Pourquoi le Suédois voit-il une vache sur la glace ?

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La fin de semaine dernière, la CAQ voulait frapper un grand coup avec son nouveau logo.

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(Québec) CHRONIQUE / La traduction, ça ne pardonne pas.

Parlez-en au cimetière italien qui voulait expliquer ses règlements aux touristes. Sauf que M. le curé parlait un anglais approximatif. Et la petite affiche apposée à l'entrée a vite fait le tour du monde. On pouvait y lire : «Il est interdit de cueillir des fleurs, sauf sur votre tombe». 

Pas de pitié, je vous dis. Parlez-en à la compagnie japonaise qui rêvait de voir des jus baptisés... «Coolpis [pisse froide]» conquérir le monde. Curieusement, les consommateurs étrangers se faisaient prier.

Sans oublier le Parti conservateur britannique qui voulait dire aux minorités que ses politiques constituaient «la plus belle découverte depuis le pain tranché».

Une fois traduit en pendjabi, le slogan a pris une tournure imprévue : «Pour notre pays, les politiques conservatrices constituent la plus belle découverte depuis le [pain] Nan circoncis.»

Dans le grand livre des erreurs de traduction, il faut désormais inscrire la Coalition avenir Québec (CAQ) en lettres de feu. La fin de semaine dernière, le parti voulait frapper un grand coup avec son nouveau logo. Même qu'à entendre le chef François Legault, on pouvait croire que les électeurs allaient se bousculer aux portes de la CAQ, comme des gorets affamés se jetant sur les mamelles de leur mère.

Et puis?

Et puis, le parti a commis la gaffe de distribuer des documents bourrés de fautes. «Bien qu'il soit un simple logo, nous devons traiter gentiment [sic]», peut-on y lire. Plus loin, on apprend que «le Brandon grotesque est notre police» [typographique], à utiliser «dans les six grasses qu'elle propose».

À la fin, l'erreur a été attribuée à un logiciel de traduction, comme si les documents de la CAQ étaient d'abord rédigés en serbo-croate ou en thaï, avant d'être ramenés au français.

Une excuse classique. En 2013, la BBC a dit la même chose pour expliquer la publication, au début du Nouvel An chinois, du retentissant message : «Bienvenue dans l'année de la prostitution!»

N'exagérons rien. Toutes les erreurs de traduction n'ont pas la même gravité. À l'été 2008, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a prétendu que c'est un problème de traduction qui a prolongé d'un mois la guerre en Géorgie.

Le plus souvent, le ridicule ne tue pas. En 1977, en pleine guerre froide, le président américain Jimmy Carter effectue un voyage en Pologne. L'interprète est débordé. Tellement que lorsque le président parle de son affection pour la Pologne, l'autre explique à un auditoire médusé que l'Américain éprouve «une attirance sexuelle» envers leur pays.

Une mention honorable pour certains panneaux d'affichage bilingues installés dans le pays de Galles, en Grande-Bretagne. Le plus absurde trônait à l'entrée d'un village. «Traversée interdite aux véhicules lourds, circulation locale seulement», pouvait-on lire, en anglais.

En Gallois, le message allait dans une autre direction :

«Je ne suis pas au bureau en ce moment. Expédiez-moi le travail de traduction.»

Jean Delisle, un professeur de l'Université d'Ottawa, écrit que lors d'une tournée en Chine, l'ancien maire de Montréal, Jean Drapeau, avait invité son auditoire «à battre le fer quand il est chaud».

Une fois passé à la moulinette de la traduction, le discours incitait plutôt l'audience «à battre son frère quand il est ivre». Malaise.

Parfois, le traducteur doit jouer les équilibristes. Si un Russe s'écrie que «le chapeau du voleur est feu», il ne faut pas appeler les pompiers. Monsieur parle d'une personne ayant mauvaise conscience.

Et quand un Suédois s'écrie «qu'il n'y a pas de vache sur la glace», en plein été, il n'a pas perdu la tête. Il veut dire «qu'il n'y a pas le feu».

Les sceptiques sont invités à deviner le sens de l'expression polonaise : «Est-ce qu'un éléphant vous a piétiné l'oreille?»

Difficile de conclure sans revenir au président Carter. Un jour, au Japon, il commence un discours en racontant une blague, même si l'humour est particulièrement difficile à traduire. Surprise! Les gens rient aux éclats.

Jimmy Carter est impressionné. Sitôt son discours terminé, il va demander au traducteur comment il a traduit la blague.

L'autre est embarrassé. Puis il finit par expliquer. «Simple. Je leur ai dit : "Notre invité vient de raconter une histoire drôle. Tout le monde devrait rire".»

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