L'autobiographie politique pour les nuls

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(Québec) Ça y est. Vous avez décidé de faire le plongeon en politique. Et comme tout politicien qui se respecte, vous songez à publier votre autobiographie.

Surtout, n'écoutez pas ceux qui répètent que les autobiographies sont difficiles à rédiger. Consolez-vous plutôt en songeant qu'elles sont parfois bien plus difficiles à lire.

Durant les années 70, un journaliste de la revue The New Republic voulait prouver que personne ne lit les biographies politiques jusqu'au bout. Dans une librairie de Washington, il a discrètement inséré sa carte professionnelle dans la seconde moitié de plusieurs livres politiques à la mode. 

Sur le bout de carton, il s'engageait à remettre 5 $ [environ 20 $ d'aujourd'hui] à quiconque tomberait dessus.

Deux mois plus tard, personne ne l'avait appelé...

Pas possible, me dites-vous? Que les braves qui ont réussi à lire jusqu'au bout les 571 pages de l'autobiographie de Paul Martin, Contre vents et marées, veuillent bien se lever. Ils pourront confirmer le fait que la lecture provoquait une sensation s'apparentant vaguement à celle d'être lapidé à coup de pop-corn...

Des fois, on dirait que l'autobiographie politique est devenue un passage obligé. Une sorte de rite d'initiation. Un peu comme la circoncision chez les guerriers Maasaï, en Afrique de l'Est.

N'exagérons rien. Tout ce qu'il vous faut, pour commencer, c'est un titre qui résonne. Quitte à ce qu'il ressemble au nom d'une thérapie de groupe sur la croissance personnelle.

Barack Obama a lancé L'audace de l'espoir. François Hollande a publié Changez de destin. Jacques Chirac a pondu La lueur de l'espérance

Vrai que les combinaisons avec «espoir», «courage» ou «destin» ne sont pas illimitées. Dans le doute, souvenez-vous que tout a été dit, mais pas par vous.

Ainsi la récente autobiographie du chef néo-démocrate, Thomas Mulcair, s'intitule Le courage de ses convictions. À un petit mot près, c'est aussi le titre choisi par Mario Dumont, en 2005 : Avoir le courage de ses convictions. Et devinez comment le Britannique Tony Blair avait surnommé une autobiographie, parue en 2002? Ben oui. The Courage of Our Convictions.

Rien à voir avec l'écologiste français, Noël Mamère, qui a publié Mes vertes années.

Encore moins avec l'ex-­ministre Richard Legendre, qui a fait s'esclaffer tout le Québec avec son autobiographie L'humilité d'un gagnant, en 2005.

Quelle est la différence entre Dieu et Richard Legendre, demandait les farceurs? Simple. Dieu ne s'est jamais pris pour Richard Legendre, LUI.

Des méchantes langues ont comparé l'autobiographie politique à un manger-mou faible en gras et en sucre, offert à des clients peu regardant.

Mais pour un politicien moderne comme vous, il s'agit d'une occasion de se vendre, euh, pardon, de parler directement aux électeurs. Sans intermédiaire.

Si possible, le politicien doit insister sur ses origines modestes. Comme Pauline Marois dans Québécoise! On lui conseille aussi de consacrer de longs passages aux «valeurs» que lui ont transmises ses parents. Comme Jean Charest dans J'ai choisi le Québec.

Nul besoin de se mettre complètement à nu, tel un Justin Trudeau dans Terrain d'entente. Le chef libéral évoque même ses problèmes d'acné! Mais n'oubliez pas de consacrer plusieurs pages à «l'avenir de nos enfants et de nos petits-enfants». 

Voilà ce qu'on appelle un incontournable. Un must, comme disent les Français.

Chemin faisant, il est permis de décocher des flèches en direction des adversaires. Pas trop. Cela risque de vous donner une image de vieux ronchon.

Pour ce genre de choses, tout le monde n'a pas le doigté d'un Jean Chrétien. Dans Passion politique, l'ancien premier ministre ne parle jamais de son successeur Paul Martin sans lui injecter une dose de venin. Mais il adoucit vite le poison par une pirouette humoristique qui l'amène ailleurs.

«Après la victoire libérale aux élections de 1980, je m'en souviens, une analyse avait révélé que, sur 105 éditoriaux, 101 avaient invité les Canadiens à voter conservateur et seulement quatre nous avaient soutenus, écrit-il. Quand j'avais montré cela à [au premier ministre] Trudeau, il avait dit : «On a manqué notre coup, Jean. Ils ne sont pas tous contre nous.»

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