Petites et grandes misères du gouvernement Marois

Pauline Marois a perdu le pouvoir en avril... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Pauline Marois a perdu le pouvoir en avril 2014, avant de démissionner dans l'émotion.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) CHRONIQUE / On ne peut pas vraiment comprendre la politique sans connaître les tracasseries quotidiennes vécues dans l'entourage d'un premier ministre. Le livre que Dominique Lebel, directeur de cabinet adjoint de Pauline Marois de 2012 à 2014, lance aujourd'hui chez Boréal devrait être inscrit à tous les programmes de sciences politiques de nos universités. Ça s'appelle Dans l'intimité du pouvoir. Il s'agit des notes que l'auteur a prises du 4 septembre 2012 au lundi 7 avril 2014, jour de la défaite aux mains de Philippe Couillard.

On y apprend plein de choses, comme le fait qu'en octobre 2013, plus de la moitié des ministres voulaient déclencher des élections, mais qu'au moins la moitié n'étaient pas à l'aise avec la Charte des valeurs de Bernard Drainville.

CHRONIQUE / On ne peut pas vraiment comprendre la... (Couverture du livre) - image 2.0

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Couverture du livre

Mais ce qui m'a le plus touché, dans ce livre, c'est l'angoisse qu'a vécue Pauline Marois dans son rôle de première ministre du Québec. Une angoisse sans doute partagée par bien des femmes qui parviennent à faire leur place dans le monde très masculin des postes de direction.

«Beaucoup de gens se plaisent à dire qu'elle n'est pas très bonne en débat, que Jean Charest était meilleur qu'elle. Elle a fini par le croire, écrit Lebel le 20 mars 2014, journée d'un débat télévisé pendant la campagne électorale [...] Elle est nerveuse. La peur de l'erreur. La peur de décevoir.»

Ce trait de caractère n'est pas nouveau. Dès le 10 novembre 2012, il avait constaté la même crainte chez Mme Marois. «Malgré ses années d'expérience, elle n'a pas trouvé sa manière d'être avec eux [les journalistes]. Je ne suis pas certain qu'elle les craint. Elle veut plutôt se protéger contre elle-même. Encore la peur de l'erreur, de la faute. Les journalistes le sentent.»

Pauline Marois voulait bien faire, et surtout, rassurer les Québécois sur sa capacité de gouverner. Octobre 2012 : «Nous voulons donner le sentiment d'un gouvernement qui sait où il va, mais nous voulons aussi paraître à l'écoute et en phase avec les volontés de la population. La synthèse est difficile.»

Lebel constate que Mme Marois est peut-être trop douce... Pendant la campagne électorale de 2014, «on lui présente un discours à prononcer en soirée. Elle le trouve trop dur. Elle n'est pas à l'aise avec les attaques qu'il contient. Elle sait bien qu'on est à la traîne dans la campagne, mais elle hésite à attaquer si fortement.»

Elle ne voulait pas décevoir, mais tout au long du livre, on la voit aux prises avec une situation budgétaire impossible. Son calvaire se termine par une terrible défaite le 7 avril 2014 : «Elle est bouleversée. Ça ne se peut pas, écrit Lebel, le soir de la défaite [...] Madame est effondrée. Les mauvaises nouvelles s'accumulent. Madame est en difficulté dans son comté. Elle marche dans la suite de l'hôtel. Ne peut rester en place. Elle ne peut pas le croire. Elle perd son comté.»

***

Au-delà de Pauline Marois, on apprend bien des choses sur ses ministres dans ce livre. Sur Martine Ouellet, qui harcèle le bureau de la première ministre pendant des semaines parce qu'elle ne s'entend pas avec son directeur de cabinet et son sous-ministre.

Sur Jean-François Lisée, qui a «une intelligence vive [...] mais un esprit frondeur qui l'amène parfois à faire des bêtises. Il y a un côté pas sérieux chez Lisée.»

Sur Bernard Drainville, qui est contrarié par le statut de fonctionnaire accordé à André Boisclair nommé délégué du Québec à New York. «On n'était pas obligé de faire ça. Ça va nous coûter cher politiquement.»

Sur la chef de cabinet, Nicole Stafford, qui n'était pas d'accord avec le projet d'élections à date fixe0 de Drainville.

L'autre point important qui a retenu mon attention est le lobby constant mené par une foule de gens auprès du bureau de Mme Marois. Des anciens ministres qui veulent une nomination, des gens d'affaires, des fonctionnaires. C'est à se demander si tous ces gens étaient inscrits au registre des lobbyistes. Une bonne lecture pour Sam Hamad...

Parlant de Sam...

La semaine est jeune, on aura l'occasion d'y revenir, mais Sam Hamad n'a pas amélioré son sort en conservant son statut, son salaire et sa limousine de ministre. La comparaison du traitement qui lui a été octroyé avec le congé de maladie de Lise Thériault est boiteuse. Elle ne passera pas la rampe de l'opinion publique. Hamad aurait gagné en crédibilité et en sympathie en redevenant simple député. Je comprends que les autres partis lui ont aussi demandé de démissionner du caucus libéral. Mais ça n'aurait pas mené très loin parce que ça donnait l'impression de frapper sur un gars par terre.

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