'un vampire nourri au jus de canneberge biologique, le malheureux doit être accompagné vers la sortie.

Il s'éloigne en répétant en boucle des phrases incompréhensibles. Du genre : «Quand tu as envie de combattre le feu par le feu, souviens-toi que les pompiers utilisent, eux, de l'eau.»

À la fin, c'est le chef cuisinier lui-même qui est appelé en renfort. Tremblant comme une feuille de laitue, Monsieur se met à expliquer ses choix avec tout l'entrain du condamné récitant le protocole de construction d'un échafaud.

«Nous ne servons pas de porc pour ne pas indisposer notre clientèle musulmane. Nous ne servons pas de boeuf pour ne pas insulter nos clients de religion hindoue. Nous ne servons pas de poulet parce que... parce que... Je ne me souviens plus pourquoi, j'ai un blanc, mais je peux vous assurer qu'il ne s'agit pas d'un blanc de poulet...»

Hélas. Le chef est vite interrompu par les clients surexcités. Un fort en gueule insiste pour voir la certification écoresponsable du restaurant. Un autre veut savoir si un frigo est réservé pour les produits casher. Un groupe insiste pour connaître le nom du tissu hypoallergénique des serviettes de table. Le chahut devient indescriptible.

Difficile de dire à quel moment précis le chef finit par craquer. Est-ce lorsqu'il réalise qu'il devra bientôt composer un menu paléo, sans gluten et sans lactose, composé à 100 % d'aliments biologiques prélevés dans un rayon de 50 kilomètres? Ou peut-être lorsqu'un gars obtient que l'on éteigne toutes les lumières, sous prétexte qu'il souffre de photosensibilité?

Au milieu du tumulte, le chef gémit que «même ses escargots sont nourris aux légumes biologiques». Puis il éclate d'un grand rire fou.

«Je suis cuit, parce que je ne suis pas cru! Je suis cuit, parce que je ne suis pas cru!» hurle-t-il en courant vers la sortie, avec tout le personnel et toute la clientèle à ses trousses.

- Ne partez pas! crient les clients. Vous ne pouvez pas nous laisser seuls, au milieu de tous ces produits dangereux!

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