L'Ordre national du dindon de la farce

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Au début du mois, le ministre Denis Lebel a expliqué pourquoi le gouvernement Harper a déclenché une campagne électorale de 78 jours en omettant de mentionner que les conservateurs avaient amassé plus d'argent que leurs adversaires.

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(Québec) Julie Snyder et Pierre Karl Péladeau auraient pu se marier comme ils le voulaient. Même déguisés en homard. Même déguisés en ouvriers de la construction. Qui cela regardait, à part eux?

Mais quand ils insistent sur la simplicité de l'événement de samedi, on se demande quelle mouche les a piqués. 

Faut-il rappeler la liste de 450 invités? Les trois robes de la mariée? La présence du gratin artistique? L'enrôlement du maire de Québec? Les plans conçus par un architecte? Les nombreux policiers?

Si c'est ça, un mariage «simple», imaginez un mariage «compliqué»! Les nouveaux mariés auraient-ils traversé la ville sur le dos d'un mammouth, spécialement cloné pour l'occasion? Auraient-ils fait projeter leur image dans le ciel de Québec, tel le logo de Batman au-dessus d'une Gotham City des neiges?

***

Oubliez la ressemblance avec l'impératrice Cléopâtre, dans les aventures d'Astérix. «[Ce soir], je veux un repas intime, explique-t-elle. [...] Juste 40 danseurs et danseuses, 80 musiciens et 300 plats simples.»

Dans sa quête de simplicité, le couple Snyder-Péladeau n'a même pas réclamé la fermeture de rues dans le Vieux-Québec, ce qui a permis à la foule de participer. 

D'ailleurs, que seraient les gens riches et célèbres sans les applaudissements, je vous le demande? Des fumeurs sans allumettes? Des acrobates sans trapèzes? Des couteaux sans manche dont on aurait oublié la lame? 

«Il ne faut jamais sous-estimer la fragilité des êtres et des choses, philosophait l'humoriste Mitch Hedberg. Même mes plantes synthétiques ont dépéri quand j'ai arrêté de faire semblant de les arroser.»

***

Stop. Ne dévions pas du sujet. L'art de l'intox consiste à répéter une énormité si souvent, et avec un tel aplomb, que tout le monde doit faire semblant d'y croire.

En gros, disent les experts, il s'agit de pointer un château imaginaire, dans les nuages, jusqu'à ce qu'un nigaud paye le loyer.

À ce petit jeu, le ministre fédéral Denis Lebel constitue un maître. Une sorte de Chevalier de l'Ordre national du dindon de la farce. Tant pis si les mauvaises langues disent que les discours de Monsieur possèdent les deux caractéristiques de l'épée de Charlemagne. Longue et plate.

Au début du mois, M. Lebel a hérité de la tâche ingrate d'expliquer pourquoi le gouvernement Harper a déclenché une campagne électorale de 78 jours.

Tout le monde avait compris que les conservateurs avaient amassé plus d'argent que leurs adversaires. Les bleus espéraient en profiter grâce à une campagne interminable.

Peu importe. Car M. Lebel n'a rien dit de tout cela. Et à la longue, les journalistes sont passés à autre chose. Avec lui, ce sont les éperlans qui finissent par se rouler eux-mêmes dans la farine. À l'usure.

***

Bien sûr, l'intox ne fonctionne pas à tous les coups.

L'autre jour, le chef libéral, Justin Trudeau, a répété qu'il veut une économie «allant du coeur vers le haut». À ne pas confondre avec l'économie actuelle, qui croîtrait «du haut vers le bas».

Eille. En passant, si un poète abstrait a compris ce que M. Trudeau voulait dire, est-ce qu'il pourrait communiquer avec lui, dans les plus brefs délais?

Tout le monde n'a pas la virtuosité d'un Nigel Wright, l'ancien chef de cabinet de Steven Harper. On peut d'ailleurs avoir un aperçu de ses talents innés pour l'intox, lors du procès du sénateur Mike Duffy.

Ne reculant devant rien, M. Wright assure que c'est la Bible qui guidait ses actions. Sans rire. Même la minuscule coquerelle qui se cache sous un calorifère, au fond de la salle, doit se taper sur les cuisses en racontant ce genre de choses à ses collègues, le soir venu. 

- Vous savez pas ce que M. Wright a déclaré, aujourd'hui? Quelle imagination! Un vrai serpent à sornettes!

Difficile de conclure sans rappeler une blague qui raconte l'embauche de M. Wright au bureau du premier ministre Harper, quelque part en 2010.

En fait, M. Wright fait partie d'un groupe de trois candidats qui doivent répondre à une question.

- Combien font 2 + 2?

Les deux premiers, un peu naïfs, répondent quatre. Puis vient le tour de Nigel Wright. Quand on lui pose la question, il s'en va fermer la porte, pour plus de discrétion. Puis il demande, à voix basse :

- Combien voulez-vous que cela fasse?

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