Comment gérer un cartel de la drogue

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(Québec) CHRONIQUE / Envie de choisir une profession d'avenir?

Sachez que le monde n'a jamais été aussi prometteur pour les administrateurs de cartel de la drogue.

Ce n'est pas moi qui le dis. Plutôt un journaliste du magazine The Economist, Tom Wainwright, dans un livre-choc intitulé How to Run a Drug Cartel [Comment gérer un cartel de la drogue].

Autant vous prévenir, le métier n'est pas de tout repos. La cruauté y dépasse l'entendement. Au Salvador, le chef du 18th Street Gang, Carlos Mojica Lechuga, est emprisonné pour avoir torturé deux adolescentes avec... une machine à sabler les planchers.

Ça ne fait rien. Lorsqu'on l'interroge, Carlos Mojica Lechuga sonne comme n'importe quel administrateur de Sobeys ou d'IBM. Compétitivité. Emplois pour les jeunes. Encore un peu, et il parlerait du déficit des caisses de retraite!

Vrai qu'avec des profits annuels de 300 milliards $, le commerce des drogues illégales est devenu sophistiqué. En Amérique centrale, les gangs criminalisés font travailler 70 000 personnes. L'équivalent du nombre d'employés travaillant directement pour General Motors aux États-Unis!

Signe des temps, la Grande-Bretagne est passée au cinquième rang des économies mondiales, devant la France, en intégrant la drogue et de la prostitution dans le calcul de son PIB. Ne dites plus que le crime ne paie pas.

Sans blague. Même le chef de cartel surnommé «Le mangeur d'enfants» se plaint que l'embauche d'employés compétents constitue un défi permanent.

L'idéal, c'est de faire comme le cartel mexicain Los Zetas, qui a affiché une offre d'emploi sur une immense banderole, tout près de la frontière du Texas. «Soldat ou ancien soldat, Los Zetas a besoin de toi. Nous t'offrons un bon salaire, les repas et des avantages sociaux pour ta famille. [...] N'attends pas d'avoir faim. Chez nous, tu ne mangeras pas de nouilles instantanées!»

En général, les cartels recrutent plus discrètement. En commençant par les prisons. Plus ces dernières sont insalubres et violentes, plus les prisonniers ont tendance à rejoindre les groupes criminalisés pour obtenir de la protection ou des privilèges.

Mais les soucis du chef ne se limitent pas au recrutement. Il doit diversifier les activités. Récompenser les politiciens véreux. Il faut aussi soigner son image. Les relations publiques, ça permet au fumier de sentir la rose. Et ça sert au chef de cartel à s'imposer comme un mal nécessaire, face à des gouvernements incompétents ou corrompus.

L'ancien roi du narcotrafic, Pablo Escobar, distribuait des cadeaux de Noël aux enfants pauvres de Medellín. Mieux, il construisait des écoles. 

Le défunt leader de Los Zetas, Heriberto Lascano, adorait regarder ses ennemis se faire dévorer par ses tigres et par ses lions de compagnie. Mais ça ne l'a pas empêché de construire une chapelle. 

Même les tueurs peuvent avoir un petit coeur en sucre, non?

Ne vous méprenez pas. Derrière le ton grinçant, le livre de Tom Wainwright se veut un cri d'alarme. Au Honduras, un homme sur neuf finira ses jours assassiné. Au Mexique, les violences liées à la drogue ont provoqué la mort de plus de 100 000 personnes, depuis 2006.

À elle seule, la lutte sans fin contre la cocaïne résume l'ampleur du problème. Chaque année, pour faire grimper les prix, on s'attaque à de nombreuses plantations de coca, principalement au Pérou et en Colombie. Un combat perdu d'avance, quand on sait que le prix de la feuille de coca ne représente qu'une partie infime de la valeur finale de la cocaïne. 

«Vouloir faire grimper le prix de la cocaïne en essayant d'augmenter le coût des feuilles de coca, c'est comme tenter de faire grimper le prix des tableaux en faisant augmenter le coût des tubes de peinture, écrit Tom Wainwright. Pensez-vous que le peintre allemand Gerhard Richter, dont une toile s'est vendue 46,3 millions $, en février 2015, fera de l'insomnie si le coût de la peinture à l'huile double?»

Devant un tel gâchis, l'humour britannique constitue l'ultime refuge. Il est le seul à constater qu'aucune guerre n'a été menée de manière plus désastreuse depuis que le chef viking Olaf le chevelu a commandé par erreur 80 000 casques de guerre avec les cornes à l'intérieur...

Tom Wainwright. Narconomics: How to Run a Drug Cartel, PublicAffairs Books, New York, 2016, 280 p.

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