Le «pétard mouillé» de Sam Hamad

Sam Hamad est en politique depuis trop longtemps... (Archives La Presse Canadienne)

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Sam Hamad est en politique depuis trop longtemps pour avoir ignoré que «lorsqu'ils sont approchés par des lobbyistes, les titulaires de charges publiques devraient tout au moins leur demander s'ils sont inscrits au Registre des lobbyistes», comme on peut le lire dans un document préparé par le Commissaire au lobbyisme.

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(Québec) CHRONIQUE / «Ce n'est pas à moi de faire la vérification pour savoir s'il est inscrit au Registre des lobbyistes ou non», a déclaré Sam Hamad jeudi soir, en parlant de Marc-Yvan Côté. «Ce n'est pas mon problème.»

Le problème, c'est qu'il a tort. «Lorsqu'ils sont approchés par des lobbyistes, les titulaires de charges publiques devraient tout au moins leur demander s'ils sont inscrits au Registre des lobbyistes», peut-on lire dans un document préparé par le Commissaire au lobbyisme visant à aider les élus à faire respecter la loi. «Dans le cas où le lobbyiste refuse de le faire, les titulaires de charges publiques devraient s'abstenir de traiter avec lui.»

M. Hamad est en politique depuis trop longtemps pour avoir ignoré cette règle, à laquelle les élus et les fonctionnaires municipaux sont également soumis.

Le lobbyisme est une chose, l'éthique en est une autre. Il est impossible, à la lumière des courriels diffusés par l'émission Enquête, de démontrer que M. Hamad a servi les intérêts de Marc-Yvan Côté en retour de contributions à la caisse électorale du Parti libéral du Québec. Si c'était le cas, l'Unité permanente anticorruption (UPAC) aurait frappé à sa porte en même temps qu'à celle de Nathalie Normandeau. Mais ce qui est clair, c'est que Marc-Yvan Côté et les dirigeants de Premier Tech se comportent comme s'ils étaient parvenus à «l'utiliser» à leurs fins. Quand ils parlent de faire un don «significatif» à sa caisse électorale, c'est parce qu'ils estiment avoir été bien servis ou qu'ils pensent l'être à l'avenir.

Sam Hamad a-t-il été simplement naïf et imprudent? A-t-il au contraire tenté sciemment d'aider son bon ami Marc-Yvan Côté? Dans un cas comme dans l'autre, il appartiendra au Commissaire à l'éthique de statuer sur le sujet.

Au lieu d'accuser Radio-Canada d'avoir diffusé «un pétard mouillé», le ministre aurait pu demander immédiatement au Commissaire de statuer sur son cas et annoncer son retrait du Conseil des ministres en attendant. À la place, il a décidé de se battre. C'est son choix, mais c'est une décision qui va encore une fois plonger son gouvernement dans la tourmente et éloigner le débat public des «vraies affaires» dont parlait Philippe Couillard en campagne électorale.

Corrompus, les Québécois?

On se console comme on peut, dans la vie. La lecture de la presse ontarienne, cette semaine, nous apprend que les anciennes méthodes de financement des partis au Québec sont de la petite bière par rapport à ce qui se passe actuellement en Ontario et en Colombie-Britannique. 

Pourtant, ce n'est pas l'image qu'avait laissée la page frontispice du magazine Maclean's en octobre 2010. Elle faisait du Québec la province la plus corrompue au Canada, avec en illustration une photo du Bonhomme Carnaval tout sourire, tenant une valise débordant d'argent. 

Même si la commission Charbonneau et les arrestations de l'UPAC ont semblé accréditer cette manchette, les nouvelles en provenance de Queen's Park et de Victoria montrent que nos moeurs politiques n'ont rien à envier à celles des autres. 

- En Ontario, ce n'est pas 100 000 $, c'est entre 150 000 $ et 500 000 $ que les ministres du cabinet doivent ramasser pour le Parti libéral de Kathleen Wynne. Et ils peuvent le faire auprès d'entreprises avec lesquelles leur ministère fait des affaires.

- Le 7 décembre, l'une des banques impliquées dans la privatisation d'Hydro One, l'équivalent d'Hydro-Québec, a organisé un événement de collecte de fonds à 7500 $ par personne qui a rapporté 165 000 $ au Parti libéral.

- En Colombie-Britannique, le Parti libéral de Christy Clark organise des rencontres avec la première ministre moyennant des contributions variant entre 5000 $ et 20 000 $.

Et tout ça serait légal!

Ce n'est pas la même chose qu'on a reprochée aux libéraux de Jean Charest à la commission Charbonneau ou dans les actes d'accusation déposés par l'UPAC. On parlait plutôt de financement électoral en retour de contrats gouvernementaux. Mais peut-on croire sincèrement que les entreprises ontariennes ou vancouvéroises qui donnent de l'argent aux libéraux de ces deux provinces le font par philanthropie? Bien sûr que non. Ce que ces méthodes de financement facilitent, c'est un lobbyisme direct auprès des décideurs pour influencer leurs décisions.

Corrompus, les Québécois? Certainement pas parfaits. Mais pire qu'ailleurs, ce n'est certainement pas le cas. Bonhomme Carnaval peut dormir en paix, et Maclean's peut aller se rhabiller.

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