Les «plusses» meilleurs du monde

Dans son rapport de 1741 pages, la commission... (La Presse, Olivier Jean)

Agrandir

Dans son rapport de 1741 pages, la commission Charbonneau note que la complaisance n'était pas seulement l'affaire de politiciens. Elle régnait sur plusieurs organismes chargés de traquer la corruption.

La Presse, Olivier Jean

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Avant d'en arriver aux 1741 pages du rapport de la commission Charbonneau, le Québec a passé des années à se péter les bretelles.

Souvenez-vous de la décennie 2000. Nous avions la meilleure loi sur le lobbying, le meilleur système d'attribution de contrats publics, le meilleur processus de nomination des juges et j'en passe, sinon vous pourriez croire que nous étions fanfarons...

«On ne peut pas battre Mars ni la Lune, ils ne sont pas dans les [statistiques]», résumait le premier ministre Bernard Landry, en 2003.

La corruption, c'était ailleurs. Très loin de notre «plusse» meilleur Québec. Comment imaginer l'impossible? Ou plutôt, pour reprendre le cri du coeur de l'entrepreneur Nicolo Milioto, à propos de ses liens avec la mafia : «Comment je fais [pour] confirmer quelque chose que je ne suis pas au courant que je ne le sais pas?»

Notre chouchou, c'était la Loi sur le financement des partis politiques. On la présentait souvent comme l'héritage ultime de René Lévesque, en essayant d'oublier qu'elle était devenue une passoire. Peu importe. Toute idée de modifier en profondeur la sacro-sainte loi était accueillie avec le même dégoût que l'idée d'installer un cadre de métal rose fluo autour de la Joconde.

Même à la fin de 2009, le premier ministre Jean Charest ne voyait «aucune raison» pour changer le financement vaseux de son parti. Il jouait encore son numéro du premier de classe refusant d'avouer qu'il a triché durant l'examen de philo, même si tout le monde l'a vu. «Il est impossible de croire que les gens qui donnent au parti [libéral] peuvent attendre en retour à recevoir des faveurs», s'indignait notre improbable M. Net.

Pendant ce temps, Mont­réal et Laval étaient devenues des terrains de jeux pour les fraudeurs.

À propos, comment débutaient les blagues sur le tout-puissant maire de Laval, Gilles Vaillancourt?

Réponse : en jetant un regard inquiet par-dessus son épaule.

Dans son rapport, la commission Charbonneau note que la complaisance n'était pas seulement l'affaire de politiciens. Elle régnait sur plusieurs organismes chargés de traquer la corruption.

De 1996 à 2008, la Sûreté du Québec n'aurait mené que six enquêtes touchant l'industrie de la construction. Avant la création de l'escouade Marteau, la corruption n'y soulevait pas beaucoup plus d'intérêt que le trafic de Viagra dans les clubs de danse en ligne.

Pour sa part, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) était plongé dans un profond coma administratif. Quinze ans après avoir promis une «réflexion de fond» sur le financement illégal des partis politiques, il réfléchissait encore. Les enquêtes du DGEQ étaient si rares que leur déclenchement provoquait une surprise comparable à une apparition de la Vierge dans un Festival de country satanique.

Mais la palme de la futilité revient à la Commission municipale. En 2014, l'organisme n'avait pas fait d'enquête sur l'administration financière d'une municipalité depuis... 26 ans!

Hier, le premier ministre Philippe Couillard a suggéré que notre société s'était «un peu endormie». Sauf qu'il n'a pas nécessairement le profil de celui qui va sonner le réveil.

Au soir des élections partielles du 9 novembre, marquées par un taux d'abstention moyen de 68 %, notre premier ministre a même parlé d'une «bonne soirée pour la démocratie». Imaginez une mauvaise...

Des fois, le doigté de M. Couillard fait penser à celui du pilote et du copilote aveugles, qui entrent dans un avion plein de passagers. Grâce à leur canne blanche, ils se frayent un chemin jusqu'à la cabine de pilotage.

Au début, les passagers croient à une blague. C'est seulement lorsque l'appareil commence à se déplacer qu'ils échangent des regards inquiets. Et ils paniquent pour de bon au moment où l'avion accélère.

Quand l'appareil arrive au bout de la piste, tout le monde se met à hurler. Contre toute attente,

l'avion s'envole finalement.

À l'avant, dans la cabine de pilotage, le copilote pousse un soupir de soulagement. Il se tourne vers le pilote : «Un de ces jours, les passagers ne vont pas crier au bon moment. Et ça finira mal...»

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer