Le goujon de Sa Majesté

En septembre, Michel Doyon, le nouveau lieutenant-gouverneur, a... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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En septembre, Michel Doyon, le nouveau lieutenant-gouverneur, a provoqué un malaise en évoquant ses «pouvoirs énormes».

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(Québec) Au Québec, la saison des coupes budgétaires bat son plein. Les écoles, les groupes communautaires, les hôpitaux crient famine.

Le gouvernement Couillard répète que «chaque pierre doit être retournée». Il assure que «tout est sur la table». Tout? Vraiment tout? Non. Car une institution résiste encore et toujours au couperet budgétaire : le lieutenant-gouverneur. 

Apparemment, même l'austérité ne peut rien contre une fonction symbolique, qui se limite généralement à la signature de quelques lois, exposant son titulaire à mourir d'ennui, bien avant de développer une tendinite du coude.

Tant pis pour les mauvais plaisantins. Ceux-là se contenteront de demander la différence entre le budget du lieutenant-gouverneur et un oignon.

Réponse? Personne ne pleure quand on coupe le budget du lieutenant-gouverneur...

On dira qu'il est aussi facile de se moquer du lieutenant-gouverneur que de tirer sur des harengs entassés dans un baril. 

Depuis les révélations sur les folles dépenses de Lise Thibault, la fonction apparaît aussi populaire que le goujon dans un lac de truites. Ou pire, que le feu sauvage dans un concours de bisous.

Mais au fond, est-ce la faute des lieutenants-gouverneurs si le titre leur monte à la tête plus vite qu'une douzaine de flûtes de champagne?

Une vraie malédiction. Prenez Pierre Duchesne, qui a occupé le poste entre 2007 et 2015. À sa nomination, il avait promis la discrétion, pour redonner du lustre à la fonction. 

Et comment réagit M. Profil bas, aussitôt installé sur son trône de pacotille? Bang! Il ordonne de frapper une médaille à son effigie, tel un César de sirop d'érable. Bing! Il fait tout un chichi pour ne pas rendre trop de comptes à l'Assemblée nationale. Bong! Il tente de s'arroger le privilège de passer avant tout le monde, sur le traversier de L'Isle-aux-Grues, où se trouvait sa résidence secondaire. 

Plus modeste, tu réclames une chaise à porteurs. À moins d'opter pour la livraison d'une collection de Smarties rouges et blanches, servies dans une botte de cow-boy plaquée or, tous les matins?

Stop. Qu'est-ce que des roturiers comme nous peuvent comprendre aux tracas des têtes couronnées? Durant son procès, Lise Thibault l'a bien expliqué. «À 8h du matin, je devais avoir lu trois journaux. Pas comme le citoyen ordinaire lit le journal, mais comme un chef d'État lit le journal.»

Dur, dur d'être un monarque postiche. Mais la position de faux dieu n'est pas de tout repos non plus. Après qu'on l'eut dépouillé de son statut divin, l'empereur japonais Hirohito avait même confié : «Vous ne pouvez pas imaginer le travail supplémentaire que je devais accomplir lorsque j'étais un dieu.»

Mais revenons au lieutenant-gouverneur. Car la tradition se poursuit.

En septembre, le nouveau titulaire, Michel Doyon, a provoqué un malaise en évoquant ses «pouvoirs énormes». Bien sûr, Monsieur fanfaronnait. Après, il a eu l'air du gars qui dégoupille un pétard à la farine, sans parvenir à l'extirper à temps de son veston.

Au fond, c'était couru d'avance. Il ne pouvait pas rappeler qu'aucun lieutenant-gouverneur n'a refusé de sanctionner une loi, depuis plus de 100 ans. Encore moins lire la manchette du Journal de Montréal, qui révélait que son prédécesseur n'avait souvent qu'une poignée d'activités à son agenda.

Peu importe, puisque l'antique institution semble à l'abri des gaffes, des malversations, des power trips les plus grotesques, de l'usure du temps et même de l'austérité. 

La vie continue. Ailleurs.

Il était une fois un ministre libéral qui s'était endormi durant une interminable réunion du Conseil des ministres.

Soudain, il est réveillé par la voix très en colère du premier ministre Philippe Couillard, qui s'adresse lui.

«Je suppose, Monsieur le Ministre, que vous connaissez la réponse à la question que je viens de poser?» demande M. Couillard.

Le ministre se réveille en sursaut. Il reprend ses esprits, avant d'expliquer :

«Je n'ai pas entendu la question, mais je connais la réponse. Comme d'habitude, il faut couper les services publics et réduire les impôts.»

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