«J'ai un plan», disait-il...

Justin Trudeau et les libéraux fédéraux estiment aujourd'hui... (PC, Sean Kilpatrick)

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Justin Trudeau et les libéraux fédéraux estiment aujourd'hui que c'est le meilleur moment pour se lancer dans de grands travaux d'infrastructures. La dette contractée ne coûte pas cher en raison des faibles taux d'intérêt.

PC, Sean Kilpatrick

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(Québec) CHRONIQUE / Justin Trudeau a passé la campagne électorale à nous dire qu'il avait «un plan» pour remettre le pays sur ses rails. S'il avait dit que son plan comprenait des déficits à répétition totalisant 100 milliards $, il aurait compromis ses chances de former un gouvernement majoritaire. Mais il ne l'a pas dit, et il a gagné. L'électorat voulait du changement... Il en aura!

Justin Trudeau est jeune. Son budget est à l'image de son âge. C'est lorsqu'on est jeune que l'on s'endette pour étudier, bâtir un patrimoine, lancer une entreprise et fonder une famille. Les jeunes ont l'audace de leur âge et de longues années devant eux pour rembourser l'hypothèque et payer les dettes. Si la chance leur sourit, tout va bien. Mais s'ils perdent leur emploi et vont de malchance en malchance, ça ne va plus. Même chose pour un pays.

Quand les libéraux se sont lancés dans les déficits sous Pierre Trudeau, le ministre des Finances Marc Lalonde vantait les vertus des «déficits stimulatifs». Il fallait faire rouler l'économie avec des fonds publics pendant les périodes de récession, disait-il, et rembourser la dette quand ça irait mieux. Mais le gouvernement Trudeau n'a pas eu de chance et il a laissé une dette qui a explosé sous celui de Brian Mulroney. Michael Wilson, le ministre des Finances de Mulroney, rêvait de revenir à l'équilibre budgétaire. Confronté à deux récessions, il a signé des budgets déficitaires atteignant les 40 milliards $ au début des années 90.

C'est un pari similaire à celui de Marc Lalonde qu'a pris Bill Morneau, le ministre des Finances de Justin Trudeau. À cette différence près que les taux d'intérêt étaient faramineux à l'époque de Lalonde. On payait alors jusqu'à 13 % pour des emprunts hypothécaires. Actuellement, on peut financer l'achat d'une maison à moins de 3 %. Voilà pourquoi les libéraux fédéraux estiment aujourd'hui que c'est le meilleur moment pour se lancer dans de grands travaux d'infrastructures. La dette contractée ne coûte pas cher.

Le problème, c'est que les déficits annoncés mardi ne sont pas vraiment destinés aux infrastructures. Ils servent principalement à «payer l'épicerie», c'est-à-dire des dépenses courantes accrues. Les raisons invoquées sont louables, mais il s'agit principalement de dépenses récurrentes qui augmenteront chaque année. D'ailleurs, il était presque gênant, mardi, de lire les commentaires élogieux des lobbies en réaction au budget Morneau. C'est facile de faire plaisir quand on achète à crédit. Encore faudra-t-il être en mesure de payer ces cadeaux.

Justin Trudeau fait le pari que la chance sera au rendez-vous et que l'économie canadienne rebondira en même temps que celle de ses partenaires commerciaux, dont les États-Unis.

Comme le faisait judicieusement remarquer le critique péquiste Nicolas Marceau, mercredi matin, les finances du gouvernement canadien sont saines. La principale portion du déficit de 29,4 milliards $ annoncé mardi est imputable à la baisse des prix du pétrole. Si le prix du pétrole repart à la hausse, le déficit fédéral diminuera plus rapidement que prévu. Mais c'est risqué de compter sur une hausse des prix du baril de pétrole. Les pays producteurs sont incapables de s'entendre sur une réduction de l'offre, et le passage à une énergie verte diminuera éventuellement la demande pour les hydrocarbures.

À court terme, le Canada peut se permettre des déficits : le ratio dette/PIB est le plus bas des pays industrialisés, et les taux d'intérêt sont peu coûteux. Mais s'il fallait que les taux repartent à la hausse et que le pays tombe en récession, Justin Trudeau pourrait nous faire subir le désastre financier que le gouvernement néo-démocrate de Bob Rae a fait vivre à l'Ontario entre 1990 et 1995. Souhaitons que Justin Trudeau soit aussi chanceux avec son «plan» qu'il l'a été dans son match de boxe contre Patrick Brazeau.

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