La chasse au B.S.

Notre plus grand chasseur de B.S., c'est le... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Notre plus grand chasseur de B.S., c'est le ministre Sam Hamad. Oui, M. Hamad n'est plus responsable de l'assistance sociale. Mais ses déclarations brillent encore au firmament du sport, tel un Maurice le Rocket Richard de la tarte à la crème.

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) CHRONIQUE / Le vrai sport national du Québec, c'est pas le hockey. C'est la chasse au B.S.

Tellement populaire que nous sommes devenus accrocs. Depuis 30 ans, le Québec a procédé à une dizaine de réformes de l'aide sociale. Environ une tous les trois ans! J'écris «réformes», mais il serait plus juste de parler de «coupures». Même le nez de Michael Jackson n'a pas été aussi modifié, rapiécé, réduit.

Des fois, la chasse au B.S. ressemble à une obsession, dont la philosophie s'apparente aux conseils des petits durs de la cour d'école : «Ne frappe jamais un gars avec des lunettes. Utilise plutôt tes poings».

De réforme en réforme, le B.S. le plus visé - voire le seul que les chasseurs semblent apercevoir - c'est le B.S. «profiteur». Le chanceux qui mènerait la vie de château avec 613 $ par mois. L'équivalent du cerf de Virginie au pelage blanc, avec un panache de 14 pointes. Celui-là, tout le monde connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui l'a vu passer. 

Parfois, des spécialistes rappellent que le B.S. peut cacher une réalité complexe. Problèmes de santé mentale. Bla-bla-bla. Difficultés de lecture. Bla-bla-bla. Décrochage scolaire. Bla-bla-bla.

Peine perdue. Autant essayer de bloquer la marée de la baie de Fundy avec une fourchette, une brocheuse en forme de coccinelle et un kilo de poudre à gratter...

Notre sport, c'est la chasse au B.S. 

Et notre plus grand chasseur, c'est le ministre Sam Hamad. Oui, M. Hamad n'est plus responsable de l'assistance sociale. Mais ses déclarations brillent encore au firmament du sport, tel un Maurice le Rocket Richard de la tarte à la crème. 

En 2007, M. Hamad suggérait que «les assistés sociaux ont tout». Cette année, il s'est surpassé avec une déclaration sur les jeunes qui n'ont pas d'autre ambition que le B.S.

Plus perspicace, il y a peut-être le garçon qui demandait, en observant les voitures lors du 500 miles d'Indianapolis : «S'ils partaient un peu plus tôt, peut-être qu'ils ne seraient pas obligés d'aller aussi vite?»

Bof. Pourquoi accabler M. Hamad? Est-ce que tous les chasseurs ne sont pas un peu fabulateurs?

Avec sa dernière réforme, le gouvernement de Philippe Couillard veut récupérer 50 millions $ dans l'aide sociale. Un beau gros chiffre rond, qui cache une stratégie déconcertante. D'un côté, le gouvernement veut que les jeunes assistés sociaux intègrent le marché du travail. De l'autre, il a coupé 16 millions $ dans l'aide à l'emploi et les services d'Emploi-Québec. D'un côté, on coupe le pont. De l'autre, on veut obliger les gens à traverser la rivière.

Si quelqu'un y comprend quelque chose, est-ce qu'il pourrait l'expliquer aux autres? Comme le sens profond de ce message affiché dans un immeuble, à Montréal?

- Pour ceux qui ont des enfants et qui ne le savent pas, nous avons une garderie au sous-sol.

La chasse au B.S., c'est du sérieux. Mais nous ne sommes pas seuls.

En Grande-Bretagne, le journal The Independent a calculé que le département qui traque la fraude dans l'aide sociale emploie plus de 3250 personnes. À l'opposé, le département des enquêtes sur l'évasion fiscale, qui représente une somme beaucoup plus élevée, se limite à 300 personnes. 

Et voilà que plusieurs pays se mettent à pratiquer une forme de chasse au B.S. extrême. 

En Italie, un village défend aux enfants d'assistés sociaux d'accéder au jardin public, au terrain de sport et à la cafétéria scolaire. 

Au Kansas, une loi interdit aux assistés sociaux d'utiliser leur argent pour s'acheter des cigarettes, de l'alcool, des billets de cinéma, de la lingerie fine, des laissez-passer pour la piscine et des séances chez une cartomancienne.

En Hongrie, les assistés sociaux sont obligés de travailler à un taux horaire nettement inférieur à celui du salaire minimum. Pour ajouter à l'humiliation, ils doivent porter un dossard jaune fluo. Comme des prisonniers.

Le mot de la fin appartient au journal satirique The Onion avec cette manchette à peine exagérée : 

«Une nouvelle loi exige que les assistés sociaux fournissent un échantillon de sueur pour prouver qu'ils font beaucoup d'efforts pour se dénicher un travail.»

Pourvu que ça ne donne pas d'idées à M. Hamad...

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