La culture du silence, encore et encore...

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Le député libéral Gerry Sklavounos

La Presse canadienne

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(Québec) CHRONIQUE / En 2014, les femmes élues à l'Assemblée nationale du Québec se sont donné la main en apprenant que Justin Trudeau avait écarté deux libéraux de son caucus à la suite de plaintes d'agressions sexuelles portées par des élues du Nouveau Parti démocratique (NPD). Une politique a été élaborée. Elle prévoyait des séances de formation et la nomination d'une personne-ressource au sein même de l'Assemblée nationale. Et voilà que Gerry Sklavounos est expulsé du caucus de Philippe Couillard, pour des allégations de même nature.

Ce qui m'a le plus surpris dans cette affaire, c'est la multiplicité des rumeurs qui couraient déjà sur le comportement du député. Comment se fait-il, si tout cela est fondé, que personne en autorité au Parti libéral du Québec (PLQ) ne l'ait ramené à l'ordre? Cela aurait été fait il y a trois ans, à la suite d'une plainte formulée par le Parti québécois auprès du whip du PLQ. Qui a été informé de cette plainte et quel suivi lui a-t-on donné? C'est moins clair. Pourquoi a-t-on permis à Sklavounos de porter les couleurs du parti aux dernières élections s'il avait effectivement une telle réputation?

Il est plus facile de parler que d'agir en ce domaine. Quand Justin Trudeau a suspendu ses deux députés, le NPD lui a reproché sa sévérité. La néo-démocrate Françoise Boivin a déclaré qu'en l'absence de plainte à la police, le chef libéral aurait dû se contenter de leur demander de ne plus recommencer. «Il me semble que n'importe quel juriste aurait conseillé : "Si on n'a pas de plainte, il n'y a pas grand-chose que tu peux y faire, alors tu peux peut-être aller parler à tes gens et dire : 'Peux-tu faire attention à ton comportement?'"»

On avait alors appris que le NPD était au courant depuis un an de ces allégations et que ses dirigeants s'étaient contentés d'offrir de l'accompagnement à la victime parce qu'elle ne voulait pas porter plainte. «On jasait beaucoup avec elle, mais on la laissait progresser dans cette décision qu'elle avait prise. En aucun temps, nous ne voulions mettre de pression», avait expliqué Nycole Turmel, la whip en chef du parti. C'est la même réponse qu'a donnée vendredi matin un porte-parole de la police de Québec : on ne presse pas la victime, on la laisse progresser dans sa décision de porter ou non une plainte contre son agresseur. Ça peut prendre 10 ans, 20 ans, jusqu'à 30 ans... 

Pourtant, le discours de nos élus ne va pas dans ce sens-là. On presse les victimes de porter plainte. Mais dans la réalité des faits, la culture du silence l'emporte encore, et pour plusieurs raisons. Quand on écoute l'entrevue accordée jeudi par Alice Paquet à Anne-Marie Dussault, on constate à quel point le fardeau de la preuve est lourd lorsqu'il s'agit de déterminer s'il y a eu consentement ou non. Selon les allégations de Mme Paquet, elle a vécu une situation très comparable à celle de l'une des femmes du NPD agressées par un député libéral à Ottawa. Les deux ont accepté de suivre leur agresseur présumé à sa chambre d'hôtel, mais il n'y aurait pas eu de consentement explicite à une relation sexuelle. Comment déterminer où se situe la vérité entre les versions de l'agresseur et de l'agressée? Le défi est énorme.

Il est plus facile pour une victime d'établir sa crédibilité s'il y a d'autres plaintes à l'endroit de la même personne, comme c'est le cas pour Donald Trump. Mais tant et aussi longtemps qu'elles se terrent dans le silence parce qu'elles se sentent impuissantes, elles risquent d'échouer devant les tribunaux. Isolément, les victimes sont dans une situation très précaire. Rassemblées, elles sont beaucoup plus fortes. Raison de plus pour briser ce silence : c'est la seule manière de sortir de l'isolement.

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