Le mythe des grands amis

Devant les caméras, le président Richard Nixon encensait... (Archives Le Soleil)

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Devant les caméras, le président Richard Nixon encensait le premier ministre Pierre Trudeau. «Vous êtes terriblement important pour nous», répétait-il, la main sur le coeur. Mais dès que Pierre Trudeau avait le dos tourné, le président l'associait à un «pouilleux» et à un «crâne d'oeuf prétentieux».

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(Québec) CHRONIQUE / Le Canada et les États-Unis partagent beaucoup de choses. Des milliards $ en marchandises. La plus longue frontière «non défendue» du monde. Mais plus souvent qu'autrement, leurs dirigeants se tapent prodigieusement sur les nerfs.

À qui la faute? Barack Obama et Stephen Harper avaient autant d'atomes crochus qu'un marsouin et une moissonneuse-batteuse. George W. Bush se moquait de Jean Chrétien, qu'il surnommait «Dino», pour «dinosaure». Et le même George Bush n'arrivait pas à se souvenir du prénom de Stephen Harper, au point de l'appeler «Steve».

En avril 1965, l'amitié canado-américaine a même failli se terminer par un poing sur la gueule. Lors d'une visite à Washington, le premier ministre Lester B. Pearson avait prononcé un discours dans lequel il réclamait une «pause» dans les bombardements américains sur le nord-Vietnam. Dès le lendemain, le président Lyndon B. Johnson l'avait «convoqué» à Camp David. Furieux, Johnson avait attrapé Pearson par le collet, en vociférant : «Comment oses-tu venir ici pour pisser sur mon tapis»?

«Ne vous étonnez de rien, conseillait un gouverneur de la Louisiane. La démocratie, c'est comme un canot pneumatique. Tu ne coules pas, mais tu as toujours les pieds mouillés.»

Devant les caméras, le président Richard Nixon encensait le premier ministre Pierre Trudeau. «Vous êtes terriblement important pour nous», répétait-il, la main sur le coeur. Mais dès que Pierre Trudeau avait le dos tourné, le président l'associait à un «pouilleux» et à un «crâne d'oeuf prétentieux».

Dans des enregistrements reliés à l'enquête sur le Watergate, Nixon enrage contre ce «trou du c...» de Trudeau. En avril 1972, il fulmine «d'avoir gaspillé trois jours» en visite officielle à Ottawa, une ville qu'il semble considérer comme une sorte de décharge radioactive creusée dans le pergélisol.

Informé des insultes, Pierre Trudeau aurait eu cette réponse célèbre : «Des gens plus intelligents que lui m'ont insulté de bien pire façon.» 

Il est vrai que Richard Nixon, ça ne comptait pas. On disait qu'il était tellement tricheur que s'il réussissait un trou d'un coup au golf, il inscrirait «zéro» sur la feuille de pointage.

En 2002, une conseillère de Jean Chrétien a provoqué une tempête en qualifiant le président George W. Bush «d'idiot». Mais 40 ans plus tôt, les échanges entre John Diefenbaker et John F. Kennedy n'étaient guère plus polis. 

En privé, le premier ministre Diefenbaker ne se gênait pas pour traiter Kennedy «d'imbécile» et de «fanfaron». Il ne perdait rien pour attendre.

À la fin d'une rencontre, à Ottawa, Kennedy avait oublié un calepin sur lequel il avait griffonné la célèbre abréviation SOB (son of a bitch - fils de pute). Insulté, Diefenbaker avait menacé de rendre publique l'impolitesse du président si les États-Unis ne faisaient pas des concessions sur la défense aérienne du Grand-Nord.

Kennedy ne s'était pas laissé impressionner. 

- Je n'ai pas pu écrire qu'il était un fils de pute, avait-il expliqué. À ce moment-là, je ne savais pas encore qu'il en était un!

Encore un peu, et il répétait la phrase du gangster Al Capone : «Je ne sais même pas sur quelle rue est situé le Canada...»

L'amitié entre Brian Mulroney et Ronald Reagan semblait sincère. Mais allez savoir. Durant les années 90, Jean Chrétien et Bill Clinton semblaient filer le parfait bonheur. Jusqu'à ce qu'un micro laissé ouvert, par inadvertance, lors d'un sommet de l'OTAN, révèle le fond de la pensée de Jean Chrétien.

M. Chrétien a d'abord confié qu'il se faisait «un point d'honneur» de ne pas faire «ce que voulaient les États-Unis». Puis il a passé Washington à la moulinette. «En fait, [les politiciens américains] vendent leurs votes. Ils disent : "Vous voulez que je vote pour l'élargissement de l'OTAN? Alors n'oubliez pas ce pont dans ma circonscription." [...] Dans notre pays, ils seraient tous en prison.»

Bon prince, Bill Clinton a vite oublié. Après tout, M. Chrétien n'était pas le premier à dénoncer la politique à Washington. Aux États-Unis, ça ressemble à un sport national. On en a élu président pour moins que cela!

La preuve c'est que, le mois dernier, en Iowa, un candidat républicain s'est encore attiré des tonnerres d'applaudissements avec la blague la plus usée de l'histoire américaine.

- J'ai passé la semaine à Washington. Il fait bon revenir aux États-Unis.

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