Le calvaire de Laurent Lessard

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Tant et aussi longtemps que les reproches de l'opposition se limitaient au comportement de son ex-attaché politique Yvon Nadeau, Laurent Lessard n'était pas menacé. Mais à partir du moment où c'est sa conjointe Johanne Binette dont on parle, l'affaire prend une autre tournure.

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(Québec) CHRONIQUE / Pas besoin d'être malhonnête pour démissionner du Conseil des ministres. Il suffit de se retrouver dans une situation indéfendable aux yeux du public. C'est précisément la situation dans laquelle se retrouve le ministre Laurent Lessard.

Tant et aussi longtemps que les reproches de l'opposition se limitaient au comportement de son ex-attaché politique Yvon Nadeau, M. Lessard n'était pas menacé. On pouvait lui reprocher un manque de vigilance, mais sans plus, surtout qu'il avait porté le cas devant le commissaire à l'éthique. Mais à partir du moment où c'est sa conjointe Johanne Binette dont on parle, l'affaire prend une autre tournure. Comment convaincre le public et les médias qu'il n'y a pas là un véritable conflit d'intérêts?

Ce n'est peut-être pas le cas, mais il y a une possibilité théorique bien réelle que l'embauche de Mme Binette, en 2011, ait été motivée par les subventions versées à son employeur par des organismes relevant du ministère des Affaires municipales dirigé par M. Lessard. À moins d'une enquête policière, il est impossible de le prouver, mais il est tout aussi impossible de l'écarter.

Le ministre Jean-Marc Fournier a beau faire valoir qu'il s'agit d'un programme «normé» et qu'il est odieux de s'en prendre à la conjointe d'un ministre, il ne convainc personne. Les situations de conflit d'intérêts ne se limitent pas aux élus, mais peuvent également concerner leurs proches.

M. Lessard est un député et un ministre très apprécié de ses collègues. Mais il faut voir la mine basse des libéraux qui l'entourent, à la période des questions, pour comprendre à quel point cette controverse les inquiète. Le dossier est d'autant plus difficile à porter que le ministre n'a pas l'aisance verbale d'un Jean-Marc Fournier ou l'assurance d'un Gaétan Barrette pour se défendre.

La situation est problématique. Si M. Lessard démissionnait et à moins d'y ramener Robert Poëti, le premier ministre en serait à son quatrième ministre des Transports. Ce jeu de chaises musicales est intenable pour ce ministère qui peine à se relever des révélations de la commission Charbonneau. Pire encore, M. Couillard n'en finit plus de faire des ajustements à son cabinet à cause des maladies, des démissions ou des rétrogradations de ses ministres. Il n'a donc pas le choix et doit défendre son ministre en attendant un grand remaniement qui pourrait survenir si la santé de Pierre Moreau lui permet de reprendre le travail.

On n'est pas, ici, devant un cas comparable à celui de Tony Tomassi, qui s'est retrouvé devant les tribunaux. La similarité est plus grande avec celui de David Whissell, qui a démissionné à cause d'une apparence de conflit d'intérêts, même s'il n'avait rien fait d'illégal.

M. Lessard n'a pas l'habitude de voir sa réputation ainsi ternie et il est certainement troublé, avec raison, de voir sa conjointe ainsi traînée à la une des journaux. Le ministre a de gros dossiers à piloter, dont celui d'Uber. Sa démission enlèverait de la pression sur l'équipe gouvernementale, mais ce n'est certainement pas le premier ministre qui va lui montrer la porte.

Les péquistes ont été beaucoup plus tolérants sur les questions éthiques dans le cas de Pierre Karl Péladeau. Mais ce n'est pas ça qui va les arrêter, et la Coalition avenir Québec ne leur abandonnera pas ce terrain de jeu.

Ce qui doit faire suer le gouvernement, c'est de voir cette enquête journalistique sortir dans les journaux de PKP. Sous Jean Charest, les libéraux ont déjà accusé Québecor de faire le jeu du Parti québécois. Un tel argument ne serait pas une ligne de défense efficace ni même acceptable dans le cas actuel. Vivement l'Action de grâces et la pause parlementaire, doit se dire Philippe Couillard.

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