La seconde vie de Jacques Parizeau

Jacques Parizeau se disait fier d'appartenir à une... (Photo La Presse Canadienne, Ron Poling)

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Jacques Parizeau se disait fier d'appartenir à une génération de politiciens qui appelaient «un chat, un chat». L'exemple à suivre venait de très haut. De René Lévesque (à droite) lui-même. On voit les deux hommes en 1982, lors d'une rencontre des premiers ministres à Ottawa. Parizeau est alors ministre des Finances sous le gouvernement Lévesque.

Photo La Presse Canadienne, Ron Poling

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(Québec) En octobre 1995, à la veille du référendum, Jacques Parizeau se vantait d'être allergique au «politiquement correct». En entrevue, celui qu'on surnommait «Monsieur» se disait fier d'appartenir à une génération de politiciens qui appelaient «un chat, un chat». L'exemple à suivre venait de très haut. De René Lévesque lui-même. Un jour, il avait même sommé la compagnie Noranda de se «civiliser».

Mais Saint René était mort. Et le franc-parler était devenu une pratique politique dangereuse. Pour reprendre l'expression consacrée, M. Parizeau se croyait le pare-brise. Il était la mouche.

Pas grave. Les journalistes étaient ravis. Avec M. Parizeau, on ne s'ennuyait jamais. Un jour, il déclarait que les relations publiques constituaient du bourrage de crâne, sans lien avec la réalité. Une autre fois, il refusait de discuter avec les autochtones, qu'il trouvait «grimpés dans les rideaux». Sans oublier ce classique : «Les statistiques sont aux économistes ce que les lampadaires sont aux ivrognes : elles sont plus utiles pour s'appuyer que pour s'éclairer.»

On connaît la suite. Au soir du 30 octobre 1995, le premier ministre trébuche, en attribuant la défaite à «l'argent et au vote ethnique». Stupéfaction. Déception. Démission. «M. Parizeau ne se trompe pas souvent, confiait un député. Mais quand ça lui arrive, il faut des mois à recoller les morceaux.»

***

Pour Jacques Parizeau, l'histoire pouvait s'arrêter là.

Sauf qu'en l'espace de trois ans, la politique québécoise se retourne comme un gant.

Lucien Bouchard, le chouchou des indépendantistes, va s'user à poursuivre le déficit zéro. Contre toute attente, Jacques Parizeau, le mal-aimé, va connaître une seconde vie politique.

Au tournant des années 2000, il faut voir l'enthousiasme qu'il soulève à chacune de ses apparitions dans un cégep ou dans une université.

Probable que lui-même se pince pour y croire.

Souvent, les auditoires ne connaissent la création de la Caisse de dépôt, la nationalisation de l'électricité ou même les détails du référendum de 1995 qu'à travers les livres d'histoire.

Comment expliquer un tel succès?

Ça ne vient sûrement pas de ses complets à l'ancienne, qui lui donnent des allures de grand-papa banquier de Saint-Victor-de-Beauce. Encore moins de ses rares tentatives pour avoir l'air cool. Une mission impossible. Autant essayer d'apposer du rouge à lèvres à un orignal. 

Aucune importance. Libéré des charges publiques, Jacques Parizeau s'est réinventé en mauvaise conscience du Québec. Moitié belle-mère, moitié idéaliste. Soudain, son franc-parler fait un tabac auprès des jeunes. Un vrai antidote à la résignation.

Au risque d'embarrasser le PQ, l'ancien premier ministre parle d'indépendance, de gratuité scolaire, d'injustice sociale. Selon lui, l'entreprise québécoise qui paye de l'impôt «devrait changer de comptable».

«À force de vouloir tout gagner, les grandes sociétés privées sont en train de faire réapparaître une lutte des classes, écrit-il, en 2001. [...] Les gouvernements ont leur part de responsabilité en laissant s'accréditer l'impression qu'entre politique et affaires, il y a plus que collaboration, il y a collusion.»

Essayez d'imaginer un ministre qui oserait affirmer une chose semblable, aujourd'hui. La plupart font pipi dans leur culotte, rien que d'y penser.

***

Du calme. Les cimetières sont remplis de gens irremplaçables. Surtout au Québec.

Ici, chaque fois qu'un grand personnage meurt, on jurerait que l'avenir s'éteint avec lui. Comme si le Québec était une chaussette de laine qui rétrécit sans cesse au lavage. Comme si le meilleur était forcément derrière nous. À sa mort, Maurice Richard a été décrit comme «le dernier héros». Claude Ryan, «le dernier sage». Pierre Bourgault, «le dernier rebelle». Michel Chartrand, «le dernier des vrais». Claude Léveillée, «le dernier des grands romantiques». Et si Lucien Bouchard est encore bien vivant, il a déjà été couronné «dernier des géants».

Quelle place occupera désormais Jacques Parizeau, dans cet étrange panthéon?

Difficile à dire. Mais parions qu'il s'amuserait ferme en entendant ses adversaires le comparer à un «phare» ou à un «géant».

Il ferait cela sans étaler ses émotions, bien sûr.

Un brin théâtral, «Monsieur» avait résumé la chose dans une réplique célèbre.

«Je réserve mes émotions à mon épouse et à la musique. Point final.»

Référendum de 1995: discours de Jacques Parizeau

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