L'onde de choc

Mené par Marine Le Pen, le Front national... (Associated Press)

Agrandir

Mené par Marine Le Pen, le Front national a récolté plus d'appuis que n'importe quel autre parti politique lors du premier tour des élections régionales en France, dimanche, selon les projections des firmes de sondage.

Associated Press

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE / En France, la déconfiture du Front national (FN) a été annoncée plus souvent que la retraite du chanteur Johnny Hallyday, ce qui n'est pas peu dire.

Mais contrairement au Elvis français, qui rebondit de moins en moins haut, avec les années, le Parti d'extrême droite n'a cessé de défier les sombres prédictions.

En 1984, le Front national recueillait 10,9 % des suffrages. En 2002, il avait atteint 17,8 %. En 2014, après des années difficiles, il culminait à 25 %. Et dimanche, il est devenu le premier parti de France, avec environ 30 % des suffrages, au premier tour des élections régionales.

Qui a le plus changé, depuis 30 ans? Le monde? La France? L'extrême droite?

Difficile à dire. Avant, les choses étaient simples. Le chef du FN, Jean-Marie Le Pen, avait un petit côté fêlé. On l'imaginait en train de défiler au pas de l'oie, vêtu d'un costume de lapin rose, devant un buste de Hitler, au fond d'une cave, en écoutant à tue-tête La chevauchée des Walkyries, de Richard Wagner.

Aujourd'hui, les choses sont plus compliquées. La chef du FN, Marine Le Pen, promet tout et son contraire, sans oublier de sourire. Un jour, elle assure qu'elle ne veut pas tout casser. Le lendemain, elle compare l'Union européenne au mur de Berlin. D'un côté, elle répète que «la liberté de presse est indispensable». De l'autre, elle promet de couper les subventions accordées à un quotidien qui l'a critiquée. On l'entend régulièrement inviter ses «compatriotes musulmans» à voter pour elle. Et personne ne répète plus qu'un musulman qui vote pour le FN, c'est comme un zèbre qui vote pour l'abolition des rayures...

***

On dira que pour le Front national, l'actualité dramatique des derniers mois joue le même rôle que les épinards pour Popeye le vrai marin.

D'abord les réfugiés qui déferlent sur l'Europe. Puis les attentats de Paris. Sans oublier la diffusion sur le Web d'une vidéo dans laquelle un imam de Brest explique à des enfants que ceux qui écoutent de la musique risquent «d'être transformés en singes et en porcs», dans l'au-delà.

Ce genre d'illuminé, le FN n'aurait pas osé l'imaginer, même dans ses rêves les plus fous. «En janvier [après les attentats contre Charlie Hebdo], la France était en colère. Depuis le 13 novembre, elle a peur», a résumé un sénateur FN à l'Express.

Jusqu'où ira le Front national? Depuis 30 ans, ses adversaires n'ont pas su freiner sa montée. Qui veut parier sur leurs chances d'y arriver d'ici le second tour des régionales, dimanche prochain? Ou même, d'ici les élections présidentielles, dans 18 mois?

Avec un brin de dépit, l'ancien leader de mai 68, Daniel Cohn Bendit, a tenté d'expliquer le succès de Marine Le Pen. «Elle dit toujours la même chose, ça lui prend trois minutes. En face, pour expliquer la complexité du monde d'aujourd'hui, pour lui répondre que tout n'est pas si simple, il faut huit minutes. Donc vous avez déjà perdu.»

Plus résigné, il y a peut-être le pickpocket dans un camp de nudiste, dirait l'humoriste Henny Youngman.

***

D'accord. L'extrême droite n'est pas une exclusivité française. Même la Suède est désormais confrontée à la montée d'un parti ouvertement raciste. En République tchèque, le président Milos Zeman vient d'accuser l'islam d'être «une culture d'assassins et de haine religieuse».

Il y a 10 ans, ce genre de déclaration aurait mis fin à sa carrière. Aujourd'hui, elles le font passer pour un homme courageux.

Le mot de la fin revient à cette blague, symbole d'une année mi-figue mi-raisin.

«Il était une fois un petit garçon d'une famille française très pauvre qui avait besoin de 100 euros pour Noël.

La maman, qui ne sait trop quoi faire, lui conseille d'écrire au père Noël. Peut-être fera-t-il un miracle?

Le garçon rédige aussitôt une carte postale pour le pôle Nord.

En voyant passer la carte, une employée des Postes décide de la lire. Très touchée, elle l'expédie au président de la République. Ému à son tour, le président demande d'expédier 20 euros à l'enfant.

Après avoir reçu l'argent, le garçon écrit une réponse à père Noël.

"Cher père Noël. Merci beaucoup pour l'argent. Mais j'ai remarqué que vous l'aviez fait passer par le président, à Paris. Comme d'habitude, cette crapule de socialiste a prélevé 80 %".»

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer