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La sortie délibérée d'Amir Khadir sur Jean Charest... (Archives La Presse, Ivanoh Demers)

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La sortie délibérée d'Amir Khadir sur Jean Charest cette semaine n'est peut-être pas politiquement correcte, mais elle reflète la frustration de bien des gens.

Archives La Presse, Ivanoh Demers

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(Québec) CHRONIQUE / Amir Khadir nous a habitués à des déclarations fracassantes, mais il est allé plus loin cette semaine. Il a accusé Jean Charest d'avoir présidé à la corruption du Parti libéral, et il l'a mis au défi de le poursuivre pour diffamation.

Cette sortie délibérée du député de Québec solidaire n'est peut-être pas politiquement correcte, mais elle reflète la frustration de bien des gens. C'est bien beau de porter des accusations contre Nathalie Normandeau ou de blâmer l'amitié de Sam Hamad avec Marc-Yvan Côté, mais sont-ils les seuls fautifs? En d'autres mots, qui doit assumer la responsabilité des entorses à la loi dans le financement du PLQ pendant les dix ans de gouvernance libérale sous Jean Charest? Tout le monde s'en lave les mains.

Pour Philippe Couillard, le Parti libéral qu'il dirige a les mains propres. Ce qui s'est passé avant 2012, ce n'est pas sa responsabilité. Pour Jean Charest, le Parti libéral et le gouvernement qu'il a dirigés étaient honnêtes et intègres. Pas question, donc, d'assumer la responsabilité de ce qui arrive à Normandeau et à Hamad. 

Mais à qui donc faut-il demander des comptes? Même les anciens députés s'en lavent les mains. Mardi, Fatima Houda-Pepin, convertie en chroniqueuse chez Québecor, a écrit que lorsque Charest a présenté Marc Bibeau au caucus libéral comme président de la Commission des finances du PLQ, «personne parmi la députation ne se doutait des stratagèmes qui allaient suivre». Elle raconte que Bibeau leur a fait une présentation PowerPoint dans laquelle le financement sectoriel tenait en une seule ligne. «Il relevait de la Centrale, donc de Jean Charest, Marc Bibeau, son adjointe Violette Trépanier et la direction du parti». Imaginez : Mme Houda Pepin a été députée pendant 20 ans, de 1994 à 2014, et elle n'a jamais rien vu ni même soupçonné? Lisait-elle les journaux? 

Pour Amir Khadir, «Jean Charest est le premier suspect [...]. Je soupçonne qu'il a été à la commande de la machine qui a commis ces crimes», a dit le député en parlant de pratiques frauduleuses, de trafic d'influence et de collusion. On le sait depuis longtemps, c'est le financement sectoriel qui a ouvert toute grande la porte à l'utilisation illégale des prête-noms pour aller chercher l'argent des entreprises et, dans certains cas, a mené à l'octroi de contrats publics aux donateurs.

Ces manoeuvres sont de retour dans l'actualité depuis l'arrestation de Nathalie Normandeau et la démission de Sam Hamad. Le mandat de la commission Charbonneau était de faire la lumière sur ces pratiques. Or malgré quatre ans d'enquête et des coûts de 45 millions $, les leaders des partis n'ont pas été sommés de s'expliquer publiquement. Jean Charest a été interrogé en privé, mais il n'a rien appris aux enquêteurs, d'où la décision de ne pas le faire parader aux audiences publiques. C'était une erreur. 

Je comprends qu'il n'aurait pas été facile de demander des comptes aux chefs des partis devant les caméras de la commission. Mais il aurait fallu le faire quand même, ne serait-ce que pour exposer leur aveuglement volontaire, si c'était de l'aveuglement... 

Je l'ai déjà écrit : tout le monde savait ou aurait dû savoir depuis au moins 10 ans que certaines entreprises utilisaient des prête-noms pour financer illégalement les partis politiques. Ces agissements ont été documentés devant les tribunaux et réitérés à plusieurs reprises dans les médias. Mais personne n'a dénoncé le phénomène avant que le scandale n'éclate. Je vois mal comment un Jean Charest aurait pu prétendre devant les commissaires, sous serment et en direct sur RDI et LCN, qu'il ne savait rien de tout ça.

La commission ne l'a pas invité à s'expliquer, pas plus qu'elle n'a invité Pauline Marois, Mario Dumont et Bernard Landry. Pourtant, c'était la responsabilité de ces leaders de réclamer des changements aux méthodes de financements dès l'an 2000, quand le phénomène des prête-noms a été démontré. 

La commission Charbonneau avait un mandat trop large, les procureurs étaient fatigués et stressés à la fin d'un tel marathon, et les conflits internes entre France Charbonneau et Renaud Lachance ont gâté la sauce. Mais cela n'excuse pas le résultat : la commission a fait un excellent travail au niveau municipal, mais elle n'est pas allée au bout de son exercice au provincial. Le «bout de l'exercice», c'était de demander des comptes aux plus hautes instances des partis. On ne l'a pas fait. Avec comme résultat que le lavage de linge sale a repris de plus belle à l'Assemblée nationale, comme c'était le cas avant la commission Charbonneau.

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