Petits mensonges entre amis

Marine Le Pen... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Marine Le Pen

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Chaque matin, sur les ondes du FM93, le monde de Sylvain Bouchard ressemble aux contes de fées de notre enfance. D'un côté, il y a les bons, qui se font avoir, précisément parce qu'ils sont trop bons. De l'autre, il y a les méchants, qui n'arrêtent pas de comploter pour faire des choses très méchantes, juste pour gâcher la vie des bons.

La liste des méchants est si longue, que n'importe quel prince charmant risque le burn-out. Il faut pourfendre les morts-vivants péquistes. Les farfadets écolos. Les sorcières féministes. Les artistes vampires assoiffés de subventions. Sans oublier les ogres gauchistes, les pires de tous, qui infestent les médias. 

Heureusement, dans ce monde sans pitié, il y a Sylvain Bouchard. Notre guide. Notre épée lumineuse.

Bobino s'est fait connaître par son célèbre : «Bonjour les tout-petits!» Dans Passe-Partout, le zèbre Alakazou s'écriait : «Bonjour les poussinots!» Sylvain Bouchard se distingue par une phrase fétiche qui résume sa pensée généreuse et subtile : «Nous autres, les contribuables, on va payer pour ça?»

***

Mardi, Sylvain Bouchard s'est pourtant dépassé, en interviewant Marine Le Pen, chef du Front national, le grand parti de l'extrême droite française.

Pour la forme, l'animateur avait précisé avant l'entrevue qu'il ne partageait pas toutes les idées de Mme Le Pen. Mais qu'il se rassure, ça ne paraissait pas du tout. Même que le mot «entrevue» semble un peu fort. On avait plutôt l'impression d'assister à une partie de balle-molle au cours de laquelle le lanceur donne quasiment la balle au frappeur. Du genre : «Attends, ce lancer-là n'était pas au centre du marbre. T'inquiète pas. Je recommence. Mononcle Sylvain va lancer moins fort.»

Résultat, le duo Le Pen-Bouchard se trouvait au diapason, tels deux fats majeurs. Et il a interprété à la perfection son petit numéro de peur, en prévision de l'arrivée de réfugiés syriens.

Normal. Tout comme Marine Le Pen, le perspicace Sylvain Bouchard voit clair. À 8000 kilomètres de distance, il peut vous assurer qu'il ne s'agit pas de vrais réfugiés. Seulement de gens un peu rapaces qui veulent profiter de nos richesses, de nos programmes sociaux et peut-être même de nos piscines hors-terre.

Il est vrai que depuis 2011, la guerre en Syrie a fait seulement 250 000 morts et un million et demi de blessés. La ville d'Alep, la capitale économique du pays, n'est détruite qu'à 50 %. Et le nombre de personnes qui ont fui leur domicile atteint à peine 10 millions, sur une population de 23 millions, avant la guerre.

Vachement fort, le Sylvain Bouchard. Heureusement que nous l'avons. Sinon, on aurait pu finir par s'émouvoir, comme des cons. 

***

Au final, Marine Le Pen n'a pas mis son nouvel ami dans l'embarras en comparant une nouvelle fois l'immigration musulmane et l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale.*

Parions que les 73 000 juifs français massacrés dans les camps nazis auraient apprécié qu'elle se garde une petite gêne.

Il n'importe. À la fin, Sylvain Bouchard était tellement ravi, qu'il a eu un moment de faiblesse. Lui, le champion de l'austérité, il s'est soudainement mis à s'inquiéter de l'impact des réfugiés sur les listes d'attente dans les HLM!

Faut l'excuser. L'émotion, sans doute. C'est pas tous les jours que la chef du Front national vous félicite pour votre analyse «tout à fait juste».

Notre néo-émotif s'est vite ressaisi. La preuve, c'est qu'il n'a pu s'empêcher de parler du maire de Québec. Apparemment, il lui importait peu que Mme Le Pen n'ait jamais entendu parler de ce «Régis» dont il prononçait le nom comme s'ils avaient pêché la ouananiche ensemble. Que voulez-vous, on peut sortir un Sylvain Bouchard de son village, mais on ne peut pas sortir le village d'un Sylvain Bouchard.

À propos, à quoi reconnaît-on un journaliste de Québec? Simple. C'est le plouc qui se trouve à l'autre bout du monde  - disons en Chine, devant la Grande Muraille -  et qui n'a qu'une seule question en tête : Qu'en penserait Régis Labeaume?

* «Très clairement, comme en 1940, certains croient pouvoir se comporter dans la France de 2010 comme une armée d'occupation.» 18 juin 2010

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer