Le triomphe de «l'économiquement correct»

Il y a un mois, le ministre fédéral... (La Presse Canadienne, Adrian Wyld)

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Il y a un mois, le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, jurait que le Canada ne connaitrait pas de récession. Aujourd'hui, on pourrait le confondre avec l'homme invisible.

La Presse Canadienne, Adrian Wyld

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(Québec) Le «politiquement correct», il a fallu s'y résigner.

Les routes dangereuses sont devenues des «sites à potentiel d'amélioration». La pollution est classée comme une «externalité négative». Même les manifs sont parfois surnommées des «actions de visibilité».

À la blague, les cyniques disent que les nains finiront par être décrits comme des «personnes verticalement différentes». Après tout, la réalité dépasse toujours la fiction.

En France, dans le jargon des nouveaux programmes scolaires, les enfants ne nageaient plus. Ça, non. Ils «traversaient l'eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête». De même, ils n'apprenaient plus une langue étrangère. Ils «allaient du soi et de l'ici vers l'autre et l'ailleurs».

Plus absurde que cela, il y a peut-être l'entraîneur Herb Brooks, lorsqu'il ne savait plus quoi dire à ses joueurs. Monsieur se mettait alors à crier : «Vous jouez de plus en plus mal, chaque jour. Et aujourd'hui, vous jouez comme au milieu de la semaine prochaine.»

D'accord. Le «politiquement correct» se porte à merveille. Mais que dire de «l'économiquement correct», un autre puissant sédatif à base de jargon?

Grâce à lui, on ne congédie plus les gens. On «restructure» les effectifs. On ne coupe plus un service. On «consolide» le réseau. Et le gouvernement Couillard ne mène pas une politique d'austérité. Il pratique la «rigueur budgétaire».

Pendant des jours, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a refusé de prononcer le mot récession. Il préférait parler d'une «contraction» de l'économie. Même le chef du NPD, Thomas Mulcair, utilise l'expression «croissance négative».

Croissance négative? Est-ce l'équivalent d'une chute vers le haut? D'une déprime joyeuse? D'un progressiste conservateur?

Peu importe. L'important, paraît-il, c'est de préserver la sacro-sainte confiance des consommateurs et des investisseurs. «Et qu'est-ce que la confiance, demandait le défunt roi de la pensée positive, Zig Ziglar, sinon la capacité de partir à la poursuite de Moby Dick, à bord d'une petite chaloupe, en emportant la sauce tartare avec vous?»

Ralentissement économique ou pas, il faudrait peut-être lancer un avis de recherche concernant le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver. Il y a un mois, M. Oliver jurait que le Canada ne connaîtrait pas de récession. Aujourd'hui, on pourrait le confondre avec l'homme invisible. Pas étonnant que les mauvais plaisantins s'en donnent à coeur joie.

Question 1 : Comment faire pour retrouver le ministre Joe Oliver, au milieu de personnes souffrant d'amnésie?

Réponse : Le ministre est celui qui tient la calculatrice.

Question 2 : Pourquoi le ministre Oliver vient-il d'annuler deux allocutions qu'il devait prononcer devant des clubs privés de Toronto?

Réponse : Parce que Stephen Harper avait une terrible extinction de voix.

Question 3 : Le Canada est-il en récession?

Réponse : Le premier ministre Harper ne sait pas. Mais le ministre Oliver précise qu'il fait mieux : il ne sait même pas qu'il ne sait pas.

Docteur, est-ce grave?

Aux dernières nouvelles, l'économie canadienne se trouve en «récession technique». Bref, une simple question de définition. De statistiques. Comme les centaines de milliers de chômeurs - pardon de demandeurs d'emploi, peut-être?

On dira que l'économiquement correct fait des ravages partout. Récemment, le ministre français des Finances, Michel Sapin, s'est même lancé dans une savante explication prouvant qu'une «croissance zéro» n'équivaut pas à une «croissance nulle».

De quoi ressusciter une vieille blague russe, fort méchante envers les économistes...

«La scène se déroule il y a plusieurs années. Ce jour-là, la Russie célèbre en grande pompe l'anniversaire de sa victoire sur l'Allemagne nazie. Sur la place Rouge, le président Vladimir Poutine regarde défiler des tanks, des soldats et des missiles durant des heures. À la surprise générale, la parade se termine par le passage d'un millier de petits hommes habillés de complets civils bleu marine.

Le président Poutine se tourne aussitôt vers le directeur de la police secrète.

- Est-ce qu'il s'agit d'espions? D'une nouvelle arme secrète?

- Pas du tout, répond le directeur. Ce sont des économistes. Imaginez le chaos qu'ils vont provoquer lorsqu'on va les répandre à la grandeur du monde.

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