Ma correspondance avec Ronald Poupart

Nathalie Normandeau... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Nathalie Normandeau

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) CHRONIQUE / En suivi au coup de filet de l'UPAC, j'ai envoyé un courriel à Ronald Poupart en fin de semaine pour lui demander si Nathalie Normandeau payait pour les autres. Poupart a été au Parti libéral du Québec (PLQ) depuis Jean Lesage jusqu'à Philippe Couillard, et il a toujours eu son franc-parler avec les médias. Je publie sa réaction avec sa permission.

Salut Gilbert,

Je voulais t'écrire, mais j'hésitais en me disant que mon opinion serait, peut-être, «biaisée», compte tenu de mon militantisme au sein du Parti libéral du Québec. J'ose quand même.

Tout d'abord, sache que j'ai toujours été contre les pratiques illégales de financement. Pour comprendre ce qui s'est passé, il faut savoir que le financement du PLQ a été un succès «populaire» pendant les périodes où les fédéralistes et les indépendantistes s'affrontaient. Je me rappelle qu'à la fin des années 70, l'association libérale de D'Arcy-McGee récoltait annuellement plus de 175 000 $.

Mais après le référendum de 1995, le financement des partis est devenu difficile. Les gens préfèrent souscrire à une cause plutôt qu'à une organisation. Les partis ont donc développé de nouvelles stratégies. On a commencé à organiser des activités de financement avec une personnalité comme invité d'honneur.

Le PQ avait les mêmes difficultés. C'est à partir de cette époque que les deux partis ont imaginé la collecte de fonds de type «sectoriel».

Au lendemain de l'élection de Jean Charest à la direction du PLQ, Marc Bibeau est devenu un collaborateur du parti. Lors de ma période comme chef de cabinet de M. Charest, de 2000 à 2003, Bibeau aidait M. Charest à rencontrer le milieu des affaires. Il répétait toujours la même chose : «Nous rencontrons des dirigeants d'entreprise pour leur demander d'aider financièrement le PLQ en invitant leurs employés, avec un chèque personnel, à souscrire à la campagne de financement.»

Il répétait constamment cette règle lorsqu'il venait aux réunions du caucus auxquelles j'ai assisté. À la lumière de ce qu'on a appris à la commission Charbonneau, ce n'est pas vrai que cette règle a toujours été respectée.

L'autre problème auquel faisait face la permanence du PLQ était l'explosion des dépenses. Dès l'arrivée de Philippe Couillard, la directive a été très claire : fini les dépenses exagérées!

Voilà la situation que j'ai vécue.

Au sujet de Mme Normandeau, je suis bouleversé. Je suis convaincu, à moins de preuves irréfutables, qu'elle n'a pas agi criminellement. Je ne sais pas si c'est la même chose pour les autres accusés.

Le drame de Nathalie, c'est qu'elle devra vivre pendant environ quatre ans une situation difficile : financièrement et psychologiquement. Il lui faudra beaucoup de courage. Aura-t-elle la même couverture médiatique si elle est acquittée?

J'en doute.

Ronald Poupart

Retour à ma question : Normandeau paie-t-elle pour les autres? Si elle a fait le troc de subventions en retour de financement politique ou d'avantages personnels, elle n'a qu'elle-même à blâmer.

Mais si le reproche qu'on lui fait est d'avoir obtenu du financement illégal pour le PLQ, alors là, elle paierait pour plusieurs autres.

Les faits et les témoignages suivants, publiés dans Le Soleil en 2012, le démontrent bien :

› Guy Chevrette, ex-ministre péquiste sous Parizeau, Bouchard et Landry : dès 1995, Pierre F. Côté lui a dit : «Guy, ça va amener toutes sortes de tricheries, et c'est déjà commencé.»

› 1997 : la firme de génie-conseil Tecsult admet en cour avoir incité de 30 à 40 de ses cadres à donner entre 2000 $ et 3000 $ au Parti québécois et au Parti libéral du Québec, et les avoir remboursés par la suite.

› 1997 : le directeur général des élections Pierre F. Côté écrit qu'il «est facile de se cacher la tête dans le sable et de faire comme si on respectait toujours l'esprit et la lettre de la réforme de 1977».

› 2001 : Yves Duhaime, ex-ministre péquiste sous René Lévesque et Pierre-Marc Johnson : «Arrêtons de dire que les compagnies ne financent pas les partis politiques, c'est faux.»

› 2006, rapport Moisan : «Le Parti québécois a sciemment fermé les yeux sur le contournement de la Loi sur le financement des partis politiques afin de bénéficier des largesses de l'ancien patron de Groupaction, Jean Brault.»

› 2007, groupe de réflexion mis sur pied par le DGE : «Bien que la contribution d'une personne morale soit strictement interdite, il appert que différentes méthodes seraient utilisées pour passer outre à cette règle fondamentale.»

› 2012, Pierre Paradis, ministre libéral, au Soleil : «Après le départ de Claude Ryan, les partis se sont rendu compte que c'était moins d'ouvrage de collecter des 3000 $ que des 300 $. Les machines de partis ont détourné l'esprit de la loi de son application.»

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