Pourquoi la Belgique?

La police bruxelloise a fermé plusieurs rues au... (Photo Emmanuel Dunand, archives AFP)

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La police bruxelloise a fermé plusieurs rues au centre-ville de la capitale belge, notamment près de la station de métro Maalbeek, où a eu lieu l'une des déflagrations.

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(Québec) ANALYSE / La Belgique a été souvent décrite comme un sanctuaire des islamistes radicaux en Europe. En particulier sa capitale, Bruxelles, qui vient de subir deux terribles attentats. Chronique d'un désastre maintes fois annoncé.

Sur les cartes postales, Bruxelles se présente comme la capitale de l'Europe. Le berceau de la bonne bière et du vrai chocolat. Mais en dehors des dépliants touristiques, l'image de la capitale belge apparaît moins idyllique. Des alliés européens l'accusent de servir de plaque tournante du terrorisme islamique. Des langues de vipère l'ont même rebaptisée «Bruxellistan».

Le 13 novembre, les attentats de Paris ont semblé confirmer les pires soupçons. Plusieurs terroristes utilisaient Bruxelles comme base arrière. Le plus connu, Salah Abdeslam, est même allé s'y réfugier, après le carnage. «Les attentats ont été décidés en Syrie, organisés en Belgique et perpétrés en France», a tonné le président François Hollande.

Piquées au vif, les autorités belges n'ont pas fait dans la dentelle. À la fin novembre, Bruxelles a été paralysée durant cinq jours, pour laisser le champ libre aux unités antiterroristes. Rues désertes. Métro arrêté. Écoles fermées. Même les grandes entreprises conseillaient à leurs employés de travailler à la maison. Du jamais-vu en matière de lutte contre le terrorisme. «C'est à peine si le célèbre Manneken-Pis n'a pas été contrôlé», s'étonnaient les Bruxellois.

La chute de Molenbeek

À qui la faute? Depuis 2012, au moins 494 Belges se sont rendus en Irak ou en Syrie afin de rejoindre l'État islamique. Toutes proportions gardées, c'est deux fois plus que la France. Quatre fois plus que la Grande-Bretagne, selon un expert du King's College de Londres, interrogé par l'Agence France-Presse.

Souvent, les pistes du terrorisme conduisent tout droit à Bruxelles. Plus précisément, dans le quartier de Molenbeek, une enclave de pauvreté située tout près du centre historique.

Molenbeek! Durant des décennies, le nom rimait pourtant avec l'espoir. On surnommait le quartier «Le petit Manchester belge». La moitié du garde-manger de la Belgique y était fabriquée. Les cigarettes Boule d'or. La bière gueuse Belle-vue. Les pâtes L'Épi. La cassonade Graeffe. Les usines marchaient à fond de train. Elles manquaient de bras.

En 1964, c'est avec enthousiasme que Molenbeek accueille les ouvriers marocains, à la suite d'un accord entre la Belgique et le Maroc. «C'était comme si l'argent était par terre. T'étais presque gêné de ramasser, tellement c'était facile de travailler, a confié à Libération un certain Amar, 70 ans, débarqué en 1965.

Mais tout change, à la fin des années 70. Les usines ferment. La nouvelle Bruxelles, la scintillante capitale de l'Europe, se développe ailleurs. Molenbeek s'enfonce tout doucement. Les autorités y entassent les immigrants marocains et algériens, pour ne pas trop les voir. Chez les jeunes, le chômage va bientôt dépasser 40 %.

Le pire est à venir. À partir de 1969, la Belgique accepte de l'argent de l'Arabie Saoudite pour financer les mosquées. Les Saoudiens peuvent propager leur version bornée de l'islam en toute tranquillité. Les dirigeants belges, qui dorment au gaz, vont mettre des décennies avant de constater l'ampleur des dégâts.

Entre-temps, le cocktail formé par le chômage, l'isolement et l'intégrisme religieux fait son oeuvre. À Molenbeek même, le «centre islamique belge» devient une pépinière d'islamistes radicaux. «[...] Le vrai problème, c'est l'ennui, philosophe un jeune de Molenbeek à Libération. La génération de mon père, ils étaient là pour travailler. Ils n'avaient pas le temps de penser à la religion.»

Une fuite de 126 jours

La semaine dernière, c'est précisément à... Molenbeek que la police belge a fini par arrêter Salah Abdeslam, décrit comme un «cerveau» des attentats du 13 novembre, à Paris. Stupeur. L'homme le plus recherché d'Europe, le djihadiste dont la photo était diffusée partout, l'ennemi public numéro un, se cachait à 500 mètres de la maison où il a grandi!

Durant ses quatre mois de cavale, Abdeslam n'a probablement jamais quitté la Belgique. Ce qui n'empêchait pas les autorités de spéculer sur son départ vers la... Syrie. En tout, plus de 800 policiers, disposant d'un équipement assez sophistiqué pour gérer un voyage interplanétaire, ont mis 126 jours pour épingler le suspect.

Les policiers belges ont comparé l'enquête à un «puzzle» très complexe. Mais leurs collègues français se sont montrés moins charitables. «Soit Salah Abdeslam était très malin, soit les services belges étaient nuls, ce qui est vraiment plus vraisemblable», s'est moqué le député français Alain Marsaud, un ancien magistrat antiterroriste.

Reste qu'après les attentats d'hier, à Bruxelles, le sarcasme n'est plus à l'ordre du jour. Le mot de la fin appartient au philosophe anonyme des réseaux sociaux, à qui l'on doit cette perle : «Finalement, quand on voit ce qui peut être fait au nom de Dieu, on se demande ce qu'il reste au Diable comme activité.»

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