Je ne suis pas un tueur en série

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(Québec) Nous vivons une époque formidable, mais un tantinet confuse, où les slogans planétaires circulent plus vite qu'un moustique dans une usine de ventilateurs.

Prenez «Je suis Charlie», élaboré à toute vitesse par un graphiste, en réaction aux attentats contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo, à Paris.

En l'espace de quelques heures, le 7 janvier, «Je suis Charlie» a connu un succès monstre. Au point de susciter une sorte de culte. En France, le comble a été atteint lorsque des joueurs de soccer professionnel ont été obligés de porter le slogan sur leur maillot. Les contrevenants allaient subir les foudres du public et du propriétaire.

Comprenne qui pourra. Puisqu'il s'agissait d'un symbole de la liberté d'expression, il ne pouvait pas y avoir deux points de vue!

Plus tordu, il y a peut-être le personnage de bande dessinée qui s'écriait : «Soyez libres. C'est un ordre!»

À moins que vous ne préfériez l'humour absurde du politicien américain qui se vantait d'avoir tellement de réponses, qu'il risquait de tomber en panne de questions?

Un jour, pour l'embarrasser, on lui avait demandé pourquoi le mâle alligator dévore jusqu'à 90 % des oeufs pondus par la femelle?

Imperturbable, le politicailleur avait répondu :

«Parce qu'autrement, nous pataugerions jusqu'au cou dans les alligators.»

***

Suffit. Ne dévions pas du sujet.

Après «Je suis Charlie», d'autres ont conçu «Je suis Népal», en solidarité avec les victimes d'un horrible tremblement de terre. «Je suis Boris», pour dénoncer l'assassinat de l'opposant russe Boris Nemtsov. «Je suis Danois», «Je suis policier», «Je suis Juif», à mesure que les drames surviennent. Sans oublier «Je suis sur écoute», qui vise à dénoncer une loi sur le renseignement.

Plus récemment, en France, on a vu apparaître «Je suis latiniste», pour défendre l'enseignement du latin, et «Je suis 2025», pour soutenir la candidature du pays à l'exposition universelle de 2025.

Mais il est permis de croire que la machine s'est définitivement emballée, cette semaine, lorsqu'un journaliste québécois a lancé «Je ne suis pas [François] Bugingo», pour se différencier du journaliste-vedette accusé d'avoir inventé des reportages.

Entre nous, les suites possibles donnent le vertige. Tant qu'à ne pas être, pourquoi pas «Je ne suis pas Lise Thibault»? Ou «Je ne suis pas un tueur en série»? Sans oublier cette perle, gracieuseté d'un lecteur : «Je ne suis pas un paranoïaque souffrant d'un complexe d'infériorité. Le genre qui pense que personne d'important ne lui en veut...»

Des fois, on s'ennuie presque de l'époque où les as du marketing se contentaient de trouver des slogans foireux pour mousser le tourisme ou vendre du dentifrice.

En France, pour vanter les charmes du département de l'Aisne, ça donnait : «Peace Aisne Love».

Pour le département de l'Allier? «Allier les bleus».

Et que dire de l'Aveyron : «On ira tous en Aveyron : vous la verrez, nous l'Aveyron.»

***

Très drôle. Mais, en matière de slogan, il y a tout de même des limites à la récupération.

Au Nigeria, après l'enlèvement de 200 écolières par le groupe Boko Haram, une imposante campagne internationale a été lancée sous le slogan «Bring back our girls [Ramenez nos filles]». Un an plus tard, comme par hasard, le président Goodluck Jonathan a tenté de se faire réélire en utilisant le thème «Bring back Goodluck». Aussi subtile qu'un coup de matraque en bois de baobab asséné en plein front.

À la fin, Jonathan a encaissé une solide défaite électorale.

Qu'on se le dise. On ne se moque pas impunément d'un slogan célèbre. Même s'il frise le ridicule. Et ça ne date pas d'hier.

L'ancêtre de notre «Je suis Charlie» est sans doute le retentissant «Ich bin ein berliner [Je suis un Berlinois]», prononcé par le président John F. Kennedy, en juin 1963, dans la ville de Berlin divisée par un mur.

Aux États-Unis et en Europe, le slogan s'est vite imposé. Un classique du genre. Mais pour les gens de Berlin, ce fut peut-être moins évident.

En Allemagne du Nord, un Berlinois est d'abord connu comme une pâtisserie. Si bien que «Ich bin ein Berliner» peut se traduire par : «Je suis un beigne fourré à la crème».

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